Le fichier TES fait apparaître des lignes de fracture idéologiques au sein du gouvernement. Si Jean-Jacques Urvoas et Bernard Cazeneuve sont pour, Axelle Lemaire y est opposée. Mais ses marges de manœuvre sont quasi-nulles.

La solidarité gouvernementale autour du fichier TES, qui regroupera les informations personnelles et biométriques de la quasi-totalité de la population dans une seule base de données, est en train de se fracturer. Tandis que Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, et Jean-Jacques Urvoas, garde des sceaux, ont publiquement soutenu la constitution d’un tel fichier, et cela malgré les réserves nombreuses de la CNIL, Axelle Lemaire fait entendre une toute autre musique.

La secrétaire d’État chargée du numérique et de l’innovation, qui est en poste depuis plus de deux ans et demi maintenant, a en effet exprimé un très vif mécontentement que le journal L’Opinion vient de relayer ce lundi 7 novembre. On apprend ainsi que la décision de créer ce fichier par voie réglementaire (via la publication d’un décret) en plein week-end de la Toussaint « en pensant que ça passerait ni vu ni connu » est « un dysfonctionnement majeur ».

Surtout, la ministre s’agace en filigrane des « dysfonctionnements » qu’il y a eu entre ses services et le ministère de l’intérieur. Axelle Lemaire dit ne pas avoir réussi à voir Bernard Cazeneuve depuis le 1er novembre (date à laquelle le décret créant le fichier TES a été publié au Journal officiel). À l’inverse, la place Beauvau assure que son cabinet a « reçu tous les détails du projet le 28 octobre et n’a fait aucun retour ».

Quelle marge de manœuvre pour la ministre ? Aucune, en vérité : elle a fait savoir qu’elle allait en parler au président, mais se montre lucide : son ministère, aussi important qu’il soit, ne pèse pas lourd face à deux ministères régaliens. Et la démission, comme le suggère Jean-Pierre Chevènement avec la phrase célèbre qu’on lui prête : « un ministre, ça ferme sa gueule. Et si ça veut l’ouvrir, ça démissionne » ?

C’est hors de question. Non pas que le sujet n’est pas grave, mais elle considère que son départ empêcherait de nombreux décrets d’application sur des dossiers qu’elle traite ne passeraient pas. Et la ministre dit ne pas vouloir affaiblir davantage le gouvernement, qui a quelques mois de l’élection présidentielle, ne tient pas à avoir un licenciement ou une défection de plus à gérer.

En déplacement à Lisbonne pour le Web Summit 2016, Axelle Lemaire n’a pas encore pu répondu à nos sollicitations.

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