Le jeu vidéo, c’est parfois l’école de la patience. Initialement annoncé pour 2022 lors de sa première présentation à l’E3 2021, Replaced a multiplié les reports pour accumuler au final un retard de quatre ans, nourrissant autant l’impatience que les craintes. Alors, lequel de ses sentiments était le plus justifié ? Notre test.

Sans cacher un évident attrait pour des œuvres cyberpunk telles que Blade Runner, Replaced place son action en 1984, dans un monde futuriste légèrement dystopique sur les bords. Il y a d’un côté une mégapole vertigineuse, moderne et grouillante, constellée de néons multicolores scintillant dans une nuit qui semble ne jamais finir. De l’autre, on découvre un monde écorché, pauvre et glacial, peuplé de laissés-pour-compte vivant dans des barraques rafistolées ou des tentes hors d’âge. Entre les deux, un mur infranchissable et surtout un terrible lien biologique : la cité n’hésitant pas à piocher parmi les exclus du système pour y trouver les organes qui prolongeront la survie de ses propres habitants.

Après un incident pas très clair, un certain Reach débarque du mauvais côté du mur et découvre cette violente réalité. Reach est en fait un programme informatique, une IA qui s’est retrouvée injectée dans le corps de son créateur qu’elle contrôle désormais — et pour boucler la boucle, c’est nous qui contrôlons ce drôle d’attelage. C’est donc à travers sont regard logique et rationnel que l’on va découvrir cette facette d’un monde cyberpunk pour le moins classique où la narration prend pas mal d’espace. L’histoire se laisse suivre gentiment, mais n’a rien de palpitant ni de très profond. On sent une certaine bonne volonté de ce point de vue avec quelques twists, une petite épaisseur renforcée par des flashbacks et quelques bribes de réflexion sur la nature humaine, mais on reste un peu en surface à cause d’une écriture trop légère et attendue. En outre, la mise en scène des dialogues est très rigide et d’une étonnante lenteur ; chaque réplique est espacée d’une à deux secondes de flottement qui nourrit autant notre impatience de spectateur qu’une certaine mollesse narrative.

Il n’y a pas d’offres pour le moment

Cyberpunk 2077 – 93 = 1984

De prime abord, Replaced a tout du cinematic platformer contemporain, à commencer par une DA à tomber par terre qui s’essaie avec audace à un mariage explosif entre une 3D moderne et une 2D sculptée à gros coups de pixels rétro. Le résultat est souvent bluffant en donnant vie à des décors incroyables et un héros aux animations finement détaillées. Tout cela se mélange sur fond d’effets de lumière et de particules qui créent une atmosphère étonnante, renforcée par un usage d’un flou périphérique façon tilt-shift saisissant. Très souvent calée sur le côté pour présenter le jeu en scrolling horizontal, la caméra sait profiter de la 3D pour bifurquer, tourner et s’adonner à quelques acrobaties pour dynamiser l’action. À l’écran, c’est un régal et, en soi, un des premiers moteurs pour motiver notre exploration de ce monde rétro futuriste bien ancré dans la S.F. des années 80.

Source : Capture PC (Shadow PC – Power)
Quoi ? Pardon ? Vous avez dit… Blade… Runner ?! // Source : Capture PC (Shadow PC – Power)

Dès les premières minutes, on pense à Flashback et son récent héritier spirituel, Lunark, tant Replaced nous fait bondir sur des plateformes, tourner autour de barres fixes, tirer des caisses et enclencher divers mécanismes. Le level design et la vaste palette de mouvements (qui s’élargit peu à peu) donnent des séquences plaisantes et roublardes. Malheureusement, la maniabilité vient parfois jouer les trouble-fêtes avec une petite latence et une inertie imprécise. En outre, quand certains sauts se jouent parfois au millimètre, d’autres, a priori impossibles, sont facilités par un magnétisme quasi magique. On a donc un petit souci de lisibilité des décors qui frustre par moment car il mène à des échecs injustes. Ce n’est jamais ulcérant car le jeu a une structure die and retry assumée avec un réseau de checkpoints de sauvegarde très dense, mais on aurait espéré une expérience plus fluide de ce point de vue.

Source : Capture PC (Shadow PC – Power)
Le jeu fait une large place aux phases de plateformes. // Source : Capture PC (Shadow PC – Power)

Raide is dead

Ce petit trébuchement se répète peu ou prou sur un autre aspect central du gameplay : les combats. Ils ponctuent assez fréquemment l’aventure et impliquent toujours cinq ou six ennemis simultanément (avec souvent une relève qui attend en arrière-plan). Dans leur structure, ils évoquent beaucoup les tout premiers Assassin’s Creed avec un principe d’esquive/parade/contre-attaque, de coups forts/faibles et des ennemis qui attendent patiemment leur tour et ont chacun différents patterns. Comme on est armé d’une simple matraque, tout se passe principalement au corps-à-corps, mais chaque coup porté vient remplir une jauge qui finit par donner la possibilité de tirer au pistolet pour éliminer d’un coup un adversaire (d’autres pouvoirs viendront à terme).

Source : Capture PC (Shadow PC – Power)
Pendant les combats, on est toujours très entouré ! // Source : Capture PC (Shadow PC – Power)

Dans les faits, c’est nerveux, dynamique et assez stratégique. Mais, la maniabilité vient à nouveau perturber ces séquences par sa rigidité. Là encore, il y a une certaine latence et il est surtout impossible d’annuler une action une fois qu’elle est enclenchée (faire une esquive soudaine alors qu’on s’apprêtait à attaquer, par exemple). Autre souci : les ennemis sont loin d’être disciplinés et ont tendance à enchaîner différents types d’attaque dans un laps de temps très réduits. En somme, alors qu’on pense pouvoir briser l’armure d’un gros bonhomme d’un coup puissant (donc lent), son copain à l’autre bout de l’écran choisit pile ce moment pour nous tirer dessus et on se fait dégommer, impuissant, par un coup impossible à anticiper. Au-delà de la frustration et de l’agacement que cela engendre, une contradiction pointe rapidement entre une approche des combats qui se voudraient ultra pêchue et dynamiques et une maniabilité gourde qui impose de jouer très posément sous peine de se faire dézinguer impitoyablement

Source : Capture PC (Shadow PC – Power)
Inspiration cinematic platformer oblige, Replaced balance souvent des panoramas somptueux. // Source : Capture PC (Shadow PC – Power)

Heureusement, malgré ces petits nuages gris qui assombrissent le tableau, Replaced puise aussi sa force dans son rythme et la variété de son aventure. Non seulement les facettes plateforme et combat de son gameplay permettent de créer une belle oscillation des phases d’action, mais le jeu sait aussi glisser quelques puzzles environnementaux classiques, une légère pointe d’infiltration (un classique du genre : avancer à couvert pour éviter des faisceaux lumineux), quelques courses-poursuites et, à terme, un mini-jeu de piratage de certaines interfaces informatiques.

Replaced s’offre même de vraies respirations au sein d’un niveau central, l’équivalent du village de RPG où nous attendent des PNJ et des secrets chargés de densifier le lore et proposer des quêtes secondaires bébêtes (du FedEx bas du front) qui seront récompensées par un petit bonus (pour allonger sa barre de vie, notamment). Le jeu casse ainsi sa mécanique de cinematic plaformer et ce simili plan séquence filmé comme un ample travelling pour injecter des éléments plus proches du point’n’click qui cassent le rythme, mais dans le bon sens du terme, en créant des poches plus calmes qui donnent une vraie cadence à l’aventure tout en la densifiant.

Le verdict

Replaced // Source : Sad Cat Studios
7/10
Il n’y a pas d’offres pour le moment
Si la plastique hybride de Replaced est absolument irréprochable et souvent bluffante, l’aventure trébuche de temps à autre à cause d’une maniabilité un poil maladroite qui contredit les aspirations dynamiques et spectaculaires de son gameplay. Heureusement, le jeu compense ces accrocs par un cocktail varié et efficace de situations où se mêlent plateforme, combats tendus, réflexion et narration. Cela donne un rythme palpitant à cette aventure d’une dizaine d’heures qui file à toute allure. On sent au final qu’elle aurait pu livrer bien plus, mais ce serait dommage de bouder cette escapade rétro-futuriste captivante.
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