Quand The Bear débarque sur le petit écran en 2022, personne ne l’attend. Mais la série créée par Christopher Storer ne tarde pas à être sur toutes les lèvres des sériephiles. On y suit le retour à Chicago de Carmy Berzatto, un prodige de la haute gastronomie, après le suicide de son frère aîné, Mikey. Le benjamin de la fratrie décide de reprendre la sandwicherie de son frère pour la transformer en restaurant gastro.
On n’avait encore jamais vu l’univers de la restauration dépeint d’une façon aussi brute, créative et addictive. Le bouillonnement constant, les nerfs à vif des uns et des autres, le ballet collectif, les gros plans sur les plats colorés et les visages stressés… En une saison, The Bear est devenue une référence autant acclamée pour sa réalisation travaillée que pour la performance viscérale de ses acteurs et actrices au sommet de leur art.
Le phénomène The Bear
Au fil des saisons, on a appris à s’attacher à un fabuleux casting choral emmené par les exceptionnels Jeremy Allen White (révélé par la série Shameless), dont le personnage, Carmy, est un anti-héros sur la voie de la guérison (il doit faire le deuil de son frère et digérer le harcèlement moral qu’il a subi de la part d’un grand chef adulé, lors de sa formation dans un grand restaurant), et Ayo Edebiri dans le rôle de Sydney, son talentueux bras droit en quête d’émancipation.
Dans leur sillage, on a suivi durant quatre saisons les évolutions finement écrites de personnages secondaires devenus des chouchous des fans, comme Richie (Ebon Moss-Bachrach), Tina (Liza Colón-Zayas) ou Marcus (Lionel Boyce).

Tout en restant largement au-dessus de la mêlée des productions sérielles du moment, la saison 4 de The Bear, diffusée en 2025, a donné quelques signes de faiblesse. Certains arcs narratifs s’étirant bien au-delà du raisonnable (Syd qui oscille entre deux opportunités pendant près de 10 épisodes !) tandis que la multiplication des scènes d’engueulade chaotiques a commencé à nous donner un peu mal à la tête.
Le 5 mai dernier, Hulu et Disney + ont mis en ligne un épisode surprise, « Gary », un flashback intense, centré sur les personnages de Mikey (Jon Bernthal) et Richie, en road trip dans l’Amérique des laissés pour compte. Une très belle mise en bouche avant la saison 5, visible depuis le 25 juin sur Disney +.
Un dernier service apocalyptique
Pour cet ultime tour de piste, Christopher Storer s’est lancé un nouveau défi : une unité d’action. Toujours en quête du Graal de la haute gastronomie – une étoile au Guide Michelin – l’équipe du restaurant The Bear va vivre un service complètement dingue, entre tempête orageuse, pénurie d’aliments et plomberie aux abois. Sans parler de la menace d’une fermeture imminente, pour cause de caisse vide.
Les sept premiers épisodes se déroulent durant cette dernière épreuve du feu, tandis qu’un épisode final d’une heure vient conclure en beauté les diverses trajectoires de personnages.

C’est une excellente idée d’avoir compacté cette dernière saison sur un seul service. Si les tuiles que rencontrent les Bears (le petit surnom des employés du restaurant) s’enchaînent à un rythme tellement effarant qu’on perd en chemin un certain réalisme, cela permet d’augmenter les enjeux au maximum et de pousser les personnages dans leur retranchement.
La différence avec les précédentes saisons étant que Carmy a annoncé son désir de quitter le navire. Il laisse donc Syd prendre les commandes. Et la jeune femme a largement mérité sa place !

Pour accompagner ce dernier service, Christopher Storer a misé sur une musique électro bien stressante et des séquences dignes d’un film d’action américain. Un peu comme si, au lieu de sauver le monde d’une bombe atomique, Bruce Willis devait survivre à quatre services d’affilée dans un restaurant où le maître mot est « chaque seconde compte ». Et ça fonctionne très bien : les sept premiers épisodes sont terriblement haletants !
L’éprouvante quête de la perfection
Si Syd prouve qu’elle est la bonne personne pour gérer toute cette équipe sans rendre l’environnement de travail toxique (ce que Carm, qui a plus de mal à gérer ses émotions, se reproche), elle ne peut éviter les prises de tête entre collègues (le duo entre Marcus et Luca, incarné par l’excellent Will Poulter, implose) et les crises d’angoisse quand tout va de travers.

La saison 5 se présente alors comme la synthèse de tout ce que nous raconte Christopher Storer depuis le début de The Bear. C’est une série sur ce qu’il en coûte de vouloir atteindre l’excellence dans un domaine. Comment atteindre la perfection sans y laisser sa santé mentale, sans traumatiser ses collègues ? Ce dernier service apporte un début de réponse : la perfection sans un supplément d’âme n’a aucune saveur. Et la perfection réside aussi dans le lâcher-prise.
Au milieu de cette quête exigeante et de cette lutte permanente contre le temps (chaque employé a des tâches minutées, l’enjeu du roulement entre les services ou comment virer les clients pour dégager la table sans qu’ils s’en rendent compte…), le scénariste et réalisateur ne perd pas de vue la dimension humaine de sa série.

Après une saison 4 placée sous le signe de la guérison, notamment dans la relation de Sugar (Abby Elliott) et Carmy avec leur mère, Donna (Jamie Lee Curtis, absolument géniale dans cette série), à la santé mentale très fragile, cette ultime saison nous réserve son lot de scènes touchantes. Dans un moment de calme, Donna découvre, émue aux larmes, le carnet de bord de son fils, émaillé de photos des restaurants où il a travaillé et de dessins de plats.
Seul bémol : l’intrigue secondaire, avec Cicero (Oliver Platt, aussi bon acteur soit-il) et son comptable qui traversent Chicago sous la pluie pour se renseigner sur les droits aériens du restaurant, apparaît plutôt faiblarde (ces deux-là se hurlent des insultes au visage comme dans un film de Scorsese depuis plusieurs saisons) en comparaison avec les enjeux du service.
Que la famille

Ce n’est jamais simple de finir une série. Le dernier épisode de The Bear conclut ses grandes lignes narratives de façon satisfaisante. A l’image de Richie qui s’envole pour un séminaire au Japon, de Tina qui devient le CDC (Chef de Cuisine) de Sid et de Carm qui envisage une reconversion (on vous laisse découvrir laquelle !), chaque personnage est laissé à un endroit qui fait sens avec sa trajectoire.
Après tant d’années de stress, le dénouement concernant le futur du restaurant et le câlin final entre Carmy et Syd récompensent les fans. Ils sont devenus une famille. Si la famille nucléaire tient une place importante dans le show, elle y est souvent éclatée, traumatisée (les Berzatto), recomposée, élargie aux collègues de travail, aux anciens amours, aux « vrai / faux » cousins…

En dehors de ces plats savamment mis en scène, d’une exploration passionnante des masculinités (en particulier avec les personnages de Mikey, Carmy et Richie) et du voile que la série a levé sur les conditions de travail en restauration, ce qu’on retiendra aussi, c’est la belle lettre d’amour que The Bear adresse à l’idée de la famille. Alors merci pour tout, chef.
Le verdict

The Bear
Voir la ficheOn a aimé
- La réalisation inspirée qui sublime le mood à Chicago et le chaos des coulisses d’un restaurant
- L’interprétation intense de Jeremy Allen White et Ayo Edebiri
- Les personnages secondaires truculents
- Une saison finale à la hauteur de la série
On a moins aimé
- Quelques storylines longuettes
- Beaucoup de chaos ! (mais c’est là toute l’ambiance de la série, on aime ou on déteste)
- Des personnages féminins secondaires qui jouent trop souvent les psys pour ces messieurs
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