Le grand frisson du cinéma patrimonial. Après un premier volet très prometteur, Antonin Baudry transforme l’essai de manière magistrale avec La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom. Portée par un budget pharaonique de 75 millions d’euros et la prestation monumentale de Simon Abkarian, cette seconde partie est dotée d’une audace folle, doublée d’un torrent d’émotions.

J’ai passé ce dernier mois dans l’attente fiévreuse de ce moment. Après avoir été soufflé par l’ambition esthétique de L’Âge de fer, le premier volet de ce diptyque historique XXL, j’avais développé une attente immense, presque écrasante, pour cette conclusion.

Je redoutais que le cinéaste ne tombe dans des travers un peu trop académiques ou télévisuels, mais l’espoir de voir le cinéma français accoucher d’une authentique fresque populaire me hantait. Sortir d’une salle de cinéma avec le cœur qui bat à tout rompre, la gorge nouée et les larmes aux yeux est une expérience devenue trop rare aujourd’hui. Pourtant, c’est exactement ce que j’ai vécu.

J’écris ton nom n’est pas seulement une reconstitution soignée, c’est un choc cinématographique d’une puissance narrative et émotionnelle dévastatrice. Une déclaration d’amour à la France et à la liberté. J’ai pu voir le film ce week-end des 27 et 28 juin 2026, et c’était tout simplement magistral…

Un bras de fer géopolitique magistral pour De Gaulle : J’écris ton nom

Ce qui me fascine, me passionne et me bouleverse le plus dans ce second volet de La Bataille de Gaulle, c’est l’intelligence acérée de son écriture politique, co-signée par Baudry et Bérénice Vila. Le film refuse clairement de céder à l’imagerie d’Épinal d’une Libération hollywoodienne, lisse, désintéressée et sans contreparties. Au contraire, le scénario décortique avec une audace politique la vision hégémonique et presque étouffante des stratèges américains.

Le long-métrage met magnifiquement en lumière le projet de l’AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories) porté par le président Roosevelt, incarné ici par un Campbell Scott absolument exceptionnel. C’est la grande claque politique et idéologique du film. Le réalisateur Antonin Baudry n’hésite pas à critiquer de front et de manière implacable les intentions réelles de Washington. Le récit démontre sans détour que les États-Unis n’envisageaient pas la France comme une alliée souveraine à libérer, mais bien comme un futur protectorat, un « district » sous domination américaine auquel ils comptaient imposer leur propre monnaie militaire d’occupation.

Voir le Charles de Gaulle de Simon Abkarian se dresser, armé de sa seule légitimité morale et de sa verve, contre cette tentative de vassalisation économique et politique insuffle au récit une tension dramatique grandiose. Ce n’est plus seulement une guerre de tranchées ou de maquis contre le fascisme, c’est une lutte viscérale, de chaque instant, pour la survie et l’intégrité d’une nation qui refuse de changer de tuteur. Cette dimension géopolitique, traitée sans manichéisme, résonne d’une manière incroyablement contemporaine.

Leclerc (Niels Schneider ) et Giraud (Thierry Lhermitte) confirment l'excellence du casting // Source : Pathé
Leclerc (Niels Schneider) et Giraud (Thierry Lhermitte) confirment l’excellence du casting. // Source : Pathé

Une structure corrigée et une mise en scène à couper le souffle

Antonin Baudry a visiblement tiré les leçons du premier opus. Là où L’Âge de fer pêchait parfois par des ellipses trop abruptes, J’écris ton nom déploie une maîtrise formelle impressionnante. Le rythme de ces 2h40 est d’une fluidité exemplaire, ne laissant place à aucun temps mort. Le cinéaste parvient enfin à équilibrer les trois axes fondamentaux de sa colonne vertébrale scénaristique : les salons feutrés de la diplomatie internationale, l’unification cruciale de la Résistance par Jean Moulin, et le fracas immersif du front.

Sur le plan de l’interprétation, le film aligne des performances d’acteurs :

  • Simon Abkarian (Charles de Gaulle) : Il trouve ici, sans l’ombre d’un doute, le rôle de sa carrière. Débarrassé des gimmicks parfois trop légers du premier film, il campe un animal politique, maniant le mépris gourmand face à un général Giraud (un Thierry Lhermitte impeccable et tout aussi grandiose) dépassé par les événements. Ses joutes verbales avec Churchill sont un régal de cinéma.
  • Niels Schneider (général Leclerc) : Il est tout simplement incandescent. Métamorphosé, habité par son rôle de stratège de la dernière chance, il hérite des plus belles séquences de bravoure du film. La bataille de Ksar Ghilane en Tunisie, où il affronte une panzerdivision, offre un spectacle d’une lisibilité et d’un panache fous. Cela vaut largement les grosses productions américaines au niveau des effets spéciaux.
  • Anamaria Vartolomei (Lydia) : Elle reprend le flambeau dramatique après la mort de Fernand dans le premier volet. Son personnage de résistante fictive devient la véritable boussole émotionnelle du spectateur.
De Gaulle contre Roosevelt, un duel efficace // Source : Pathé
De Gaulle contre Roosevelt, un duel efficace. // Source : Pathé

La mécanique de l’ombre et le sacrifice de la Résistance

Le film prend le temps de filmer l’attente, la paranoïa et le prix du sang. La trajectoire de la résistance intérieure est traitée avec un respect immense. Si le film se concentre sur les sphères du pouvoir, il n’oublie jamais de montrer que ce pouvoir n’est rien sans les bras de ceux qui agissent dans l’ombre. Le Jean Moulin de Félix Kysyl (nom de code « Rex ») irradie l’écran d’une gravité douloureuse, même si l’on aurait aimé le voir plus longtemps. Son arrestation et son sacrifice ne sont pas traités comme un spectacle héroïque facile. Baudry filme les coulisses d’une organisation clandestine qui tente d’unifier des mouvements aux idéologies pourtant irréconciliables, sous la seule bannière de la liberté. Et c’est très beau, surtout quand on voit la scène politique actuelle.

Le verdict

La Bataille de Gaulle - Partie 2 : J’écris ton nom // Source : Pathé
9/10

La Bataille de Gaulle: J’écris ton nom

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En voyant cette humanité de l’ombre, broyée par la machine de guerre mais fondamentalement incassable, s’unir pour arracher sa souveraineté, j’ai été foudroyé par le long-métrage. Ce film transcende le simple devoir de mémoire ou le ¡ roman national » institutionnel. C’est un grand poème cinématographique, vibrant, moderne et profondément nécessaire qui fait écho à nos propres doutes contemporains sur la démocratie.

Lorsque le climax final arrive, mêlant habilement la reconstitution et un montage d’images d’archives authentiques de la Libération de Paris en 1944, l’esprit de résistance et la ferveur populaire qui traversent l’écran m’ont totalement submergé. Voir ce peuple se lever enfin, briser ses chaînes et refuser la tutelle des puissants de ce monde m’a arraché des larmes d’émotion pure. La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom est le chef-d’œuvre absolu de cette année 2026. Un film immense devant lequel il est tout simplement impossible de rester de marbre.

9/10
La Bataille de Gaulle: J’écris ton nom
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