Sorti en 2024, le film Wicked s’inscrit dans la résurgence de la figure de la sorcière. Cette reine des monstresses de la pop culture a, en effet, connu une nouvelle réhabilitation, dans le sillage de la dernière vague féministe. À la fin des années 2010, tandis que des autrices comme Mona Chollet et son best-seller Sorcières, la puissance invaincue des femmes (2018, Éditions La Découverte) réinvestissent cet archétype de contes pour enfants, plusieurs œuvres audiovisuelles suivent le même chemin.
La même année, débarque alors un reboot de Charmed, ainsi que la série Les Nouvelles Aventures de Sabrina, sur Netflix. Sur grand écran, Maléfique, la sorcière iconique du classique de Disney, La Belle au bois dormant, prend les traits d’Angelina Jolie dans un diptyque qui revient sur ses origines.
Avec ses décors somptueux, ses musiques entraînantes et son duo d’actrices époustouflantes, Wicked, réalisé par Jon Chu et suivi d’une suite, sortie au cinéma en 2025, se situe dans la même lignée. Il nous raconte une histoire à priori simple, celle de la bonne et de la méchante sorcière, mais telle que vous ne l’avez jamais entendue.
De quoi parle le film Wicked ?
Accrochez-vous : les origines de Wicked sont un peu compliquées à retracer, mais elles prouvent à quel point les grands récits de la pop culture peuvent se transformer et s’adapter aux besoins d’une époque.
Tout commence en 1900, avec la publication du roman jeunesse Le Magicien d’Oz, de Lyman Frank Baum. On y suit les aventures de la jeune Dorothy Gale, une enfant originaire du Kansas, qui se retrouve propulsée avec sa maison dans le pays d’Oz, à la suite d’une tornade. Flanquée de plusieurs compagnons (un lion peureux, un épouvantail et un homme de fer), elle tente de retrouver le chemin de son foyer et va croiser, lors de ses aventures, une gentille et une méchante sorcière.
Le succès du livre a donné lieu à diverses adaptations, dont la plus célèbre reste celle de Victor Fleming, Le Magicien d’Oz (1939), portée par Judy Garland dans le rôle de Dorothy.

En 1995, Gregory Maguire écrit le roman Wicked : La véritable histoire de la méchante sorcière de l’Ouest, qui revisite l’histoire en adoptant le point de vue des deux sorcières, Glinda et Elphaba, et en nous racontant ce qui a provoqué leurs étiquettes de « gentille » et de « méchante ». Immense succès, le roman inspire une comédie musicale tout aussi glorieuse, Wicked, créée en 2003 par Stephen Schwartz et Winnie Holzman.
Le film de Jon Chu, sorti en 2024, se présente donc comme une adaptation contemporaine de cette comédie musicale, qui fait les beaux jours de Broadway depuis vingt ans. La chanteuse Ariana Grande se glisse alors dans le rôle de la solaire Glinda, une jeune femme privilégiée qui va faire la rencontre d’Elphaba, incarnée par l’actrice et chanteuse Cynthia Erivo, le vilain petit canard de sa famille en raison de sa peau verte.
Forcées de devenir colocataires à la Shiz University, où elles étudient la magie, les deux jeunes femmes vont développer une amitié intense qui connaîtra bien des épreuves, alors que le pays d’Oz multiplie les lois discriminantes envers les animaux.
Où voir le film Wicked en streaming, en France ?
Sorti en 2024, le film Wicked a connu un succès planétaire. Jusqu’ici, il n’était pas disponible sur le catalogue d’une plateforme de streaming, en France. Il n’existait que la possibilité de le louer pour une durée déterminée.
Les fans de l’univers d’Oz seront donc aux anges d’apprendre que ce premier volet de Wicked est désormais disponible sur Netflix, à compter du 4 mars 2026.

Situé quelque part entre la saga Harry Potter (l’action a lieu en bonne partie dans un simili Poudlard) et la série Mercredi, pour la relation entre Glinda et Elphaba, assez proche de celle liant la sombre Mercredi et l’enthousiaste Enid, Wicked réjouira à coup sûr les fans de fictions magiques et de comédies musicales.
Pourquoi la comédie musicale Wicked est-elle culte ?
Le film a rejoint le cercle très fermé des œuvres de pop culture autant appréciées par le public que par la critique. Énorme succès au box-office mondial, Wicked a même dépassé le monument Grease aux États-Unis, dans la catégorie des comédies musicales ayant rapporté le plus d’argent.
Le réalisateur, Jon Chu, a été loué pour la direction artistique de Wicked, ses sublimes costumes et son esthétique chatoyante, ses morceaux de bravoure musicaux — en particulier la séquence d’ouverture, No One Mourns the Wicked, et la dernière et iconique chanson du film, Defying Gravity — et bien sûr, pour son duo d’actrices magiques.
Ariana Grande brille de mille feux dans le rôle de Glinda, qu’elle incarne de façon très camp, en exagérant ses mimiques girly, comme le fameux retourné de cheveux qu’elle tente d’inculquer sans succès à Elphaba (« Toss Toss ! »). La chanteuse a emporté l’adhésion avec ce rôle pas si facile, celui d’une jeune femme privilégiée qui choisit de ne pas regarder les injustices autour d’elle, mais auquel elle apporte une grande touche d’autodérision.
En face, Cynthia Erivo nous impressionne tout autant dans un rôle potentiellement plus ingrat, celui d’Elphaba, qui préfère l’ombre à la lumière et a du mal à trouver sa place à la Shiz University. La tessiture de voix de la chanteuse est absolument hors de ce monde, en particulier lors du grand final sur le fameux morceau Defying Gravity.
L’alchimie entre les deux actrices, palpable durant leur tournée promotionnelle, a achevé de rendre ce film parfait. Les fans queer, qui chérissent l’univers du Magicien d’Oz depuis le film des années 30, n’ont pas manqué d’y lire un sous-texte lesbien, d’autant que Cynthia Erivo s’identifie comme bisexuelle et qu’Ariana Grande est une alliée de la communauté LGBTQIA+ de longue date.
Aux côtés de ces deux étoiles, le film réserve aussi plusieurs rôles secondaires truculents : Jonathan Bailey dans le rôle de Fiyero Tigelaar, le prince charmant un peu trop sûr de son charme, Michelle Yeoh dans celui de la professeure Madame Morrible, Jeff Goldblum qui enfile le chapeau du Magicien d’Oz ou encore Peter Dinklage, qui prête sa voix à un bouc, le Dr Dillamond.
Et puis, Wicked possède des thématiques puissantes, à la fois universelles et complètement dans l’air du temps. Il nous raconte comment Elphaba, celle qui se bat contre les injustices, va se retrouver diabolisée par le régime d’Oz. Elle constitue une excellente diversion pour faire passer, en sous-marin, des lois qui réduisent les droits des animaux. Dans l’univers d’Oz, les animaux savent parler et possèdent une intelligence égale à celle des humains, mais leur persécution les conduit à perdre l’usage de la parole.
Difficile de ne pas effectuer un parallèle entre les peuples oppressés et déshumanisés à travers l’Histoire et avec la montée du fascisme dans notre société. On pense évidemment au génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi au sort du peuple palestinien et des migrants à travers le monde.

Le traitement du personnage d’Elphaba, personnage purement maléfique dans le roman et le film de 1930, témoigne d’à quel point notre vision du Bien et du Mal a changé. Ici, elle symbolise le combat contre le racisme systémique et toutes les injustices. Sa trajectoire vers l’étiquette de la « méchante sorcière » révèle la façon dont le pouvoir en place préfère diaboliser les lanceurs d’alerte plutôt que de se remettre en question. Un mécanisme encore largement utilisé de nos jours par nos hommes et femmes politiques à travers le monde.
Grand film de pop culture, dans la lignée d’Harry Potter ou de Star Wars, et qui adopte un point de vue féminin, Wicked nous offre une grande bouffée d’évasion, tout en nous parlant de notre monde et de ses dysfonctionnements. Comment réagir face à la montée de l’intolérance ? C’est Elphaba qui nous répond en enfilant, à la fin du film, sa cape noire et son chapeau de sorcière. Parfois, pour défendre des causes justes, il faut simplement défier la gravité.
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