Wikileaks organisait mardi matin à Berlin une conférence pour faire le point sur sa situation après dix années d'existence. Alors que des révélations étaient attendues sur les élections américaines, l'événement est resté concentré sur son agenda officiel. Mais Wikileaks a prévenu que face aux menaces, il musclerait ses réponses aux accusations diverses dont il est de plus en plus l'objet.

Les journalistes du monde entier attendaient d’importantes révélations sur la campagne présidentielle américaine. Un coup dur contre Hillary Clinton était anticipé, on le disait potentiellement fatal pour la candidate démocrate. La sauce avait même monté en ce début de semaine avec l’annonce angoissante que Julian Assange, qui devait prononcer un discours depuis le désormais célèbre balcon de son ambassade de l’Équateur à Londres, interviendrait finalement par écrans interposés, lors d’une conférence déplacée à Berlin, pour des raisons de sécurité.

Pour faire monter la pression, certains médias évoquaient même les demandes réelles ou supposées de Hillary Clinton d’assassiner Julian Assange par une frappe de drone, et les menaces explicitement préférées par son conseiller Bob Beckel.

Wikileaks lui-même a relayé ces menaces en épinglant un tweet publié lundi, dans lequel il cite l’extrait des déclarations attribuées à Hillary Clinton lorsqu’elle était encore secrétaire d’État :

Mais de révélations fracassantes, il n’y eut point. Même pas de révélations tout court. La conférence organisée pour célébrer les 10 ans de Wikileaks avait trois objectifs principaux : revenir sur les 10 millions de documents publiés par l’organisation depuis sa création en 2006, insister sur la répression politique et judiciaire subie par Wikileaks et ses soutiens, et appeler les internautes à donner davantage d’argent pour aider le site à stabiliser ses finances et gagner son indépendance.

Vêtu d’un t-shirt noir qui affichait en grosses lettres le mot « truth » (la vérité), comme pour dire qu’il s’agirait de sa seule raison d’être, Julian Assange est apparu en pleine forme sur l’écran du projecteur de Berlin, mais d’un calme olympien. Le fondateur de Wikileaks a savamment esquivé les questions des journalistes qui lui demandaient s’il allait faire des révélations importantes contre son ennemie jurée Hillary Clinton, allant même jusqu’à démentir l’intention qu’on lui prête de détruire la campagne de la candidate démocrate.

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En lieu et place des révélations fracassantes, Wikileaks a étalé un programme. Ces dix prochaines semaines, l’organisation prévoit de publier des révélations chaque semaine, qui concerneront bien les élections présidentielles, mais pas uniquement. Wikileaks a affirmé qu’il publierait des infos sur « trois organisations importantes dans trois états » du monde, sans préciser lesquels. On peut supposer que les États-Unis seront l’un d’entre eux.

De plus en plus accusé d’être financé ou alimenté par la Russie, de ne plus faire preuve de la moindre éthique dans la diffusion des documents (un reproche fait même par Edward Snowden), ou encore de courir pour Donald Trump, Wikileaks a évidemment nié ces allégations, et annoncé un changement de son organisation. Le site veut monter une « task force » qui aura notamment pour but de répondre aux accusations lancées contre Wikileaks, et fédérer une communauté qui s’abonnera pour aider Wikileaks à gagner une indépendance financière totale.

Sur les raisons précises pour lesquelles Assange a annulé son intervention depuis le balcon de l’ambassade londonienne, Wikileaks n’a rien dit. «  Nous avons reçu des informations de la part des personnes en charge de la sécurité, qui nous ont conduit à annuler », s’est contenté d’expliquer Julian Assange, probablement pas malheureux que l’anecdote, réelle ou inventée, contribue à faire de lui la cible d’un complot.

C’est même toute une compilation de menaces et d’appels à traiter Assange comme un terroriste voire à le tuer sans aucune forme de procès qui a été diffusée avant son entrée en scène .

Désormais, il faudra attendre les prochaines semaines pour voir ce que Wikileaks a véritablement en réserve, notamment contre Clinton. Interrogé pour savoir s’il avait des affinités avec Donald Trump, Assange avait répondu qu’il avait « des affinités avec tous les êtres humains », et qu’il pouvait « se sentir désolé pour eux ». Mais il a mis Clinton et Trump sur un même pied d’égalité, estimant qu’il s’agissait toutes les deux de personnalités « tourmentées » par la recherche du pouvoir.

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