Lors d'une audition au Sénat, le patron de la NSA a indiqué que ses équipes ont alerté leurs homologues français au sujet d'une activité russe. Selon lui, des réseaux étaient en train d'être pénétrés.

Il faudra sans doute beaucoup de temps avant de pouvoir faire toute la lumière sur le piratage des milliers de documents issus des courriers électroniques de l’équipe de campagne d’En Marche. Si tant est que l’on puisse apporter une conclusion définitive à cette affaire, puisque dans le domaine « cyber », il est extrêmement difficile d’avoir des certitudes sur l’origine d’une attaque.

Cela étant dit, cela fait maintenant quelques mois qu’il y a de fortes présomptions sur une implication de la Russie dans les attaques informatiques visant En Marche. Il faut dire que Moscou a des raisons objectives de vouloir nuire à l’ancien candidat d’En Marche, désormais élu président de la République : celui-ci s’est en effet montré intransigeant sur la politique russe, contrairement à François Fillon et Marine Le Pen.

Michael S. Rogers
Michael S. Rogers

Cette piste est aujourd’hui confortée par… la NSA. En effet, l’agence nationale de sécurité, par la voix de son directeur, l’amiral Michael Rogers, a déclaré mardi 9 mai au cours d’une audition au Sénat des États-Unis que ses services avaient détecté une activité russe contre les réseaux français et qu’ils avaient prévenu leurs homologues hexagonaux en leur offrant leur aide pour contrer cette ingérence.

« Nous avons vu de l’activité russe. Nous avons parlé à nos homologues français avant l’annonce publique des événements qui ont été attribués publiquement le week-end dernier, et on les a prévenus, ‘Écoutez, on observe les Russes, nous voyons qu’ils sont en train de pénétrer certaines de vos infrastructures’  », a résumé Michael Rogers devant les sénateurs, dans des propos rapportés par Le Figaro.

Michael Rogers, qui dirige par ailleurs le commandement « cyber » des USA, fait ici allusion à la diffusion de près de 9 Go de données provenant de l’entourage politique d’Emmanuel Macron et rapidement relayées par WikiLeaks. Mais l’exploration de ces fichiers a révélé des choses assez banales pour une campagne ou que les reproches faits à Macron sont des « fake news ».

« Rien ne sera laissé sans réponse  »

En tout cas, ce n’est pas la première fois que les Russes sont accusés de vouloir nuire à la campagne d’Emmanuel Macron. En début d’année, ses soutiens se sont relayés dans les médias pour affirmer que le mouvement a subi plusieurs milliers d’attaques « numériques » en provenance de la Russie, ainsi qu’une opération de désinformation relayée par des sites d’information appartenant à l’État russe.

Reste désormais à savoir quelles seront les conclusions des Français sur cette affaire et s’ils accepteront l’aide américaine pour établir les responsabilités dans ce piratage, et ce que l’on peut aisément qualifier d’ingérence. « Rien ne sera laissé sans réponse  » lançait, dès ce weekend, François Hollande, au crépuscule de son mandat. Y aura-t-il une réponse très forte, comme le suggérait Jean-Marc Ayrault ?

CC Gula08

« Nous n’accepterons pas quelque ingérence que ce soit dans notre processus électoral, pas plus de la Russie d’ailleurs que tout autre État, il en va de notre démocratie, il en va de notre souveraineté, il en va de notre indépendance nationale », avait lancé le chef de la diplomatie française. Mais le piratage d’une équipe de campagne constitue-t-il une ingérence dans le processus électoral français ?

Le patron du Quai d’Orsay est resté vague. Il a toutefois insisté sur le fait qu’il faut « faire clairement connaître les limites à ceux qui seraient tentés de porter atteinte à ce principe de la non ingérence et le faire clairement et y compris en prenant des mesures de rétorsion lorsque cela est nécessaire, car aucun État étranger ne peut influencer le choix des Français, aucun État étranger ne peut choisir le futur président de la République ».

Enquête en cours

En attendant, l’enquête est en cours.

Le parquet de Paris a confié à la brigade d’enquêtes sur les fraudes aux technologies de l’information (Befti) de la préfecture de police de Paris. De son côté, l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a été saisie dès le vendredi 5 mai dans la soirée par la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle pour apporter son expertise technique.

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