Dans ce pays à l’est du continent africain, de nombreuses personnes incarcérées se sont spécialisées dans l’ingénierie sociale depuis leur cellule. Les escrocs se font passer pour de riches expatriés pour soutirer de l’argent à leurs victimes.

L’arnaque par téléphone, peut-être le meilleur plan épargne retraite pour un prisonnier. Au Kenya, les personnes incarcérées se sont spécialisées dans cette technique pour continuer à s’enrichir derrière les barreaux, au point de devenir un phénomène alarmant pour les autorités. Comme beaucoup d’autres citoyens, Patricia Musomba, experte en cyber, a reçu des SMS d’illustres inconnus, envoyés en réalité depuis une cellule.

Elle nous décrit comment ces prisonniers utilisent l’ingénierie sociale pour soutirer de l’argent à leur victime. La technique n’a rien de nouveau, mais le profil est encore inédit dans le milieu des arnaques. Les criminels commencent d’abord par se procurer des features phones, les modèles classiques de téléphones avec claviers qui se limitent aux SMS et coups de fils. La marque pakistanaise Itel serait le best-seller en prison. Les gardiens de prison sont souvent dans le coup pour fournir les appareils et toucher un billet en échange.

Un exemple de message d'arnaque où l'escroc se fait passer pour un membre d'une ONG à la recherche d'une relation au Kenya. // Source : Patricia Musomba
Source : Patricia Musomba

Une fois le vieux modèle en main, les escrocs vont au plus simple : taper des numéros de téléphone au hasard. Ainsi, ils passent leur journée à envoyer des messages ou à appeler jusqu’à tomber sur une personne viable et créer un premier contact.

Pourquoi les victimes tombent-elles encore dans le panneau ? « Les prisonniers se font passer pour des personnes étrangères, le plus souvent d’origine américaine, venues au pays pour faire du télétravail. La rencontre avec un riche expatrié fait miroiter un bel avenir à beaucoup de monde, encore plus lorsque l’escroc fait croire qu’il est à la recherche d’une relation amoureuse », nous explique Patricia Musomba. « Les cibles sont généralement issues des zones rurales, à la recherche d’opportunités pour quitter leur région et voyager ».

Des milliers de SMS chaque jour

Les arnaqueurs peuvent travailler leurs cibles pendant plusieurs semaines, jusqu’à organiser une première rencontre. Là, ils prétextent souvent un accident de voiture, une panne d’essence, expliquent que leur carte bancaire ne fonctionne pas au Kenya et demandent un versement immédiat pour sortir de cette misère, promettant de rembourser dans la journée. Les plus talentueux parviennent à amasser une cinquantaine d’euros par jour, dans un pays où le SMIC est à 124 euros. Une prison de haute sécurité à Nairobi – la capitale – était devenue un véritable call center depuis lequel des centaines de prisonniers envoyaient des milliers de SMS quotidiens.

Les autorités ont tenté de limiter l’utilisation des téléphones, en installant des caméras dans les prisons pour surveiller l’activité dans les cellules, mais Patricia Musomba suggère aussi qu’une prévention et une pédagogie contre les arnaques cyber soit mise en place au Kenya.