Avec RED, Apple demande aux consommateurs d'acheter des produits Apple pour aider à la lutte contre le SIDA. Mais ne serait-il pas plus utile que la firme paye sa juste part des impôts, qui doivent servir entre autres à financer la recherche médicale ?

Comme il le fait régulièrement depuis de nombreuses années, Apple a décidé cette année encore de s'associer au mouvement (RED) fondé en 2006 par Bono et Bobby Shriver, et de promouvoir une gamme de produits de couleur rouge en faveur du Fonds mondial de lutte contre le sida. Ainsi à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA le lundi 1er décembre prochain, la firme de Cupertino a annoncé ou confirmé trois séries d'opérations :

  1. Le 1er décembre, "une partie des bénéfices" de chaque vente réalisée dans les Apple Store ou sur l'App Store sera reversée au Fonds mondial, sans que le détail de cette "partie du bénéfice" ou du calcul de la base bénéficiaire ne soit explicitée. Apple ne pourrait pas être plus imprécis sur ce qu'il compte exactement reverser ;
     
  2. Toute l'année, "une partie du prix d’achat" des produits de la gamme de produits Apple (RED) est reversée au Fonds par l'intermédiaire de (RED), mais là encore sans aucune information sur la part effectivement reversée. S'agit-il de 0,001 % ou de 10 % ?
     
  3. Du 24 novembre au 7 décembre, "100 % des bénéfices de la vente" de certaines applications estampillées RED seront reversés au Fonds. Sur l'App Store lui-même, il est écrit que "100 % des revenus perçus" sont reversés. Il ne s'agit toutefois que d'une très petite sélection d'applications partenaires (nous en comptons 25 sur plus de 1,2 millions d'applications référencées au total sur l'App Store).

Certes, tout effort en faveur de la lutte contre le SIDA est louable, et doit être salué comme il se doit. A condition qu'il ne soit pas pure hypocrisie. Il ne faudrait pas que de telles opérations permettent à Apple de se dédouaner de sa responsabilité sociale et sociétale.

Or la firme sait parfaitement mettre en avant de telles opérations caritatives pour tenter de faire oublier sa responsabilité plus large de contribuable, qu'il n'est pas ou très (beaucoup trop) peu. Grâce à des montages fiscaux dont il est passé maître, Apple parvient à faire échapper à l'impôt des sommes astronomiques, qui pourraient et devraient être utilisées par les peuples du monde entier, à travers leurs instances démocratiques, pour décider de financer tels programmes de soutien à la recherche contre le sida, ou telles autres d'autres causes jugées importants. 

Est-ce vraiment aux consommateurs d'aider Apple à donner à (RED) lorsque la firme de Cupertino compte une trésorerie de plus de 150 milliards de dollars, amassée pour partie grâce à ces montages fiscaux auxquels les contribuables normaux appelés à la rescousse n'ont pas accès ?

Apple n'est bien sûr pas seul. La Tribune rapportait en début d'année que les grands groupes mondiaux avaient 2 800 milliards de dollars dans leurs caisses. Sur son site, (RED) annonce que depuis 2006, donc depuis près de dix ans, il a réuni au total 275 millions de dollars.

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