Des journalistes de la BBC ont sollicité une entrevue auprès de Facebook après avoir découvert des images d'enfants à caractère pornographique sur la plateforme. Le réseau social a exigé l'envoi de ces documents, avant de faire machine arrière et de signaler les journalistes à la police.

Le numéro un des réseaux sociaux n’échappe pas aux critiques, notamment celle de sa négligence en matière de modération des contenus. Confronté à la justice allemande début février 2017, Facebook est à présent sous le feu des critiques dans une affaire de pornographie juvénile.

En effet, des journalistes de la BBC enquêtent depuis plusieurs années sur les groupes secrets qui commercialisent des contenus pédocriminels sur le réseau social. La semaine dernière, ces journalistes ont obtenu de la part de Facebook une interview en compagnie d’un représentant de la firme, Simon Milner, afin de l’interroger sur les outils de modération du réseau. À une condition, posée par l’interviewé : les reporters de la BBC devaient au préalable fournir à Facebook les images qu’ils avaient trouvé sur la plateforme.

Facebook demande les photos puis se ravise

Comme l’indiquent les journalistes de la BBC sur leur site, ils ont accédé à la demande de Facebook en envoyant les documents qu’ils avaient découvert sur ces groupes secrets. Facebook a alors décidé d’annuler l’interview qui avait été programmée et, surtout, a signalé l’envoi du message des journalistes à la police britannique.

Le réseau social justifie son action par la loi en vigueur, et son protocole interne de signalement des contenus indésirables. « Il est contraire à la loi de distribuer des images d’exploitation infantile. Quand la BBC nous a envoyé ces images, nous avons suivi la procédure standard de notre entreprise et les avons signalé au CEOP (Child Exploitation and Online Protection Centre). Nous avons également signalé les images d’exploitation d’enfants qui ont été partagées sur notre plateforme. L’affaire est à présent entre les mains des autorités », s’est justifié Facebook auprès de nos confrères de Gizmodo.

L’affaire est entre les mains des autorités

Pour le moment, l’équipe de communication de Facebook au Royaume-Uni n’a pas donné plus de précisions. Cependant, les éléments mis en évidence par l’enquête de la BBC semblent confirmer que le géant d’Internet est dans une position délicate.

En utilisant les outils modérateurs de Facebook, les journalistes ont pu mettre la main sur une centaine d’images d’enfants à caractère pornographique, pourtant interdites dans les conditions d’utilisation du réseau social — et, bien entendu, par la loi. Ils ont également capturé des bribes de conversation où il est question d’abus sexuels sur des enfants.

Une enquête compromettante pour Facebook

Plus édifiant encore, la BBC mentionne que, selon ses journalistes, 80 % de ces contenus illégaux ne seraient pas supprimés par Facebook. Par ailleurs, les règles posées par le réseau social interdisent aux pédocriminels qui ont déjà été condamnés par la justice britannique de posséder un compte. Malgré l’identification de cinq individus suspects sur son site, Facebook n’aurait pas réagi, avancent les journalistes britanniques.

David Jordan, directeur de la rédaction de la BBC, a évoqué le non-sens que représente pour lui cette action de la part de Facebook. « Le fait que Facebook ait envoyé des images qui leur ont été envoyées, qui apparaissent sur leur site, pour justifier de la façon dont Facebook traite les images inappropriées… le fait qu’ils les aient envoyées à la police me semble extraordinaire », a-t-il réagi sur le site de la BBC.

Les dirigeants de Facebook réticents à expliquer pourquoi ces images sont sur leur site

Pour lui, cette démarche souligne l’opacité entourant la politique de Facebook face à des contenus illégaux. « On peut supposer que les dirigeants de Facebook étaient peu enclins ou réticents à accorder une interview ou un débat pour expliquer pourquoi ces images sont disponibles sur leur site. »

Interrogé par Gizmodo, la National Crime Agency (l’organisme national britannique chargé de surveiller la criminalité organisée, et qui chapeaute le CEOP) n’a pas commenté l’affaire, soulignant simplement la nécessité pour chaque réseau social d’avoir une procédure robuste pour lutter contre les contenus abusifs, et que celle-ci devait être transparente pour les utilisateurs.

Mark Zuckerberg publiait le 17 février dernier une lettre ouverte sur l’avenir de Facebook, sur les questions de vie en communauté et les filtres de violence et de nudité. Un exercice de communication, a priori bourré de bonnes intentions, qui risque d’être entaché par cette nouvelle affaire.

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