Le nouveau sens de la marche imposé par DC Studios laissait pourtant espérer un vent de fraîcheur. En ce mois de juin étouffant, c’est aussi pour échapper à la canicule et chercher la fraîcheur salvatrice d’une salle climatisée que je suis allé voir le film Supergirl.
Malheureusement, la douche froide n’a pas été uniquement thermique. En introduisant brièvement Kara Zor-El l’année dernière, James Gunn promettait une version bien plus hardcore que l’optimisme béat de son cousin Clark Kent. Ici, pas de ferme chaleureuse dans le Kansas : Kara a vu Krypton exploser et noie son deuil dans l’alcool sous des soleils rouges. Le scénario d’Ana Nogueira nous embarque ainsi dans un space western aux accents de True Grit (en moins réussi), où Kara accepte d’aider la jeune Ruthye à traquer Krem, le criminel qui a massacré sa famille. Sur le papier, la proposition est magnifique. À l’écran, le résultat est cruellement bancal.
L’étincelle Alcock et la folie Lobo dans Supergirl
Le principal point fort du film Supergirl réside incontestablement dans son casting et sa direction artistique. Fraîchement débarquée de House of the Dragon, Milly Alcock crève l’écran. Elle livre une Supergirl brute, colérique, hantée par son traumatisme, mais habitée d’une gentillesse profonde guidée par le mantra de sa mère : « Ne sois pas polie, sois bonne. » Face à elle, Jason Momoa incarne un Lobo déchaîné. Totalement absent du comic d’origine, ce chasseur de primes intergalactique a été ajouté pour le plaisir, et l’acteur trouve ici son meilleur rôle chez DC, volant chacune de ses scènes avec un charisme de bad boy sur sa moto spatiale.
L’autre réussite réside dans l’atout émotionnel majeur du film, la relation entre Kara et Krypto le Superchien. Lorsque Krem empoisonne le canidé, déclenchant un compte à rebours de trois jours pour trouver l’antidote, le récit trouve sa véritable urgence dramatique. Les amateurs du matériau d’origine apprécieront également les visuels soignés, où les planches de la bande dessinée prennent vie grâce à des décors cosmiques impressionnants et des effets pratiques d’extraterrestres particulièrement réussis. Même si on a encore droit à des couleurs assez mornes par rapport aux comics très colorés.

Action illisible, méchant raté et pannes de rythme
Malgré ces solides arguments, Supergirl souffre d’un sérieux problème de mise en scène. Craig Gillespie passe totalement à côté de son sujet dès que les poings s’activent. Sur huit séquences d’action, seules deux s’avèrent mémorables, notamment une bagarre de bar filmée du point de vue de la jeune Ruthye. Le reste du temps, la caméra s’agite, abuse des coupes et d’un effet de ralenti artificiel, le tout obscurci par de la poussière et des débris qui rendent les affrontements illisibles. On est bien loin de la claque visuelle promise.
De plus, le film échoue sur un élément crucial, son antagoniste. Krem est un échec cuisant. Incarné par un Matthias Schoenaerts étonnamment plat, le personnage est un cliché sur pattes, méchant simplement parce qu’il faut un méchant, sans aucune nuance ni menace réelle. Face au Lex Luthor introduit précédemment dans l’univers, la comparaison fait mal et tue la tension dans le dernier acte du film.

Enfin, le traitement du message féministe et de la sororité sonne terriblement creux. Le script tente d’aborder des sujets très sombres en calquant le gang des Brigands sur un réseau de trafic sexuel galactique. Malheureusement, la réalisation édulcore et aseptise le propos.
La rébellion et l’indépendance de Kara se résument trop souvent à des choix superficiels : elle passe le film en jean et t-shirt du groupe Blondie, accompagnée d’une bande-son pop-rock féminine forcée qui lorgne très maladroitement vers l’héritage des Gardiens de la Galaxie. Une reprise molle de The Middle de Jimmy Eat World vient d’ailleurs enfoncer le clou du cliché, sonnant plus comme un ciblage marketing pour adolescents que comme une démarche réelle.
Le verdict

Supergirl
Voir la ficheOn a aimé
- Milly Alcock est excellente et captivante
- Jason Momoa s’éclate en Lobo
- Krypto apporte une vraie touche d’émotion
On a moins aimé
- L’action est confuse et illisible
- Le méchant Krem est totalement raté
- Les blagues hollywoodiennes gâchent la tension
- Le message en sous texte reste très superficiel
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