Lorsque Nintendo dévoilait en juin 2025 Splatoon Raiders en marge d’une mise à jour de Splatoon 3, sans être très clair sur les intentions du titre ni même en préciser la moindre année de sortie, le scepticisme était de mise. Pourquoi annoncer un nouvel opus visiblement pas près de sortir alors que le constructeur semblait enfin tirer les leçons du teaser prématuré de Metroid Prime 4 ? Heureusement, le projet était cette fois-ci bien plus sain, et prévu en réalité pour ne paraître qu’un an plus tard, faisant juste redouter aux joueurs son manque d’ambition vu son statut de spin-off solo et un tarif plus doux que d’ordinaire…

En révélant Splatoon Raiders en tant que spin-off de la licence principale, mais sans trop en dire initialement sur sa nature ni ses intentions, Nintendo a quelque peu semé le trouble. En effet, ce nouvel épisode n’était pas le futur « Splatoon 4 » de la Nintendo Switch 2, sa direction artistique paraissait plus terne que d’habitude, et il annonçait se focaliser exclusivement sur le jeu solo, ce qui allait autant ravir un profil spécifique de joueurs qu’en décevoir d’autres. Faute de démo disponible (hors Japan Expo et quelques bornes en magasin), il fallait alors le tester en long et en large pour mieux le cerner, et le résultat est plus que satisfaisant.

Solo: A Splatoon Story

Remettons un peu de contexte. Splatoon, jeu de tir à la troisième personne où l’on incarne des calamars et des poulpes anthropomorphes, est ce que l’on peut aisément considérer comme la plus récente des licences fortes de Nintendo. Apparue en mai 2015 sur une Wii U dont l’héritière avait déjà été officiellement teasée par la firme, la franchise possède trois épisodes davantage réputés pour le jeu à plusieurs, bien que jouables en solo. Ainsi, si l’expérience solo du premier opus, ainsi que de sa suite sortie deux ans plus tard peu après le lancement de la Switch, pèse infiniment moins lourd que sa dimension multijoueur particulièrement réussie, Splatoon 3 apportait en 2022 davantage de consistance pour les joueurs désireux d’expérimenter un mode histoire conséquent. Son DLC « La Tour de l’Ordre » renforçait cette ouverture vers les joueurs solo.

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Le trio de choc dit « Tridenfer » de Splatoon 3 fait son grand retour dans ce qui n’est pourtant pas un nouveau DLC, mais bel et bien un standalone. // Source : capture Switch 2

Ainsi, avec Splatoon Raiders, il n’était pas complètement ubuesque de voir cette nouvelle licence culte de Nintendo tenter le pari du spin-off dénué de toute forme de multijoueur… ou presque. Exit le multi compétitif en ligne et le PvP, bonjour la coopération, en local via GameShare ou en ligne (nous y reviendrons plus bas). Rien de fondamentalement nécessaire pour apprécier le jeu : nous avons passé un total de 30 heures sur Splatoon Raiders intégralement en solo. Et ce, le temps d’atteindre les crédits de fin en mode « complétionniste » (terminer le scénario prend 12 à 15 heures), de tâter du post-game plutôt sympathique, et de refaire l’intégralité des niveaux en difficulté dite « relevée » afin d’atteindre le niveau d’expérience maximal et de débloquer environ 90 % des récompenses. On rappelle que celui qui fait office de jeu de l’été chez Nintendo n’est vendu « que » 50 € sur l’eShop (et 60 € en version boîte), un tarif plutôt doux qui ne s’explique probablement que par l’absence de dimension multi-compétitive tant le contenu d’ensemble est généreux.

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Dans Splatoon Raiders, vous incarnez un avatar que vous pouvez personnaliser, et dont beaucoup de tenues seront à débloquer in-game. // Source : capture Switch 2

Quand y en a marre, y a Calamar

Bon, c’est bien gentil tout ça, mais on s’occupe comment dans Splatoon Raiders ? Concrètement, vous incarnez un Inkling (ou un Octaling), une de ces créatures ayant fait la renommée de la licence que vous pouvez personnaliser, et qui fait office de mécano accompagnant un trio de personnages bien connu des fans de Splatoon 3 : le Tridenfer constitué de Raimi, Pasquale et Angie, lancés dans une chasse au trésor qui tourne mal. Ces trois personnages bavards et loufoques vous assisteront durant votre exploration des niveaux en déclenchant chacun une attaque propre une fois votre jauge d’œufs de poisson remplie, sachant que vous devrez choisir avant de partir en expédition lequel vous accompagnera. Si l’on prépare son équipement (type d’arme, de réservoir, bonus passifs divers) comme dans un roguelite, c’est davantage à un shooter-looter qu’on a affaire, tant il y aura à ramasser de choses dans les niveaux du jeu, et d’éléments en tous genres à améliorer, du hub central et des possibilités qui en découlent aux équipements et sous-améliorations dans tous les sens.

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Attendez-vous à « looter » constamment dans Splatoon Raiders, pour améliorer beaucoup d’équipement ainsi que votre hub principal. // Source : capture Switch 2

Si l’on parle de niveaux, c’est tout simplement parce que Splatoon Raiders fonctionne plus ou moins sur le modèle d’un jeu d’action-aventure où vous débloquez une carte au fur et à mesure des stages que vous complétez. Plusieurs thématiques différentes sont proposées pour venir à bout de chacun (parvenir au bout de la zone, miner des cristaux jusqu’à atteindre un certain total de ressources, éliminer des vagues d’ennemis avant la fin du chrono, etc.), et le titre de Nintendo offre sa dose de niveaux optionnels cachés permettant notamment de se familiariser avec l’arsenal toujours aussi varié (et délirant) de l’univers de Splatoon. Si l’on peut à la rigueur ressentir une certaine forme de redondance par moments, le jeu sait assez bien se renouveler et proposer au joueur d’alterner entre les expériences qu’il propose pour ne jamais trop sombrer dans la répétitivité.

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Avec les boussoles cachées dans chaque niveau, vous pouvez essayer de trouver sur la carte des niveaux secrets optionnels. // Source : capture Switch 2

Liquide mais très solide

La seule chose que l’on pourrait finalement reprocher à Splatoon Raiders si l’on est un vétéran de la licence est de ne pas apporter beaucoup de nouveauté en termes de mécaniques de gameplay, excepté cette vague dimension light-RPG, voire presque roguelite (très, très « lite » pour le coup vu que le jeu n’est aucunement punitif) où l’on personnalise et améliore ses armes en se créant des builds de plus en plus compétitifs. Une sorte de version plus poussée de l’approche vue en 2024 dans La Tour de l’Ordre, le DLC de Splatoon 3, mais la sensation de progression est tellement plus satisfaisante et moins frustrante, compte tenu de l’absence de toute forme d’échec punitif (hormis, à la rigueur, côté post-game), que Splatoon Raiders remplit on ne peut mieux son rôle de jeu de l’été cool et satisfaisant. Alors oui, il faut adhérer à l’univers de Splatoon, ses codes visuels et sa bande-son, mais si vous n’y êtes pas hermétique, vous y deviendrez vite accro.

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L’interface et l’environnement peuvent devenir extrêmement chargés lors des combats les plus intenses, mais la console ne bronchera jamais. // Source : capture Switch 2

Parce que oui, si nous avons passé autant d’heures à compléter le jeu et à le refaire en difficulté plus élevée pour débloquer encore plus de contenu, et ce, en dépit des deadlines d’un test sous embargo, c’est que nous avons pris énormément de plaisir à jouer à Splatoon Raiders. La formule, manette en main, est toujours aussi redoutablement efficace, d’une fluidité folle et particulièrement jouissive sur une manette Switch 2 dont on peut associer les boutons de plongée dans l’encre (ZL) et de tir (ZR) aux nouvelles gâchettes GL/GR pour encore plus d’ergonomie et de fluidité d’action. La quantité d’éléments explosant dans tous les sens à l’écran ne fait jamais osciller le framerate d’un titre techniquement ultra-solide, particulièrement détaillé en y jouant sur un écran 4K, et qui fait honneur à une Switch 2 dont le premier jeu Splatoon exclusif est d’ores et déjà un des meilleurs ambassadeurs. On pourra quand même déplorer cette direction artistique un poil terne par moments, comme si le HDR était mal réglé.

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Les environnements de Splatoon Raiders sont grisonnants, et pourtant, on leur rend beaucoup de couleur. Reste que la DA du jeu divisera peut-être. // Source : capture Switch 2

Terminons enfin sur un point qui divisera peut-être là aussi : Splatoon Raiders nous était vendu comme un jeu solo, et si c’est effectivement le cas, le joueur très solitaire que je suis a ressenti une certaine frustration au vu de la quasi-impossibilité de le compléter à 100 % sans faire appel à autrui. Passé le niveau d’expérience maximal, même avec des paliers supplémentaires virtuels (on en est à « +6 » sur l’affichage de la jauge de progression de niveaux, pour vous situer), et même avec une arme complètement débridée et des builds extrêmement poussés, certains défis proposés par le jeu pour en achever la complétion totale semblent tout bonnement irréalisables pour un seul joueur. La coopération (en local ou en ligne) devient alors presque obligatoire, et même si le jeu n’est aucunement difficile à terminer seul, cela laisse un petit goût amer. Rien de fondamentalement dérangeant en soi, mais il fallait quand même le souligner, ce qui en dit long sur la qualité d’ensemble d’un titre bien plus avare en défauts qu’on n’aurait pu l’imaginer, surtout à ce tarif anormalement faible pour une exclusivité Nintendo.

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Oui Jean-Pierre, je pense que je n’ai pas le choix, je vais demander l’appel à un ami… // Source : capture Switch 2

Le verdict

Avec Splatoon Raiders, Nintendo tient une vraie belle exclusivité pour la Switch 2 ! Proposé à un tarif plus abordable que bon nombre de ses exclusivités, le shooter céphalophode de la firme japonaise propose une expérience rafraîchissante, jouissive manette en mains, où le sentiment de progression constant est particulièrement satisfaisant. Jamais frustrant grâce à une structure intelligente qui sait se renouveler et proposer une belle variété de situations, Splatoon Raiders remplit son contrat en tant qu’opus pensé pour le jeu solo sans pour autant oublier une dimension coopérative facultative qui a pour seul tort de devenir quasiment nécessaire si l’on veut en débloquer l’intégralité du contenu et poncer un post-game plus généreux qu’il n’en a l’air. Reste à voir si vous adhérez à une formule de gameplay ultra fun mais dont il faut quand même appréhender l’univers, et si vous ne serez pas rebuté par cette direction artistique désespérément grisâtre que les explosions de couleur dans tous les sens, couplées à la solidité technique bluffante d’un titre sublimé par la Switch 2, font heureusement vite oublier. En ce qui nous concerne, le pari du jeu Splatoon solo est plus que réussi, et sa durée de vie très solide pour un titre vendu à petit prix lui confère peut-être le meilleur rapport qualité/prix de toutes les exclusivités de la console. De quoi chaudement le recommander comme le jeu de l’été annuel du côté de chez Nintendo !
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