Un hôtel de luxe sur l'ISS ? Pourquoi pas : la Russie y songe. Mais le timing est serré.

On nous parle du tourisme spatial depuis des années maintenant sans que des propositions concrètes et industrialisées aient vu le jour. Il y a bien eu quelques exceptions et des programmes lancés — dont le malheureux essai de Virgin Galactic qui a dû recommencer depuis le début après la perte tragique de ses vaisseaux –, mais aucune agence ne propose aujourd’hui des trajets réguliers vers des destinations extraterrestres.

Cela dit, la Russie semble vouloir avancer sur ce terrain. Un document qui présente un grand plan d’investissement a pu être consulté par Popular Mechanics. S’il suffisait de la décrire, l’idée serait simple : le business plan étudié par Roskosmos concerne un module spatial de 20 tonnes et de 15 mètres de long capable de contenir 92 mètres cubes à disposition de touristes spatiaux. À l’intérieur, 4 suites de luxe côtoient deux baies dédiées à l’hygiène et à la santé et une zone lounge équipé d’une vitre de 42 centimètres qu’on imagine pointée en direction de la Terre. Chaque chambre aura son petit hublot de 22 centimètres de large.

Le module scientifique NEM-1 qui inspire le module touristique

Le coût du projet pourrait atteindre les 375 millions d’euros et l’entreprise RKK Energia qui s’affaire à sa réalisation souhaiterait le rentabiliser grâce à cette initiative touristique privée — en plus de l’appui de l’état russe qui soutient la construction d’un module similaire réservé à la science. Le coût du voyage pour un touriste spatial serait de 35 millions d’euros, avec un peu plus de 16 millions d’euros à ajouter à la note s’il souhaite faire un tour dans l’espace en-dehors de la station. RKK Energia souhaite lancer des précommandes et encaisser des acomptes avant le premier vol effectif pour amortir la construction et le lancement du module.

Mais quand ce premier vol aura-t-il lieu ? C’est bien tout le problème de cette équation. Le business plan estime que la construction du module pourrait prendre 5 ans et qu’à raison de 6 touristes par an, utilisant les places que la Nasa ne prendra plus dans les Soyouz quand les capsules de Boeing et SpaceX seront prêtes, l’entreprise sera profitable en 7 ans. Admettons que tout se passe bien, le plan tire déjà sur la corde de la durée de vie de l’ISS qui doit prendre sa retraite autour de 2028, soit dans 10 ans. Reste à RKK Energia une solution : que l’initiative fasse suffisamment de bruit pour attirer des capitaux privés rapidement qui seront tentés par un investissement dans le premier hôtel de luxe spatial et pourront accélérer les choses.

RKK Energia compte sur l’explosion du nombre de multi-millionnaires

Quant aux premiers touristes, RKK ne se fait aucun souci : malgré la pauvreté du plus grand nombre, il n’y a jamais eu autant de multi-millionnaires sur Terre. En 2021, ils seront plus de 40 000 sur Terre à posséder une fortune supérieure à 30 millions de dollars. Parmi eux, on en trouvera bien quelques-uns pour profiter d’une vue complète de la planète, ravagée par la famine, la guerre et le réchauffement climatique.

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