La France demande à l'Arabie Saoudite de suspendre l'exécution de la peine de Raif Badawi, le blogueur saoudien condamné à recevoir 1000 coups de fouet pour avoir exercé sa liberté d'expression. Mais la supplique arrive beaucoup trop tardivement, après que la France se soit tue par opportunisme politique.

Le 9 janvier 2015, le militant Raif Badawi recevait en public cinquante premiers coups de fouet, pour avoir exprimé sur internet ses opinions contre le régime saoudien et pour s'être rendu coupable par ses écrits, selon les autorités, du crime d'apostasie. Deux jours plus tard, le 11 janvier 2015, Nizar al-Madani, ministre d’Etat aux affaires étrangères pour l’Arabie Saoudite, participait à l'invitation de Paris à la "marche républicaine" censée présenter un front uni pour la défense de la liberté d'expression, après l'attentat qui a décimé la rédaction de l'hebdomadaire Charlie Hebdo.

Si son corps l'avait supporté – et en contradiction totale avec les engagements internationaux de l'Arabie Saoudite (qui a adhéré en 1997 à la Convention contre la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants), Raif Badawi aurait dû depuis être flagellé chaque semaine jusqu’à purger la peine de mille coups à laquelle il a été condamnée.

Même si elle est venue défiler pour défendre Charlie en France, l'Arabie Saoudite ne se sent investie chez elle d'aucune obligation de respecter et protéger la liberté d'expression, par ailleurs trop faiblement garantie par la Charte arabe des droits de l'homme. Le pays reste l'un des très rares au monde à n'avoir ni signé ni ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, qui protège explicitement la liberté d'exprimer ses opinions et d'avoir la religion de son choix, ou de n'avoir aucune religion.

Raif Badawi n'ayant pas recherché à être anonyme sur internet, les autorités ont pu l'identifier et l'arrêter sans difficultés après avoir pris connaissance de ses publications. Et la France connaissait parfaitement cette arrestation et le risque d'une peine de mort ou d'une peine plus inhumaine encore lorsque François Hollande s'est rendu en décembre 2013 en Arabie Saoudite pour y négocier quelques milliards d'euros de contrats. Le président de la République n'en avait pas pipé mot, préférant parler affaires que droits de l'homme.

La France a donc beau jeu, un an et demi plus tard, de s'indigner de ce que la Cour suprême saoudienne a confirmé la sentence. Comme l'y invitait Rue89, la diplomatie française a publié un court communiqué pour demander la suspension des coups de fouet qui "un geste de clémence" :

Mais ces mots n'ont aucun poids et resteront sans lendemain. Ce n'est pas en allant négocier des contrats commerciaux avec l'Arabie Saoudite et en l'accueillant dans un défilé d'hypocrites sur la liberté d'expression que la France défend le droit de s'exprimer. Elle doit le faire en se montrant beaucoup plus ferme sur la scène internationale, et en montrant l'exemple. Ce qu'elle ne fait pas.

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