Coloré, explosif et reposant sur un concept complètement barré, Denshattack! a, dès ses premiers trailers, su provoquer excitation et impatience. Maintenant que je l’ai bouclé, je peux vous dire que ces deux sentiments qui l’ont précédé valaient largement la peine. N’oubliez pas de composter votre billet avant de monter !

Il n’existe clairement pas de meilleure façon de résumer Denshattack! que par cette improbable affirmation : c’est Tony Hawk avec des trains. Allez, si on voulait être plus précis et rendre hommage à une des meilleures consoles du monde (en dépit de sa manette foireuse), on pourrait plutôt évoquer Jet Set Radio queTony Hawk’s Pro Skater et ainsi convoquer l’ère bénie des jeux d’arcade sur Dreamcast.

Pourtant né à Barcelone dans le petit studio Undercoders, Denshattack! nous emmène en effet dans un Japon dystopique gérée par une mégacorporation qu’Emi, la jeune conductrice livreuse de ramen que l’on incarne, va défier avec son petit train jaune.

Quand Jet Set Radio rencontre Densha de Go!

Mais au-delà de ce contexte japonais et futuriste, le parallèle entre les deux jeux vaut surtout pour son ambiance globale. Il y a d’abord ce cel shading radical et flamboyant, boosté par des couleurs qui claquent et une direction artistique totalement débridée qui va piocher tout ce qu’elle peut d’inspirations japonisantes.

Et puis il y a également cette bande-son. Je ne parle pas là des voix anglaises dont l’enthousiasme est communicatif ou des bruitages qui accompagnent parfaitement nos virées et savent même donner de subtils indices dans les phases de jeu. Non, je parle surtout de cette soundtrack de feu qui aligne J-pop, électro ou encore hip-hop dans un mix détonnant de chansons qui changent à chaque épreuve et diffusent une énergie incroyable dans chaque run.

Source : Capture PC (Shadow PC – Power)
Pensez à charger vos sauts avant les tremplins ! // Source : Capture PC (Shadow PC – Power)

Mais justement, comment on joue exactement à Denshattack! ? Formellement, le jeu est divisé en neuf chapitres, eux-mêmes composés d’une dizaine d’étapes à travers le Japon, entrecoupées de cut scenes en images plus ou moins animées qui nous présentent un casting bigarré de personnages secondaires, membres de gang qu’Emi doit défier pour les rallier à sa cause révolutionnaire. La plupart du temps, le jeu nous lance dans des épreuves où il s’agit simplement de rallier l’arrivée sur des circuits de deux ou trois minutes. Mais certaines d’entre elles sont des challenges de tricks où il faut éclater les scores ; il y a aussi de véritables courses sur trois tours, des affrontements de boss (qui placent la barre du délire visuel et de mise en scène très haut) et même des épreuves très ouvertes où l’on doit réaliser différentes tâches en explorant librement. Ça, c’est pour la structure.

Source : Capture PC (Shadow PC – Power)
L’histoire est très classique, mais le casting est chouette et les cut scenes savent rester brèves. // Source : Capture PC (Shadow PC – Power)

Un train vaut mieux que deux tu l’auras

Maintenant côté gameplay, c’est là où commence vraiment le génie. On dirige un train — une simple locomotive en réalité — lancé à toute allure sur des rails. Notre rôle est tout d’abord de l’orienter latéralement avec le stick gauche, soit pour prendre un aiguillage, soit pour switcher sur une voie ferrée parallèle (en cas d’obstacle arrivant de face, par exemple). L’accélération est automatique, en revanche, il convient de freiner dans les virages serrés avec la gâchette gauche, si possible en respectant un timing lié à un QTE qui peut nous donner une bonne impulsion. La gâchette droite, quant à elle, permet de sauter ; parce que, oui, notre train saute et il peut même faire un petit flip latéral pour esquiver un obstacle ou tenter de se fixer sur des rails qui seraient dans les parages.

Voilà nos actions de base. Simples sur le papier, mais rapidement mises à l’épreuve dans des circuits au design tout simplement fabuleux. Ici, notre train tient largement plus d’un Space Mountain sous acide que d’un TER entre Toulouse et Albi. Les rails zigzaguent, sont constellés de zones de turbo, se séparent en plusieurs tracés, montent et descendent sur des axes vertigineux, mènent à des sauts démentiels… On peut même grinder sur des tuyaux qui s’enroulent en tous sens ou dériver sur la glace ou dans des tunnels lardés de pièges. La créativité des circuits proposés est tout bonnement ahurissante.

Il faut donc très vite avoir d’excellents réflexes pour éviter le déraillement et aussi performer au mieux pour péter les scores. Car une fois en l’air, en activant le stick droit dans des sens bien précis, notre train réalisera des figures acrobatiques plus ou moins complexes qui pourront rapporter gros en plus d’affirmer votre style de « rail-der ».

Source : Capture PC (Shadow PC – Power)
L’ambiance visuelle est vraiment soignée et réussie. // Source : Capture PC (Shadow PC – Power)

Denshattack! est en effet un pur jeu d’arcade avec un décompte des points selon les tricks réalisés, la vitesse à laquelle on finit les circuits, la réalisation d’objectifs secondaires, la collecte de différents bonus planqués çà et là… Tout un tas de scores pour mieux distribuer des médailles et, in fine, nous pousser à faire et refaire ces parcours qui prennent toujours un malin plaisir à se subdiviser en plusieurs chemins. Certains items collectés servent de monnaie d’échange dans les boutiques pour s’offrir de nouvelles personnalisations et même de nouveaux trains qui ont des looks différents, mais surtout des bonus et malus pour potentiellement booster encore plus vos performances en fonction des situations. Bref, Denshattack! pose tous les éléments qu’il faut pour blinder une durée de vie déjà très conséquente pour le genre : une douzaine d’heures en ligne droite.

Des trains pas comme les autres

Au-delà de son gameplay d’une précision étonnante et délivrant des sensations de roller coaster supersonique, Denshattack! réussit l’incroyable prouesse de proposer des circuits toujours plus surprenants, exigeants, tordus et spectaculaires. On ride au cœur de mégalopoles cyberpunk, de décors traditionnels typiques du Japon rural, sur les flancs de montagnes, au cœur de volcans et même au fond de la mer. Aucun délire, aucune fantaisie n’arrêtent l’équipe qui a créé des circuits complètement dingues où s’invitent des robots géants et même des kaiju en colère.

Mais surtout, la progressivité du challenge est parfaitement dosée si bien que l’on a le temps d’intégrer chaque élément d’un gameplay finalement étonnamment riche au fur et à mesure.

Car le jeu n’arrête jamais d’ajouter de nouveaux concepts à chaque chapitre pour relancer sans cesse la machine. Dérapage sur deux voies, rebond sur des courants d’air, rails suspendus… Le studio déploie son gameplay autant que possible et s’offre ainsi les moyens d’imaginer des circuits d’une richesse et d’une profondeur qui force le respect.

Source : Capture PC (Shadow PC – Power)
Comment ça, vous n’avez jamais essayer de rider sur une grande roue ?! // Source : Capture PC (Shadow PC – Power)

Grâce à ce dialogue parfait entre gameplay et level design, Denshattack! nous place vite dans cette formidable sensation de flow lors de nos runs. On file à une telle vitesse, on enchaîne tant de tricks et de manœuvres périlleuses que le jeu se rapproche presque d’un jeu de rythme où l’on maîtriserait la partition et la rythmique sur le bout des doigts. Quand on atteint un certain niveau de points, on débloque même des trajets alternatifs bonus (façon rainbow road de Mario Kart), pas toujours simples à emprunter, mais qui nous entraînent encore plus haut et plus loin. Grâce à toute cette brillante alchimie, Denshattack! ne s’essouffle jamais ; au contraire, il nous ébouriffe sans cesse.

Le verdict

Ce n’est pas tout d’imaginer un concept débile et improbable, encore faut-il assurer derrière pour devenir plus qu’une blague. Ça tombe bien, Denshattack! fait bien plus qu’assurer, il explose toutes les attentes. Son gameplay riche, profond et hyper accessible se marie à merveille avec des circuits façonnés avec autant de minutie que de folie totalement assumée. C’est vif, fun, spectaculaire, sensationnel, exigeant sans être punitif un seul instant. Raviver l’esprit de Jet Set Radio en nous collant sur des rails de roller coaster débridé, c’est sans doute l’idée la plus brillante que vous verrez en 2026.
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