Le 12 août 2026 devrait nous en mettre plein les yeux. Ce soir-là, une éclipse solaire partielle sera visible depuis toute la France métropolitaine. Le phénomène sera particulièrement spectaculaire : à Paris, environ 92 % du disque solaire devrait être masqué, tandis que l’occultation dépassera 99 % à proximité de la frontière espagnole. La phase de totalité, elle, ne sera observable qu’en dehors de l’Hexagone, notamment dans le nord de l’Espagne.
Encore faudra-t-il avoir une vue suffisamment dégagée. L’éclipse se produira en fin de journée, alors que le Soleil sera déjà très bas sur l’horizon. Un immeuble, une colline ou une rangée d’arbres pourrait donc suffire à gâcher le spectacle. Une difficulté particulièrement sensible à Paris, hérissée d’immeubles haussmanniens.
Plusieurs outils permettent déjà de connaître les horaires et l’intensité du phénomène depuis un point donné. Wilfried Koba (CartoKob), géomaticien à la direction départementale des territoires du Val-d’Oise, a toutefois voulu aller plus loin. Sur son temps libre, il a développé « Où voir l’éclipse ? », une carte interactive destinée à évaluer la qualité réelle d’un lieu d’observation.
Concrètement, il suffit de rechercher une commune, un arrondissement ou une adresse précise — ou simplement de cliquer sur la carte — pour savoir si le point sélectionné permettra de profiter du spectacle.

Comment fonctionne la carte « Où voir l’éclipse ? »
L’outil se veut particulièrement intuitif. Une adresse peut être saisie dans le champ situé à gauche de l’écran. La carte indique ensuite l’heure à privilégier ainsi que la direction dans laquelle regarder. Surtout, elle attribue au lieu un score sur 100. Celui-ci repose principalement sur trois éléments : le dégagement offert par le relief, les prévisions météorologiques et l’heure choisie.
La carte examine également les bâtiments, la densité urbaine, la végétation et la présence éventuelle d’un couvert forestier. Elle distingue trois niveaux : « Peu favorable », « Favorable avec réserves » et « Très favorable ». En prenant pour exemple les locaux de notre rédaction, le verdict est sans appel : la visibilité devrait être mauvaise.
Les résultats s’améliorent dès que l’on gagne un espace plus ouvert. Sur plusieurs ponts parisiens, notamment, le score grimpe sensiblement. Au pont de Port-Royal, il atteint ainsi 71 sur 100, soit une situation jugée « favorable avec réserves ». Les quais, les grandes places, certains parcs et les points en hauteur peuvent également constituer de bonnes pistes, à condition que l’horizon occidental soit libre.
Une aide à la décision, pas une garantie
Pour chaque point sélectionné, l’outil détaille les différents facteurs pris en compte : marge offerte par le relief, couverture nuageuse attendue, risque de pluie, vent, les obstacles dans l’axe ou encore le nombre de bâtiments situés à proximité. Une couche colorée permet par ailleurs de repérer rapidement les zones dégagées, limites ou masquées.
L’outil présente néanmoins une limitation : s’il évalue précisément l’emplacement sélectionné, il ne suggère pas automatiquement de lieu voisin offrant de meilleures conditions. Pour trouver un point plus favorable, l’utilisateur doit déplacer le curseur et tester plusieurs endroits, un à un.

Dans tous les cas, la carte ne doit pas être considérée comme une garantie. Les prévisions météorologiques peuvent évoluer jusqu’au dernier moment, tandis que certaines constructions, grues, arbres ou installations temporaires ne figurent pas nécessairement dans les données géographiques. Il est donc recommandé de vérifier les conditions réelles sur place (et aussi de respecter les propriétés privées ainsi que les restrictions d’accès…).
Autre précaution utile : mieux vaut repérer son emplacement en amont. Le soir de l’éclipse, les points offrant une vue dégagée pourraient rapidement attirer du monde. Arriver suffisamment tôt permettra de contrôler l’orientation, de s’assurer qu’aucun obstacle ne masque l’horizon et, si nécessaire, de rejoindre un lieu mieux noté à proximité.
Des lunettes spéciales restent indispensables
Un bon point de vue ne dispense évidemment pas de protéger ses yeux. Même masqué à plus de 90 %, le Soleil reste dangereux à observer directement. Il faut impérativement utiliser des lunettes spécialement conçues pour l’observation solaire, portant le marquage CE et conformes à la norme EN ISO 12312-2.
Des lunettes de soleil ordinaires, même très foncées, ne suffisent pas. Il ne faut pas davantage regarder l’éclipse à travers des jumelles, un télescope, un appareil photo ou un téléphone sans filtre solaire adapté placé devant l’instrument. Les lésions de la rétine peuvent être irréversibles et ne provoquent pas nécessairement de douleur immédiate.
Sous réserve d’une météo clémente, la soirée du 12 août promet donc un spectacle rare. Et pour éviter de passer près de deux heures à contempler une façade parisienne, mieux vaudra consulter la carte avant de choisir son trottoir.
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