La photographie du « dernier télégramme de France » circule sur les réseaux sociaux et est reprise à l'envi par la presse nationale et régionale. Ce n'est pas une photographie et le service, déjà à l'état végétatif, n'a plus grand chose à voir avec le télégramme.

Article mis à jour à 15h45 avec des précisions d’Orange.

Ce serait une « photographie » du dernier télégramme de France d’après Ouest France. Le message aurait été envoyé par Orange, d’après Europe 1, précisant qu’une « page des technologies se tourne ». La belle histoire, qui mêle nostalgie et technologie, aurait de quoi faire un fait-divers technologique comme on les aime. Sauf que la plupart des éléments sont faux.

La photographie est un montage

Tout d’abord, il y a cette « photographie du dernier télégramme » qui circule partout sur le web français et qui est reprise de nombreuses fois. Après quelques recherches, on s’aperçoit assez vite qu’il s’agit d’un montage. Sur la photo ci-dessous, vous trouverez à gauche le fichier diffusé par la presse. À droite il s’agit de l’original — qui pourrait très bien, lui aussi, ne pas être un « original », au sens de « télégramme authentique ». Quoi qu’il en soit, la mise en page des deux fichiers ne laisse aucun doute : la photographie n’en est pas une.

Le montage a été fait par un employé d’Orange, technicien de soutien de proximité pour l’opérateur, qui est aussi créateur de la page Facebook « Les Zagrums ». Elle revendique être la première « communauté de France » regroupant des employés d’Orange. On est donc bien plus sur un montage proposé par un community manager à sa communauté et non sur un document historique. Ce qu’il a confirmé par la suite… autant de fois que nécessaire.

Le télégramme n’est déjà plus un télégramme

Mais l’intéressé, Christophe NDI, était aussi longtemps la seule source de cette information. Contacté par Numerama, le service de presse d’Orange est parvenu à clarifier la situation : le service en question, nommé « télégramme », a été fermé à 23h59 le lundi 30 avril. Le dernier « télégramme » a été envoyé le 30 avril à 21h05 d’après Orange. Il s’agissait, tristement, d’un message de condoléances.

Mais de quel service parle-t-on ? Utilise-t-on encore vraiment un télégraphe pour envoyer des télégrammes en France ? Pas le moins du monde : « Le Télégramme » est avant tout le nom commercial d’un service d’Orange. Wikipédia en garde un historique et une description lacunaire : « En 2013 un service appelé « télégramme » est toujours assuré en France, c’est un des services d’Orange, mais qui n’est plus un message transmis à l’aide du télégraphe. Le message est téléphoné ou transmis par courrier simple sans garantie d’acheminement dans des délais fixés  ». Il s’agit donc ni plus ni moins que d’un message que vous rédigez ou transmettez par téléphone et que Orange se charge de transmettre (par téléphone ou par la Poste). Il peut agir dans des cas extrêmes comme une « preuve » juridique.

Bref, il ne s’agit donc pas du tout du télégraphe ou des pneumatiques utilisés en France.

Mais alors, quelle est l’information ?

Ce qui est avéré, c’est qu’Orange s’est débarrassé de son site Telegramme.com et ne semble plus l’opérer depuis plusieurs années. Le site est aujourd’hui en erreur et on ne peut pas y accéder. Le Télégramme a été arrêté à 23h59 dans toutes ses autres versions.

Orange estime que sur l’année 2016, environ 60 000 Télégrammes ont été générés. « 45 % des flux sont reçus automatiquement par des serveurs informatiques d’entreprises clientes liés aux serveurs informatique Télégramme Orange. 45 % des flux sont générés par une prise de commande par téléphone sur le numéro d’accueil Télégramme 3655.  10 % des flux sont reçus par fax sur un serveur », précise Orange à Numerama.

Le seul arrêt dont il est question est donc celui du standard téléphonique qui permettait à un conseiller de « prendre votre message » et de l’envoyer et celui des entreprises partenaires. Un article de Challenges le décrivait ainsi en 2013 : « Pour envoyer un télégramme, rien de plus simple. Il suffit d’appeler le 3655, où un opérateur prendra votre message et s’occupera de la transmission et de la facturation  […] Un opérateur appellera le destinataire au téléphone pour lui lire le message (lors de notre essai, nous avons reçu ce fameux coup de fil deux heures plus tard). Bien entendu, le « télégramme papier » sera aussi délivré mais… le lendemain, et par la Poste ! »

Il ne s’agit donc pas du tout d’une information techno-historique ou d’une occasion pour rappeler l’histoire du télégramme, qui s’est éteint de mort naturelle, dans l’indifférence — remplacé par le fax, le télex ou le courrier électronique. Simplement la fin d’un service qui reprenait ce nom commercial et dont la mort précipitée a été montée en épingle.

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