Aux Etats-Unis, Amazon proposera en octobre à ses clients de racheter à bas prix les livres qu'ils ont déjà achetés, pour pouvoir les lire sur leurs tablettes. En France, les éditeurs se sont déjà assurés que la pratique serait illégale, même si elle semble être de leur intérêt.

Lorsque le Parlement a adopté la loi sur le prix unique du livre numérique et qu'elle est entrée en vigueur en novembre 2011, nous avions souligné combien l'industrie du livre se mettait elle-même des bâtons dans les roues, en insultant l'avenir. Loin de protéger les éditeurs ou même les libraires, la loi a surtout pour effet d'interdire la plupart des pratiques commerciales qui permettent au secteur du livre de trouver le dynamisme dont il a besoin pour s'adapter aux nouveaux usages.

Preuve en est à nouveau l'offre que vient d'annoncer Amazon aux Etats-Unis, qui ne verra jamais le jour en France sauf modification de la loi. Dans le même esprit que le service Autorip qui permet de bénéficier d'un MP3 pour chaque CD physique acheté, le programme Kindle MatchBook d'Amazon permettra aux clients du site e-commerce d'acheter des éditions numériques de leurs livres à un prix très réduit, lorsqu'ils ont déjà acheté la version papier — avec effet rétroactif depuis 1995. Pratique pour ceux qui ont prêté à long terme, perdu, vendu ou brûlé leur livre papier, et qui souhaitent pouvoir relire ces livres sur leur tablette ou liseuse électronique.

Plus de 10 000 livres seront ainsi accessibles aux clients Amazon à un prix qui ira de la gratuité totale jusqu'à 2,99 $ maximum. 

Mais pas question d'avoir le même service en France, à cause de la loi sur le prix unique du livre numérique. Celle-ci impose que les éditeurs fixent le prix de vente des livres vendus sous forme numérique, lequel "s'impose aux personnes proposant des offres de livres numériques aux acheteurs situés en France".

La loi permet seulement de moduler le prix "en fonction du contenu de l'offre et de ses modalités d'accès ou d'usage". Mais ni le contenu ni les modalités d'accès ou d'usage ne changent entre un livre vendu dès le premier achat sous forme numérique, et le même livre vendu en numérique après avoir été vendu en papier. Dans l'offre d'Amazon, seul le prix varie. Ce qui serait illégal en France.

Si vous voulez télécharger un livre que vous avez déjà dans votre bibliothèque, il faudra donc le racheter au prix fort en version numérique. Ou le pirater. Ni les éditeurs ni les marchands n'ont le droit de proposer une alternative. En théorie.

En pratique, il existe des offres comme Paperus qui flirtent avec la loi en associant livre papier et numérique au moment de l'achat, dans une même offre promotionnelle. Mais il ne s'agit pas alors, comme le fait Amazon, d'une offre rétroactive. Nulle doute, néanmoins, que les éditeurs tenteront de tordre la loi pour s'autoriser ce que la loi interdit en principe.

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