Paramount Pictures regarde dans le rétroviseur. Josh Greenstein et Dana Goldberg codirigent le studio depuis son rachat par Skydance en août 2025, et ils viennent de prendre la tête de tout le cinéma du nouveau groupe, Warner Bros. compris. Leur chantier du moment s’appelle Transformers, une franchise qui a rapporté plus de 5,4 milliards de dollars (environ 4,6 milliards d’euros) au box office mondial.
Leur grande idée révolutionnaire ? Faire exactement la même chose qu’il y a vingt ans. D’après les révélations de Deadline ce 6 octobre 2026, Steven Spielberg a accepté d’abandonner son simple titre de producteur exécutif lointain pour redevenir le « producteur créatif principal » du prochain film, basé sur un script de Jason Fuchs. Et pour mettre en images cette nouvelle orgie de tôle froissée, Steven Spielberg est allé chercher son vieux complice : Michael Bay.
Si les comptables de Los Angeles se frottent les mains à l’idée de braquer à nouveau le box-office, ce retour aux sources pourrait être une idée catastrophique à presque tous les niveaux.
Transformers, ou la nostalgie comme seule politique créative
Paramount n’a visiblement plus d’idée neuve pour Transformers. En rappelant le duo qui a lancé la saga en 2007, le studio renonce à confier sa franchise à une nouvelle génération de cinéastes.
Pire encore, cette décision vient piétiner les rares efforts d’émancipation de la franchise. Des films comme Bumblebee (2018) de Travis Knight avaient enfin apporté un peu de cœur et de lisibilité à un univers saturé. Certes, Bumblebee (468 millions de dollars dans le monde, environ 400 millions d’euros) et Rise of the Beasts de Steven Caple Jr. (441 millions de dollars en 2023, environ 380 millions d’euros) n’ont pas atteint les sommets de l’ère Bay, mais ces films avaient le mérite de faire respirer la saga. En rappelant les architectes du bruit et de la fureur, Paramount fait marche arrière toute et condamne Transformers à n’être qu’un éternel produit des années 2000.
Le « Bayhem » a-t-il encore du sens en 2026 ?
On tend à l’oublier, mais Michael Bay a lâché la réalisation après Transformers: The Last Knight en 2017, tout en restant producteur de Bumblebee et de Rise of the Beasts. Son dernier film de la saga avait plafonné à 605 millions de dollars (environ 520 millions d’euros) dans le monde, le plus faible score de la franchise à l’époque. Le style « Bayhem », montage frénétique à la limite de l’épilepsie, humour graveleux, hyper-sexualisation périmée et explosions en contre-plongée, avait fini par épuiser jusqu’aux fans les plus indulgents.
Le public de 2026, fatigué des blockbusters aux effets visuels souvent bâclés, demande autre chose que deux heures et demie de chaos stérile. Repasser le plat d’un cinéma pyrotechnique et daté sous prétexte que le nom de Michael Bay fait vendre est un pari d’une paresse intellectuelle rare.

L’ombre de l’IA et le manque de respect pour la franchise
Ce retour des « pères fondateurs » pose également une question éthique et artistique qu’Hollywood fait semblant d’ignorer. La saga Transformers vient de perdre sa colonne vertébrale : Peter Cullen, l’incarnation vocale légendaire d’Optimus Prime depuis 1984, est mort le 26 août dernier, à 85 ans.
Selon Deadline, Steven Spielberg et Lorenzo di Bonaventura veulent « honorer l’esprit des premiers films ». Le faire avec un huitième épisode privé de la voix historique d’Optimus Prime frôle l’insensibilité industrielle. Va-t-on assister à une reconstitution de sa voix par intelligence artificielle pour satisfaire le cahier des charges de Steven Spielberg et Michael Bay ? Le risque est immense.
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