Veut-on vraiment que ce CSA là régule Internet ?

Guillaume Champeau - publié le Jeudi 17 Novembre 2011 à 11h14 - posté dans Société 2.0

Le CSA, qui a sanctionné France Culture pour avoir lu en pleine journée des extraits du Marquis de Sade, souhaite pouvoir sanctionner tout site internet qui diffuse ce type de contenus sans les interdire aux moins de 16 ans. Est-ce vraiment souhaitable ?

Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) ne s'en cache plus du tout. Il veut réguler les contenus sur Internet, comme l'autorité administrative l'a fait des contenus diffusés par la télévision et la radio. A défaut d'en avoir déjà les pouvoirs juridiques, il prépare dès maintenant les esprits sur le terrain médiatique en lançant une campagne de communication qui veut sensibiliser les parents sur l'ensemble des contenus susceptibles d'être vus sur un téléviseur ou tout autre écran. "L'opinion publique est en faveur de la protection de l'enfance, elle sera en faveur d'un minimum de régulation sur Internet", assurait sur France Info le patron du CSA, Michel Boyon.

Une fois les élections de 2012 passées, le CSA utilisera sa grande influence pour pousser les réformes législatives qui lui permettront d'agir sur Internet. Depuis de nombreux mois, elle plaide pour une méthode dure, avec notamment le blocage des sites de vidéos en ligne qui n'auraient pas reçu son label de bonne conduite. Et s'il n'est pas imposé par la loi, ce blocage pourrait être massivement déployé via les systèmes de contrôle parental que certains députés proposent déjà d'installer au coeur des FAI.

Là où l'Hadopi se contenterait d'utiliser les fameux "moyens de sécurisation" pour bloquer les seuls sites qui ne respectent pas le droit d'auteur (ce qui est déjà trop), le CSA utiliserait des systèmes équivalents pour bloquer les sites qui ne respectent pas une certaine forme de décence dans les contenus, ou pour leur imposer un très difficile contrôle d'accès en fonction de l'âge de l'internaute.

Or c'est bien la liberté d'expression et de communication qui est en cause, et l'on doit craindre l'installation d'une certaine forme de censure. A cet égard, l'article publié par Emmanuel Berretta dans Le Point est révélateur :

Après ses 13 ans de cachot, et sa censure jusqu'en 1960, le marquis de Sade vient de tomber sous la férule du CSA. Le 7 novembre, le "divin marquis" est à l'origine d'une mise en demeure de France Culture qui a commis ce péché terrible d'avoir lu, le 23 juin 2011, à 10 heures du matin, des extraits du livre Les 120 journées de Sodome. Les Sages, terrifiés par l'horreur des tortures imaginées par Donatien-Alphonse-François de Sade, ont jugé que de tels écrits ne pouvaient être lus sans choquer les mineurs de moins de 16 ans qui, comme chacun le sait, écoutent en masse France Culture, le transistor collé sur l'oreille...

(...)

Le patron de France Culture fait observer qu'il n'est "pas interdit à un lecteur de moins de 16 ans qui se présente dans une bonne librairie d'acheter les oeuvres de Sade dans lesquelles il trouvera exactement ce qui a été lu.

Or justement, si le CSA se met à réguler Internet, ce sont les librairies en ligne qui seront aussi régulées. Ce sont toutes les publications qui pourront tomber sous la guillotine du CSA, ou être verrouillées par des obligations de contrôle parental imposées à différents niveaux (éditeurs de service en ligne, FAI,...).

Le CSA avait une légitimité certaine pour réguler les contenus à la télévision ou à la radio lorsque ces deux médias utilisaient une ressource publique limitée (les ondes hertziennes), qu'il fallait que l'Etat administre dans l'intérêt général. Mais sur Internet, la ressource utilisée pour véhiculer les contenus n'est ni publique, ni limitée.

Publié par Guillaume Champeau, le 17 Novembre 2011 à 11h14
 
 
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Commentaires à propos de «Veut-on vraiment que ce CSA là régule Internet ?»
 

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"Le CSA avait une légitimité certaine pour réguler les contenus à la télévision ou à la radio lorsque ces deux médias utilisaient une ressource publique limitée (les ondes hertziennes), qu'il fallait que l'Etat administre dans l'intérêt général. Mais sur Internet, la ressource utilisée pour véhiculer les contenus n'est ni publique, ni limitée."
+1000
Confessions d'un voleur, écrit en 2002 par Laurent Chemla :
Splendeurs et misères du CSA

En 1982, les pouvoirs publics ont décidé la création d'un organisme chargé de contrôler et de réguler les moyens de communication audiovisuels. Ce fut la Haute Autorité de la communication audiovisuelle qui devint, en 1989, le Conseil supérieur de l'audiovisuel. À en croire les textes fondateurs de cette institution, elle a été créée pour une raison importante: la rareté des fréquences hertziennes disponibles pourrait entraîner l'apparition de "médias d'État" par une mainmise du gouvernement sur les chaînes de télévision et les radios. Le CSA garantit donc l'égalité des temps de parole des intervenants politiques dans les médias dont l'influence sur nous autres pauvres électeurs, est si grande.

Seulement voilà, l'Internet arrive et, avec lui, la télévision câblée, les satellites, le numérique hertzien et j'en passe. La rareté se fait rare et les possibilités d'expression publique se multiplient. Cette évolution devrait logiquement conduire à la fin des organismes de régulation devenus, de fait, inutiles. Une démocratie saine se devrait d'abroger les lois encadrant la liberté d'expression, qui furent utiles en leur temps mais qui sont désormais inadaptées au monde nouveau. Tout comme les grands arbres nécessaires à la survie des dinosaures ont un beau jour disparu, l'Internet a déboulé comme une énorme météorite dans le ciel de nos dinosaures contemporains. Mais toute institution qui se respecte a tendance à vouloir survivre, le CSA comme les autres. Coincé qu'il est dans ses certitudes, préférant ne pas voir que ses salons d'apparat sont envahis d'incongrus arrivés là par téléportation, il ne veut pas mourir.

Il peut soit nier l'évidence, tel un dinosaure-autruche qui va mourir la tête dans le sable, soit essayer de faire revenir le monde en arrière, tel un dinosaure têtu qui va mourir quand même, mais en se battant. Voire les deux, s'il est du genre autruche têtue.

Donc, les membres du CSA clament qu'il est naturel de réguler ce média comme les autres et qu'ils souhaitent continuer, là comme ailleurs, à décider de ce qui peut être dit ou non. Ils contreviennent de la sorte à la Déclaration universelle des droits de l'homme qui précise que "tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit".

C'est certainement parce qu'il n'y a pas de frontières dans le droit à la liberté d'expression que le CSA a organisé, fin 1999, le Sommet mondial des régulateurs sur Internet pour discuter des meilleurs moyens de réguler les libertés sur l'Internet. Lors de la préparation de cette réunion, il a pu échanger ses expériences avec des représentants de pays bien connus pour leur profond respect des droits fondamentaux comme l'Iran, la Turquie, le Gabon, la Malaisie, la Thaïlande, le Nigeria, l'Angola, le Burundi, la Syrie et le Mozambique...

Le CSA nie l'évidence et se bat, en bon dinosaure-autruche têtu. Il oublie que sa raison d'être (la rareté des moyens d'expression publique) a disparu et tente de créer de la rareté dans un monde pléthorique pour retrouver une légitimité perdue. Le CSA se bat pour son existence et tant pis si, dans la lutte, il piétine quelques articles de la Déclaration des droits de l'homme: tous les coups sont permis quand on joue sa survie. De fait, l'Internet a rendu le CSA inutile, comme il a rendu inutiles des portions entières de l'industrie, comme il va rendre caducs certains des services de La Poste. Il faut avoir les yeux bien fermés pour l'ignorer. Mais certains ont les paupières collées et les autres font tout pour éviter de faire le moindre bruit, de peur de les réveiller. C'est dangereux un dinosaure qui ouvre les yeux et s'aperçoit qu'il va mourir bientôt. Nos politiques ne sont pas naïfs, mais tant que le 20 heures de TF1 touchera plus de monde que l'Internet, ils se garderont bien de réveiller le dinosaure du CSA en lançant un vrai débat public. Et ne comptez pas trop sur les médias classiques, qui sont encore sous la tutelle du dinosaure, pour prendre la relève.
Il y a Internet (une multitude de réseaux interconnectés au niveau mondial), il y a la France, un ch'tit pays super endetté de l'Union Européenne, et dans la France il y a un ridicule petit organisme spécialisé dans la censure des chaines de télé et de radio qui émettent depuis la France. Et ce truc rikiki prétend vouloir/pouvoir réguler Internet ?

Quand est-ce qu'ils vont réguler les chaines de télé et radio étrangères qu'on capte en France via satellite ?

Ils sont déjà en "PUR FAIL" au niveau de leur domaine de compétences, et il veulent faire croire qu'il peuvent réguler Internet. Ils sont en plein rêve...

:mdr:
Big Brother dans toute sa splendeur !
Ils sont au courant que c'est limite impossible à mettre en oeuvre une censure à si vaste échelle.
J'avais cru comprendre que la HADOPI et le CSA se fesaient la guerre au premier qui controlerai le Net, sachant que l'un ne voulais pas de l'autre... si seulement ils pouvaient s'auto-detruire
Sovereign, le 17/11/2011 - 11:29
Big Brother dans toute sa splendeur !
Ils sont au courant que c'est limite impossible à mettre en oeuvre une censure à si vaste échelle.
On en reparle dans 10 ans ?? c'est ce qui nous attend....
http://www.francecul...oven-2011-11-15

à écouter concernant cette censure des bien-pensants nommés par l'ump.
Ils peuvent effectivement brider Mme Michu sur un réseau privé genre SFR, Free, Orange. Ils peuvent en effet faire croire à un public non averti qu'ils ont un pouvoir, tout comme aujourd'hui certains imbéciles s'imaginent que la HADOPI sert à quelque chose.

Mais réguler Internet, non, ça ils ne peuvent pas.
C'est pas le CSA qui a autorisé la diffusion Spartacus Blood and Sand en première partie de soirée ? (déconseillé aux moins de 12 ans :rolleyes: )

Faudrait peut être viser à bien faire son boulot avant de vouloir éteindre son action.
Ils sont tapé ces vieux bons à rien ? déjà qu ' ils ne servent à rien concernant la tv et la radio alors le net ...
Perso j'en ai marre de toute cette technocratie bien pensante qui dicte ce qui est bon ou non pour le peuple.

Et puis une question bête : Who watches the Watchmen ?
Le CSA n'est qu'une institution de merde, corrompue jusqu'au trognon.

Ils n'ont jamais contrôlé la TV car il y a connivence incestueuse entre entreprises médiatiques et politiciens verreux, ils ont laissé les médias se dégrader, aujourd'hui, leur réputation est morte.

Le CSA doit être saigné, anihilé, refondu en une VRAIE institution INDEPENDANTE, et complètement reformé.

Ce qui ne sera jamais fait évidemment puisque le président pourri ne laissera jamais ses institutions devenir indépendante, son goût du contrôle le lui interdit, et il ne laissera jamais ses institutions taper sur les entreprises de ses amis, il perdrait alors ses soutiens financiers.

Immonde corruption.

Le CSA actuel n'est qu'un pitoyable ramassi de sous merdes aussi inutiles que coûteuses.

Le laisser poser ses hideuses pattes toutes crades sur internet serait une catastrophe d'hypocrisie et de ridicule.

Remarque, certes, vous me direz, avec ce gouvernement de guignols, en matière de numérique, question catastrophe de mauvaise foi et de ridicule, on est plus à une prêt...
arf. çà me rappelle à l'époque de difool et le doc. début de soirée, je fais les courses dans le supermarché et paf lovin fun qui commence. ben plutôt trash quand t'es en train de choisir tes concombres†=))
Entendre le CSA vouloir réguler internet. Pourquoi pas.
Entendre parler de la méthode dure, NON !
Car de toute façon, techniquement c'est infaisable, voir improductif (ralentissement d'internet, contournement et chiffrement de masse, ...).
La seule chose que le CSA peut faire sur internet, ce serait labelliser/spécifier des logiciels de contrôle parentale, et faire appel au bon sens des éditeurs de sites pour mettre des tags facilement utilisable par ces logiciels de contrôles parentale (genre le logo -16).
Le CSA ne doit pas avoir moyen de sanctions sur internet, par contre il peut toujours aider les parents en difficulté numériques à surveiller leurs enfants (qui configure le mot de passe du logiciel de contrôle parental :D).
Perso, je pense que le meilleurs contrôle parentale reste que le seul PC soit en évidence dans la maison, mais à partir d'un certain âge d'indépendance (l'adolescence), ça devient de plus en plus dure sans aide logiciel d'éviter d'avoir un gamin qui regarde des choses qui ne le concerne pas depuis son PC à lui qu'il aura pour ses 12-14ans.
Avant, il y avait Internet, demain il y aura internet by CSA (accessible le samedi à minuit).

Image IPB

:dehors:
Tant que ça saigne pas un bon coup la censure et la rigueur vont progresser impunément.
àa faisait longtemps que Numérama avait pas écrit un article que j'approuve autant.

Le CSA avait une légitimité certaine pour réguler les contenus à la télévision ou à la radio lorsque ces deux médias utilisaient une ressource publique limitée (les ondes hertziennes), qu'il fallait que l'Etat administre dans l'intérêt général. Mais sur Internet, la ressource utilisée pour véhiculer les contenus n'est ni publique, ni limitée.

Tout est dit. Il ne me reste qu'à plussoyer.
je vous interdit d 'écouter , mais le DVD est au supermarché de l' ETAT au prix de xx €
SADE c 'est pas bien , la THAILANDE c 'est mieux ( suivez mon regard )
De toute façon, ce qu'ils veulent faire coûtera trop chère ils n'auront pas les financement surtout que maintenant il y a le plan de rigueur.
Il n'y a pas à s'inquiéter de l'éthique quand on a pas de frique! (LOL)

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