Derrière le plan social d'EMI, la mort d'une industrie du 20ème siècle

Guillaume Champeau - publié le Mardi 15 Janvier 2008 à 15h09 - posté dans Musique Numérique

EMI annonce aujourd'hui mardi un plan de réduction des coûts et confirme la suppression de 1500 à 2000 emplois dans le monde, soit environ un tiers de ses effectifs. Au delà du drame social qui accompagne chaque plan de licenciement, c'est avec EMI le symbole de la mort d'une industrie musicale telle qu'elle n'a pu exister qu'au 20ème siècle...

On aime à le rappeler parce qu'on l'oublie souvent : dans une société de labeur, vivre de la musique est un privilège et non un droit opposable. Vivre de son art est avant tout une chance matérialisée par une suite de concours de circonstances, et rarement le choix d'une carrière planifiée. C'est souvent un mélange des deux. Toutes les sociétés à tous les temps de l'Histoire ont eu besoin d'artistes et les ont fait vivre, ici par le mécénat, là par le commerce. Mais faire de l'art une industrie au point de faire de "l'industrie culturelle" une expression aussi banale que "l'industrie pétrolière" est une perversion toute récente, peut-être en voie de disparition, au moins en ce qui concerne la musique.

EMI, qui emploie environ 5.500 personnes dans le monde, a annoncé mardi qu'elle allait supprimer jusqu'à 2.000 emplois partout dans le monde, dans un plan qui prévoit d'économiser 200 millions de livres (265 millions d'euros) par an d'économies. C'est bien sûr l'effet mathématiquement froid de la vente d'EMI à un fonds d'investissement pour qui la seule oeuvre d'art qui compte est l'oeil et la pyramide imprimés sur le billet vert. Parce qu'autant qu'elles soient détestées, les majors de l'industrie du disque étaient jusque là dirigées par des amoureux de la musique, parfois prostitués dans une vision uniquement commerciale de leur travail, mais toujours heureux de trouver la perle à produire. Avec Terra Firma, cette ère là est révolue. Le label doit d'abord faire de l'argent et toutes les décennies d'habitudes qui ont pourri financièrement les maisons de disques sont éliminées au Karsher du tableau Excel.

C'est à la fois la pire et la meilleure chose qui ait pu arriver à l'industrie du disque. Celle-ci a vécu près d'un siècle dans l'illusion qu'il était possible de vivre très confortablement de la vente de musique en travaillant le moins possible avec le maximum de notes de frais. Les meilleurs artistes (ou disons les plus chers), les meilleurs instruments, des sessions de studios qui coûtent des fortunes aux Etats-Unis ou (plus cool) dans une île des caraïbes... il y a une part de fantasme mais aussi une grosse part de réalité dans l'idée que l'on se fait de l'argent dépensé sans compter dans la production d'un album. Un album tous les deux ans, au mieux. "Impossible de faire plus", disent ceux de l'intérieur. Et quand les ventes baissent, on compense en augmentant les frais marketing qui, mécaniquement, doivent générer des ventes. Dans l'environnement d'extrême rareté médiatique qui a été celui du 20ème siècle, la recette fonctionnait bien. Même si un seul album sur dix s'avérait rentable (ce sont les chiffres généralement admis), tout allait bien dans le meilleur des mondes.

La fin d'une époque dominée par une poignée de médias

Jusqu'à ce que, patatras, la numérisation des médias et Internet viennent mettre fin à la rareté médiatique, à l'intermédiation obligatoire, aux situations d'oligopoles convenus. Le disco a fait place au blues.

Seul le 20ème siècle et ses médias concentrés ont pu fournir le terreau de la construction d'une industrie de la musique fertile. Lorsque tout un pays écoute les mêmes chansons diffusées sur les mêmes médias et que seules ces chansons sont disponibles dans les mêmes chaînes de magasins... l'industrie prospère faute de diversité de choix et, surtout, de conscience d'une possibilité du choix.

Jugez vous-même :

Il existe en France 959 radios différentes, la plupart locales et associatives, mais 20 stations seulement partagent 80 % de l'audience nationale. Chaque jour, la radio musicale la plus écoutée l'est par près de 6 millions d'auditeurs... trois fois le nombre d'habitants de la ville de Paris. Et sur cette station, les 40 chansons les plus diffusées représentent 70 % des diffusions. Sur toute une année, 12 mois, 365 jours, elle diffuse à peine plus de 2000 chansons différentes, dont certaines peuvent être diffusées jusqu'à 9 fois par jour. Et ça n'est pas un record. En 2006, la radio locale Vibration a diffusé jusqu'à 178 fois par semaine la même chanson... soit plus d'une fois par heure ! En mettant bout à bout l'ensemble des chansons diffusées sur l'ensemble des radios françaises, il n'a été diffusé en 2006 que 61.778 titres différents. C'est moins de 1 % de ce qui est disponible sur la boutique de musique en ligne iTunes.

Si vous êtes une maison de disques, faites entrer un seul disque dans la playlist de ces quelques radios nationales, et vous êtes sûrs de surcompenser toutes les productions qui ont été des flops. Depuis des décennies, l'industrie fait bon gré mal gré avec cette politique du star system et de la vache à lait, qu'elle critique mais dont elle s'accomode volontiers. L'industrie du disque est probablement l'une des seules industries qui pouvait jusqu'à récemment se permettre de voir 90 % de ses produits être déficitaires. Et de trouver cela totalement normal, et même de le revendiquer, au nom de la diversité culturelle.

Cet âge d'or-là est fini. Avec Internet, même si les choses se font lentement, la déconcentration de l'offre musicale est en marche, et les médias doivent affronter une concurrence au nombre illimité. Le paradigme économique est totalement chamboulé. Le piratage, pointé du doigt depuis les années 1990, n'est qu'un microphénomène pour expliquer la chute de l'industrie. Piratage ou non elle est inéluctable, car ses bases fondamentales reposaient sur un marché artificiellement raréfié. Le terreau est mort, il s'est épuisé et la mort de l'industrie (telle qu'elle fut) est inévitable.

Le plan social déclenché par Terra Firma met fin à cette période d'insouciance et ramène à la douloureuse réalité ; vivre de la musique est un privilège très difficile à entretenir. Renforcer encore le droit d'auteur pour maintenir ce fantasme, c'est poser des digues de bois contre un tsunami.

La vente de la musique enregistrée est morte. La musique, elle, restera toujours vivante. Mais au 21ème siècle, vivre de la création musicale devrait être aussi rare, difficile et privilégié que pendant tous les siècles qui ont précédé le 20ème. Et ceux qui en vivront gagneront probablement des fortunes bien moindres que ces méga-stars des années 1980.

Publié par Guillaume Champeau, le 15 Janvier 2008 à 15h09
 
 
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Commentaires à propos de «Derrière le plan social d'EMI, la mort d'une industrie du 20ème siècle»
 

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article fabuleux kad.
En réponse à AvidaDollars dont les propos sont structurés et très bien argumentés je pose une question :
est il normal que ce soit les maison de disques qui se soit enrichies pendant des années au lieu des artistes ?
le situation est certes caricaturale mais réelle, et je trouve qu'avoir des canaux de diffusion différents est un très bon point.
ayant joué dans un groupe dans des pubs la rémunération pour ce genre de spectacle varie entre 150 et 200€ la soirée.
pour 2heures 30 de prestation.
et honnêtement on etait loin des 2be3 qualitativement parlant (mais au moins on faisait du rock).
Alors en voyant des petits groupes talentueux qui tournait bien (4 fois par semaine) et qui drainaient un paquet de fans ... ils négociait leur soirée en moyenne 450€(avec participation sur les ventes de boissons).
petit calcul 450*4=1800 euro la semaine.
soit pour chacun 1800 euros par moi.
Alors certes non déclaré, sans secu etc ...
Mais on parle de petits groupes dans un pub !!!!
Il est certain que la dernière tournée de U2 avait par exemple un budget pharaonique et que les prochaines seront plus light moins tape a l œil, mais peut être plus "musicale".
tout ca pour dire que peut être que les artistes vont devoir mener moins grande vie, leur salaire va se rapprocher des médecins urgentistes qui sauvent tous les jours des vies ....
'leopharma', le 01/01/1970 - 01:00
...est il normal que ce soit les maison de disques qui se soit enrichies pendant des années au lieu des artistes ?...
Non, ce n'est absolument pas normal que les maisons de disques se soient enrichies pendant des années au lieu des artistes.

Le système était injuste depuis le départ. Il l'est resté, et s'est transformé en norme. Une norme jamais (ou peu) remise en question jusqu'à récemment. Les marges gigantesques des majors n'ont pas profités aux artistes, et se sont répercutées sur le consommateur en plus. Du coup, le consommateur n'achète plus ou pirate, ce qui profite encore moins aux artistes etc... Effet de boucle paradoxal.

Certes depuis déja très longtemps pas mal d'artistes ont essayé de s'autoproduire et s'autodiffuser,avec plus ou moins de succès. Leur principal obstacle étant la distribution physique du cd/cassette/vinyl, et la promo filtrée et controlée par les radios/MTV/télé. Deux obstacles en train d'etre levé par Internet.

le situation est certes caricaturale mais réelle, et je trouve qu'avoir des canaux de diffusion différents est un très bon point.

Bien sur, encore faut-il voir qui profite réellement de ces nouveaux canaux de diffusions !!!

On s'emballe très vite sur tout ce qui est nouveau. Or moi je vois beaucoup de nouveaux canaux de diffusions essayer tout simplement de récuperer le même pouvoir inégalitaire ( et les mêmes attitudes exploitatrices) qu'avaient les Majors avant ...
Dans ce cas on n'aura fait qu'un transfert de pouvoir , de Universal vers un site XY... est-ce mieux ?
Comme en plus ces nouveaux "diffuseurs" témoignent automatiquement d'un capital sympathie du public du fait de leur nouveauté, ou de leur coté (en apparence) anti-Major, ils sont souvent portés au nues, sans qu'on questionne réellement leur difference...

Si on prend un exemple extrème , il n'y a pour moi strictement AUCUNE différence entre Universal et "The Pirate Bay" ou "AlloF Mp3". AUCUNE.
Au moins Universal entube tout le monde au grand jour. Les autres le font hypocritement en profitant de la sympathie d'un public peu-éclairé.
'Kad, le 01/01/1970 - 01:00
La vente de la musique enregistrée est morte. La musique, elle, restera toujours vivante. Mais au 21ème siècle, vivre de la création musicale devrait être aussi rare, difficile et privilégié que pendant tous les siècles qui ont précédé le 20ème. Et ceux qui en vivront gagneront probablement des fortunes bien moindres que ces méga-stars des années 1980..

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Beaucoup d'excellentes remarques de AvidaDollars, j'en rajouterai trois :

Précisément, si l'audience des radios est aussi concentrée alors qu'il y a près de 1000 fréquences, c'est probablement que le public est grégaire. Personne ne vous oblige à écouter NRJ ou RTL, et sur le net, tous vont sur DailyMotion et Youtube... MySpace et FaceBook, etc...

Sur la conclusion : au contraire, Ceux qui vivront de la musique gagneront bien plus, on va assister à la concentration du paysage, moins d'élus qui gagneront plus, et beaucoup de pauvres, qui seront prêts à payer pour se faire connaître. La crise du disque ne touchera pas les plus riches !

Il y a eu dans le courant du XXème sicècle une classe moyenne, qui pouvait vivre honnêtement de son métier, c'est elle qui va souffrir en premier. Or, en général, on juge le développement d'un pays à cette capacité qu'il a de faire vivre une classe moyenne. Inutile de dire qu'il y a, pour les artistes, un risque de régression. Il va falloir inventer des solutions.

Un dernier mot, la concentration n'est pas l'apanage des majors ou des radios. Les Bach, Mozart ou Beethoven dont vous parlez existaient bien avant. Or c'est leur nom qui reste, pas ceux des milliers de petits compositeurs qui n'ont pour certains même pas pu faire interpréter leurs oeuvres par des orchestres, pour d'autre qui ont été oubliés.
'Remix', le 01/01/1970 - 01:00
Précisément, si l'audience des radios est aussi concentrée alors qu'il y a près de 1000 fréquences, c'est probablement que le public est grégaire. Personne ne vous oblige à écouter NRJ ou RTL, et sur le net, tous vont sur DailyMotion et Youtube... MySpace et FaceBook, etc...

C'est totalement vrai, mais il y a une énorme différence entre la situation des radios et celles des nouveaux médias. A la radio, si on écoute une station un peu obscur et locale, les chances sont grandes d'avoir l'impression d'être un peu le seul dans son coin à écouter cette radio. L'homme étant ce qu'il est, c'est un sentiment qui est angoissant, et qui fait fuir la plupart. Avec Internet, les hommes qui écoutent ces "radios" peuvent se réunir sur des lieux virtuels communs (forums, groupes sur Last.fm,...) et se sentir être en groupes, et retrouver ce confort de l'animal grégaire. On se fout de connaître Jean-Jacques Goldman comme le voisin si on connaît 50 personnes qui connaissent le groupe que personne ne connaît dans notre voisinage. Ca n'est plus angoissant.

Sur la conclusion : au contraire, Ceux qui vivront de la musique gagneront bien plus, on va assister à la concentration du paysage, moins d'élus qui gagneront plus, et beaucoup de pauvres, qui seront prêts à payer pour se faire connaître. La crise du disque ne touchera pas les plus riches !

Je ne vois pas ce qui permet de penser ça.

Il y a eu dans le courant du XXème sicècle une classe moyenne, qui pouvait vivre honnêtement de son métier, c'est elle qui va souffrir en premier. Or, en général, on juge le développement d'un pays à cette capacité qu'il a de faire vivre une classe moyenne. Inutile de dire qu'il y a, pour les artistes, un risque de régression. Il va falloir inventer des solutions.

La licence globale ?
Un dernier mot, la concentration n'est pas l'apanage des majors ou des radios. Les Bach, Mozart ou Beethoven dont vous parlez existaient bien avant. Or c'est leur nom qui reste, pas ceux des milliers de petits compositeurs qui n'ont pour certains même pas pu faire interpréter leurs oeuvres par des orchestres, pour d'autre qui ont été oubliés.

Même remarque que ci-dessus.
Sur la conclusion : au contraire, Ceux qui vivront de la musique gagneront bien plus, on va assister à la concentration du paysage, moins d'élus qui gagneront plus, et beaucoup de pauvres, qui seront prêts à payer pour se faire connaître. La crise du disque ne touchera pas les plus riches !


Je ne vois pas ce qui permet de penser ça.

L'émergence de nouvelle majors, à l'image de Live Nation, qui signent des contrats à plus de $100M avec des artistes comme Madonna.
L'investissement de grandes marques comme Coca ou Orange, qui se fait sur des artistes délà connus, déjà développés, déjà riches ! Le jour où on paie la notoriété et pas la qualité musicale, on restreint le nombre d'élus mais on les paye plus cher. (qu'ils soient musiciens ou footballeurs c'est pareil).
On voit aussi, dans les grands festivals de musique, que les stars demandent des cachets d'autant plus importants qu'elles ne vendent plus autant de disques, ce qui conduit les programmateurs à payer beaucoup moins les artistes en développement.

A la radio, si on écoute une station un peu obscur et locale, les chances sont grandes d'avoir l'impression d'être un peu le seul dans son coin à écouter cette radio. L'homme étant ce qu'il est, c'est un sentiment qui est angoissant, et qui fait fuir la plupart. Avec Internet, les hommes qui écoutent ces "radios" peuvent se réunir sur des lieux virtuels communs (forums, groupes sur Last.fm,...)

J'ai bien connu les radios pirates, je suis tombé dedans quand j'étais petit. Je peux te dire qu'à l'époque, comme tu l'écris, on se réunissait dans les lieux bien réels, les auditeurs étaient investis dans les programmes, ils venaient avec leurs disques, on a même échangé des logiciels de ZX81 via la FM... la seule chose qui change, c'est que les limites géographiques ont sauté, mais le public lui, ne change pas, il reste assez grégaire, sinon, tout le monde n'utiliserait pas Microsoft, Google, eBay et consort....

Tu parles de gens "ouverts", de gens qui sont prêts à faire un effort de découverte, ils ont toujours existé. Est-ce qu'Internet va changer l'humanité ? Rendre tout le monde curieux ? Je n'en suis pas sûr, même si je le souhaite, comme toi.

La licence globale ?

Dans les termes dans lesquels elle est proposée, elle ne me semble pas une bonne solution. Le licence globale qui permet d'autoriser certaines IP à échanger de la musique et pas d'autres me semble un peu désuète, surtout si le prix est fixé par décret et les sommes reversées à des SPRD dont on ne comprend pas toujours la logique des critères de redistribution.
Il faut inventer un truc un peu moins bourrin, un système évolutif qui s'adapte aux usages, aux artistes et aux auteurs, aux publics, à l'Europe, à l'évolution des technologies etc. Qu'il y a une redevance sur les FAI, ça semble tout à fait probable. D'ailleurs, la bande passante et les produits bruns se verront de plus en plus taxés, comme l'a été l'automobile au siècle dernier...
Le problème, c'est comment utiliser cet argent ?
'Cédric, le 01/01/1970 - 01:00
...Je pense que tout le monde ici a en tête des exemples d'artistes extraordinaires qui ont émergé avec des bouts de ficelle. Je ne parle même pas des albums enregistrés maison qui ont fait un carton sans que personne ne se doute des conditions d'enregistrement. En fait, les budgets de prod ne varient pas tant que ça, sauf par rapport à l'esthétique musicale...

Certes, le budget de production n'a pas grand-chose à avoir avec la qualité artistique finale.
Mais la perte d'un apport de financement (par le biais de certaines maisons de disques), chose qui est en train de s'installer , et l'obligation future de s'autofinancer pour les artistes va entrainer un effet non-prévu : l'appauvrissement de la variété des esthétiques disponibles.

Je m'explique:
Je crois que le fait d'être obligé de se financer soi-meme avec peu de resources va entrainer une certaine uniformisation de la musique.
Je prends deux exemples que tout le monde doit connaitre: The White Stripes (icky thump), et Pink Floyd (the wall , ou n'importe quel autre album)
Peut importe si on aime ou pas (moi j'aime pas les white stripes), mais ils sont deux représentants de 2 esthétiques différentes et opoosées, et tout aussi intéressantes l'une que l'autre.

L'album des White Stripes représente une esthétique minimaliste, brute, directe , energique, plus "in your face", un peu sale, un peu trash. L'instrumentation dans l'ensemble est constitué juste d'une guitare, d'une batterie, et la voix. Le disque aurait (et a probablement été) pu être enregistré dans la salle de bain du groupe pour une centaine d'euros.
Danc ce cas ci, pour représenter le "message" esthetique du groupe, le coté minimaliste , simple et peu couteux de l'enregistrement est parfaitement en adéquation avec ce qu'ils ont à exprimer. Il correspond donc à l'esthétique "Low-Fi"

"The wall" des Pink Floyd, est un tout autre type d'esthétique . Il est maximaliste, chargé (mais avec gout), moins direct, plus spacieux, plus planant, plus épique, plus sculpté, moins "in your face". L'instrumentation est lourde, fait appel a un orchestre symphonique, à des dizaines d'instruments qui jouent simultanément des sonorités complexes.
Le disque à surement couté une fortune, à nécessité un équipement très cher et beaucoup de temps pour obtenir cette esthétique "Hi-Fi".
Dans ce cas ci, la production chargée et couteuse était nécessaire pour exprimer le coté expansif, spacieux, épique, donc le "message" esthétique de Pink Floyd.

Le "message" du disque des White stripes n'aurait aucun sens s'il avait été produit de manière maximaliste et subtile comme "The Wall", et ce dernier n'aurait aucun sens s'il était produit de manière minimaliste et brute comme les white stripes.

Or , avec la disparition de sources de financement, l'esthétique White Stripes ne sera plus un choix, mais une obligation . Une uniformisation des esthétiques est un appauvrissement.

Au cinéma c'est pareil. "Dogville" de Lars von Triers et "Apocalypse Now" de Coppola sont a mon avis deux films géniaux, avec deux esthétiques radicalement opposées. "Dogville" est tourné avec une DV (la sony VX100) qui coute 2000euros. Les decors sont représentés par des lignes au sol, dans un plateau vide ! A part pour le salaire de Nicole Kidman, le film pourrait etre tourné pour le prix d'un gros ordi.
"Apocalypse Now" c'est l'extreme inverse; Camera 70mm, decors de fou, une tonne de figurants et de pyrotechnique, donc budget collossal. On ne finance pas un truc comme ça avec de l'argent de poche.
Moi je veux voir les 2 genres de films. Je n'aimerais pas que la seule esthétique disponible soit celle de Dogville, parceque les réalisateurs n'auraient plus le choix. Pareil pour la musique, je n'ai pas envie que d'un son trash et minimaliste toute la journée.

De plus je suis d'accord avec toi sur le fait que les labels communaitaires ne donneront que des musiques prévisibles. Le coté prise de risque n'y est pas.
Pour reprendre une citation de Goethe (je crois): "L'artiste n'est pas là pour donner au public ce qu'il aime, mais pour lui donner ce qu'il ne sait pas encore qu'il va aimer"
quand on pense à la richesses des possibilité d'autoproduction d'aujourd'hui, en investissant simplement 1000€ dans un home studio on peut produire des choses bien mieux que les immondices pondues par les boites de prod françaises (ULM TV pour ne pas les citer qui possède un back catalog relativement immonde).
créez par vous mème.
félicitation pour l'article, c'est ce que j'attende lire depuis bien longtemps.
quand on pense à la richesses des possibilité d'autoproduction d'aujourd'hui, en investissant simplement 1000€ dans un home studio on peut produire des choses bien mieux que les immondices pondues par les boites de prod françaises (ULM TV pour ne pas les citer qui possède un back catalog relativement immonde).
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félicitation pour l'article, c'est ce que j'attende lire depuis bien longtemps.

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