Une pétition, à laquelle la Maison Blanche a obligation de répondre, demande à Barack Obama de démettre de ses fonctions la procureur du Massachussetts Carmen Ortiz, à qui il est reproché une forme de "harcèlement judiciaire" qui aurait provoqué le suicide de l'activiste Aaron Swartz.

Le suicide d'Aaron Swartz pourrait prendre une dimension politique inattendue aux Etats-Unis, avec l'ouverture d'un débat public qui confirme le statut de martyr de l'activiste qui se battait pour favoriser la libre diffusion des connaissances sur Internet. La mort tragique du jeune homme de 26 ans, qui risquait jusqu'à 35 ans de prison pour avoir téléchargé illégalement des écrits universitaires et scientifiques dans le but de les mettre en ligne, fait naître un débat national sur le système judiciaire et la proportion des peines. Alors que le MIT et surtout JSTOR, victimes du piratage, avaient décidé de retirer leur plainte et même de donner satisfaction à Swartz en publiant gratuitement des revues scientifiques autrefois payantes, le bureau du procureur du Massachussetts avait choisi d'aller jusqu'au bout dans les poursuites. Avant que le suicide ne l'oblige à y mettre fin.

De nombreux Américains ont ainsi interpellé Barack Obama en utilisant le système de pétition en ligne de la Maison Blanche, qui oblige l'administration à répondre aux textes qui réunissent plus de 25 000 signatures. C'est le cas de la pétition ouverte dès samedi dernier, qui demande au président des Etats-Unis de "démettre de ses fonctions la procureur de district des Etats-Unis Carmen Ortiz pour avoir été trop loin dans l'affaire d'Aaron Swartz". Dès le lendemain de l'annonce de la mort, la famille de Swartz avait publié un communiqué pour accuser le "système judiciaire pénal" d'être responsable du suicide de l'activiste.

"Il est trop tard pour faire quoi que ce soit pour Aaron Swartz", regrette le texte de la pétition. Mais elle appelle à sanctionner "celle qui a utilisé les pouvoirs confiés par ses fonctions pour s'acharner contre lui dans une position qui lui faisait encourir un procès ruineux, une vie en prison et l'ignominie et la honte d'être un criminel condamné, pour un prétendu crime que les victimes supposées n'ont pas souhaité poursuivre".

Le texte de la pétition s'appuie sur le message de colère publié par Lawrence Lessig, le très respecté fondateur des licences Creative Commons et militant anti-corruption. Il y reconnaît que ce qu'a fait Aaron Swartz méritait sanction s'il était reconnu coupable, mais une sanction "appropriée".

"Nous avons besoin d'un meilleur sens de la justice, et de honte. Parce que la démesure de cette histoire n'est pas juste Aaron. C'est aussi l'absurdité du comportement du procureur", écrit-il. "Depuis le début, le gouvernement a travaillé aussi dur qu'il pouvait pour dépeindre ce qu'Aaron a fait de la façon la plus extrême et absurde possible. La 'propriété" que Aaron avait 'volé', nous a-t-on dit, valait des 'millions de dollars' – avec l'indication, puis la suggestion, que son objectif devait être de tirer profit de son crime. Mais quiconque dit qu'il y a de l'argent à se faire dans un ensemble d'articles universitaires est soit un idiot, soit un menteur". Pour Lawrence Lessig, la justice américaine a exercé un véritable "harcèlement" sur Aaron Swartz.

Selon le texte de la pétition, "un procureur qui ne comprend pas la proportionnalité et qui utilise régulièrement la menace de poursuites injustes et disproportionnées pour extorquer des (négociations de peine) aux défendeurs quelle que soit leur culpabilité est un danger pour la vie et la liberté de quiconque croise son chemin".

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