D’ordinaire, les mises à feu statiques ne durent qu’une poignée de secondes. Ces essais, qui visent à éprouver la propulsion avant un vol de fusée, ou qui entrent dans le cadre de la conception d’un nouveau moteur, répondent ainsi à un cahier des charges bien précis. Mais, une fois n’est pas coutume, le test mené par Blue Origin était un peu différent cette fois-ci.
Et c’est le moins que l’on puisse dire : l’équipe du moteur BE-7 (Blue Engine 7) a complété un essai de… 2 500 secondes, soit précisément 41 minutes et 40 secondes. Une éternité à côté des durées généralement observées dans ces allumages. Sur X (ex-Twitter), Dave Limp, le PDG de l’entreprise, s’est félicité de l’essai, non sans taquinerie.
L’intéressé a en effet qualifié la mise à feu « d’ennuyeuse », car aucun grain de sable n’est venu gripper la machine. Le moteur a tourné sans s’arrêter et avec constance. Il est vrai que, en comparaison des péripéties rencontrées avec sa fusée New Glenn, qui a explosé fin mai, l’expérimentation du BE-7 était beaucoup plus calme, et sans coup de théâtre.
Évidemment, c’est aussi un compliment caché. Cet essai barbant est surtout le signe que tout s’est déroulé exactement comme prévu, sans la moindre anomalie. Pas de baisse de puissance constatée, pas d’interruption sans crier gare, pas d’explosion inattendue qui aurait ravagé le banc d’essai. Une régularité de métronome, en somme.
Un record de 1988 largement dépassé
Avec ce chrono hors norme, Blue Origin s’empare au passage du record de la plus longue mise à feu de l’histoire pour un moteur-fusée à ergols liquides alimenté par turbopompe — un record très spécialisé, on en convient. Avant, la première place était occupée par le moteur RS-25, célèbre pour avoir servi sur la navette spatiale (et que l’on retrouve sur le SLS).
En 1988, les ingénieurs de l’agence spatiale américaine (NASA) avaient mené deux essais de 2 017 secondes (environ 33 minutes). Blue Origin vient donc de pulvériser une marque vieille de près de 40 ans en ajoutant plus de 8 minutes de fonctionnement supplémentaire. Un exploit auquel Dave Limp a rendu hommage.

« Ce résultat s’appuie sur certaines des épreuves les plus rigoureuses de l’histoire de la propulsion […] Nous sommes bien conscients que nous suivons la voie tracée par ces ingénieurs, et nous leur en sommes reconnaissants », a-t-il écrit dans son tweet, avant d’inviter le public à se saisir d’un sachet de popcorn et de profiter.
Reste maintenant une question : à quoi servira le moteur BE-7, qui marche à l’hydrogène et à l’oxygène liquides ? Le but n’est évidemment pas de battre un record d’endurance pour le plaisir de remporter un podium. Il s’agit de finaliser la conception du propulseur de Blue Moon, l’atterrisseur sélectionné par la NASA pour les futures missions Artémis.
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