Dans des échanges internes, des membres de la campagne de François Hollande chargés de la culture suggèrent que le candidat socialiste ne propose pas une suppression pure et simple de l'Hadopi, et prête une oreille plus attentive aux inquiétudes des lobbys culturels.

Rien n’est encore fait pour le programme qu’adoptera définitivement François Hollande au sujet de la culture numérique. Alors que le député Didier Mathus, chargé pour la campagne des questions culturelles touchant au numérique, est désormais membre de l’Hadopi et astreint au devoir de réserve, Aurélie Filippetti a décidé de convoquer en urgence une réunion des « experts » de la Culture au sein du Parti Socialiste le 23 janvier prochain, à l’Assemblée Nationale (mise à jour : la réunion était en fait programmée depuis un mois mais les invitations n’avaient pas encore été lancées, nous fait savoir Aurélie Filipetti). La lettre des cinéastes à François Hollande publiée dans le JDD a visiblement fait son effet.

Depuis sa publication, les « têtes pensantes » de la campagne de François Hollande s’activent en coulisse pour jouer de toute leur influence, dans un sens ou dans l’autre.

Parmi eux figure David Godevais, un militant discret qui dirige le Club Action des Labels Indépendants Français (CALIF), les labels Zanzibar Express et Pygmalion Records, et organise le Disquaire Day, la fête des disquaires indépendants. Il est aussi co-fondateur et secrétaire de l’association L’Argument Public, un « espace de rencontre entre les militants socialistes et ceux qui composent les milieux intellectuels et artistiques« . Un club qu’il a fondé notamment avec Anne Hidalgo, ancienne secrétaire nationale du PS à la culture et désormais première adjointe au maire de Paris.

Dans des échanges internes dont Numerama a pris connaissance, David Godevais demande que François Hollande écarte le spectre de l’abrogation de l’Hadopi, qui effraye les professionnels de la culture :

Visiblement ce qu’une partie du PS n’a pas bien perçu, c’est que l’Hadopi a été le résultat d’une demande, auprès des pouvoirs publics, de la part des professionnels de la culture : Artistes, auteurs, réalisateur, producteurs, labels, éditeurs, sociétés civiles, sociétés d’auteurs, indépendants et multinationales. La quasi totalité des ayants-droits ont demandé à l’état, un système de protection de leurs droits suite à la révolution internet.

Alors certes l’Hadopi n’est pas la panacée mais aujourd’hui c’est le seul mécanisme qui va dans ce sens. Pour rappel, les mesures pour empêcher le piratage aux USA ou d’autres pays, sont beaucoup plus sévères qu’en France et ont d’ailleurs permis que dans ces pays, les échanges légaux sur internet se développent considérablement ces dernières années (c’est un peu comme l’effet « radars » pour la sécurité routière en France ).

Aujourd’hui parler d’abrogation d’Hadopi aux créateurs reviendrait à dire, dans le même ordre d’idée, aux agriculteurs que le PS s’il vient aux affaires, va demander l’abandon de la PAC… le résultat ne manquerait pas de piquant en pleine campagne présidentielle.

Les cinéastes qui ont signé cette tribune ne sont pas franchement des suppôts du grand capital et ce qu’ils demandent c’est que notre candidat les rassure sur la question de leur droits et donc de leurs existence en tant que créateurs. La plupart de ces créateurs et ayants droits sont prêts à nous rencontrer à condition qu’ils se sentent écoutés et je suis sûr qu’il serait possible de monter une réunion avec leurs représentants et notre candidat en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire.

Il me semble aujourd’hui absolument nécessaire de ne plus agiter le chiffon rouge de l’Hadopi et de botter en touche en proposant, par exemple, une étude sur l’efficacité de cette loi. Parallèlement il nous faut rapidement organiser des réunions avec les professionnels, d’abord pour les écouter et ensuite pour leur faire des propositions. De ce point de vue les BIS de Nantes sont à mon avis une première étape.

Denis Declerck, le « monsieur Culture » de Manuel Valls, apporte une nuance. « Tout à fait d’accord avec toi sur le rappel de l’origine d’Hadopi et le risque politique que nous prendrions en annonçant sa suppression pure et simple« , reconnaît-t-il. Mais « ce que l’on peut et doit attendre des professionnels, c’est aussi qu’ils proposent des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent« .

« Dans un moment tel que l’élection présidentielle, la responsabilité du corps social et des professionnels c’est de se mettre d’accord sur des propositions à soumettre aux candidats. Or, aucune proposition dans cette lettre, tout juste sont-ils d’accord pour interpeller publiquement le candidat (ça fait toujours chic à la veille d’un Golden Glob)« , écrit M. Declerck.

« La suppression d’Hadopi ne vaut pas politique culturelle, mais poser des questions ne suffit pas pour y répondre. Donc, si certains d’entre nous se lancent dans une série de tours de table avec des représentants des différents secteurs, il me semble qu’ils pourraient être centrés sur LEURS propositions plutôt que sur nos réponses que nous n’aurons pas eu le temps de construire« .

Dans ces échanges, les cinéastes et l’ensemble des professionnels de la Culture sont désignés comme des « clientèles » électorales qu’il faut soigner. « Il est bien nécessaire de traiter les clientèles culture au cas par cas même si on dispose d’un programme généraliste« , constate un intervenant.

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