On le croyait intouchable, sauveur ultime du cinéma en salles et dernier dinosaure d’un Hollywood révolu. Pourtant, Tom Cruise est sur le point d’essuyer le plus lourd revers financier de sa carrière récente avec Digger, sorti ce mercredi 30 septembre en France.

Pendant près d’une décennie, le contrat implicite entre Tom Cruise et les spectateurs était d’une simplicité enfantine : des cascades réelles, des avions de chasse, de l’adrénaline pure et la garantie d’un spectacle calibré pour les foules. Le miracle Top Gun : Maverick et ses 1,5 milliard de dollars de recettes (environ 1,3 milliard d’euros) avaient même achevé d’ériger la star en messie d’une industrie en crise.

Digger est le premier film original de Tom Cruise depuis Barry Seal : American Traffic (American Made) en 2017. Aux États-Unis, où il sort ce vendredi 2 octobre, Warner Bros. ne table plus que sur un premier week-end entre 12 et 15 millions de dollars (environ 10,5 à 13 millions d’euros), selon Variety.

Le film a été validé avec un budget de 125 millions de dollars (environ 110 millions d’euros). Selon Variety, ce budget serait ensuite monté à 160, voire 180 millions de dollars (environ 140 à 160 millions d’euros), un chiffre que conteste Warner Bros. Pour une production de cette taille, un tel démarrage serait très faible. Pour être rentable, le long-métrage dirigé par Alejandro González Iñárritu devrait rapporter environ 350 millions de dollars (environ 310 millions d’euros) dans le monde, selon les estimations de Variety. Warner Bros. parle plutôt d’un seuil de 300 millions de dollars (environ 265 millions d’euros).

Le film ne devrait même pas prendre la tête du box-office nord-américain ce week-end. Selon Forbes, Verity, le thriller psychologique porté par Anne Hathaway, est attendu à un niveau nettement supérieur, alors que Digger sort dans environ 3 500 salles nord-américaines.

Digger // Source : Legendary Pictures
Digger // Source : Legendary Pictures

Le piège de l’acteur-cascadeur

Comment le roi incontesté du box-office en est-il arrivé là ? Les critiques, très partagées, ont pesé. Les prévisions ont été revues à la baisse après leur publication, et le film ne recueillait que 52 % d’avis positifs sur Rotten Tomatoes à la veille de sa sortie américaine. L’image que Tom Cruise s’est forgée au fil des ans joue aussi contre lui.

À force d’enchaîner les tournages extrêmes et de transformer chaque promotion en démonstration de force physique, Tom Cruise est devenu une marque de parc d’attractions. Dans Digger, il interprète un magnat du pétrole tyrannique et métamorphosé. Un vrai rôle de composition, dans une comédie noire sur la crise climatique. Sauf que le grand public ne semble plus prêt à payer son billet pour voir Cruise « jouer la comédie » : il veut le voir sauter d’une falaise en moto.

En France, où Digger est en salles depuis ce mercredi 30 septembre, une partie de la critique se montre plus enthousiaste. franceinfo y voit une « farce catastrophe brillante », signée par le réalisateur de Birdman et The Revenant.

Même la machine promotionnelle commence à gripper. Déjà ébranlé par l’effritement des recettes des deux derniers Mission : Impossible (Dead Reckoning en 2023, The Final Reckoning en 2025), l’acteur de 64 ans a pourtant tout tenté pour sauver les meubles : un rare passage dans New Heights, le podcast des frères Travis et Jason Kelce, stars du football américain, et sa première couverture de GQ depuis 2006… En vain. L’entretien à GQ a surtout étonné parce que l’acteur y évite toute question personnelle et ramène sans cesse la conversation au cinéma

Un modèle à bout de souffle

L’échec annoncé de Digger fragilise Tom Cruise et, avec lui, une certaine façon de produire des films à Hollywood. L’ère où le seul nom d’un comédien sur une affiche suffisait à rentabiliser un chèque en blanc de 200 millions de dollars (environ 175 millions d’euros) est définitivement révolue.

Pour Warner Bros., déjà plombé en 2026 par les échecs de Supergirl et de The Bride!, le revers tombe mal. Digger est le dernier film du studio en tant que société indépendante, avant la prise de contrôle de Warner Bros. Discovery par Paramount, attendue dans les prochains jours selon TheWrap. Cet échec pourrait mettre fin aux paris coûteux du studio sur les films d’auteur.

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