La Commission européenne a donné son feu vert aux aides de la France pour le déploiement du très haut débit. Ces aides devront se concentrer dans des zones pour lesquelles il n'existe pas de réseaux comparables à la fibre optique. Un point qui pose la question du rôle de la technologie VDSL2 dans le cadre du programme national pour le très haut débit.

Dans le cadre du programme national visant à faire basculer l’ensemble du territoire dans le très haut débit, le gouvernement a prévu de participer au déploiement des infrastructures en mobilisant 750 millions d’euros pour créer non seulement un effet de levier sur l’investissement privé, en particulier dans les zones les moins densément peuplées, mais aussi pour soutenir les projets portés par les collectivités locales.

« L’État pourrait ainsi prendre en charge jusqu’à 33 % du montant total de la participation financière publique aux projets, sous forme de subventions directement versées aux collectivités qui assurent la maîtrise d’ouvrage » avait ainsi expliqué Éric Besson en début d’année devant le Sénat. C’est cette stratégie qui vient d’être validée par la Commission européenne, par la voix du commissaire en charge de la concurrence.

Le communiqué de presse note toutefois que « les aides seront accordées par l’intermédiaire d’appels d’offres et uniquement pour des zones dans lesquelles il n’existe pas de réseaux comparables, et parce que le réseau subventionné sera accessible à tous les utilisateurs intéressés« . Toute la question est ici de déterminer ce qu’est un réseau comparable, afin de pouvoir repérer les lacunes au niveau de l’infrastructure.

Le cas du VDSL2

Le cas de la technologie VDSL2 est ici intéressant. Comme nous l’expliquions alors, celle-ci est nettement plus économique que la fibre optique intégrale, même si elle offre des débits plus faibles : 50 Mbps symétriques (envoi et réception) en utilisant la même paire de cuivre que celle utilisée par l’ADSL pour le « dernier kilomètre ». La montée en débit se fait au niveau de sous-répartiteurs intermédiaires, qui sont eux reliés par fibre optique au répartiteur téléphonique traditionnel (NRA).

Validée par le comité technique de l’autorité de régulation des télécommunications, cette technologie pose question : est-elle un « réseau comparable » au très haut débit porté par la fibre optique ? Si oui, alors il n’existe pas à proprement parler de carence puisqu’il y a des paires de cuivre partout. Donc, la montée en débit peut se faire assez facilement sans avoir besoin de passer directement à la fibre.

Une technologie diversement appréciée

À ce sujet, les opérateurs avaient fait comprendre qu’ils étaient prêts à déployer cette technologie. Orange, qui dit vouloir couvrir au moins 60 % de la population en FTTH (fibre optique jusqu’à l’abonné), avait précisé que « au-delà nous sommes ouverts à des solutions de montée en débit telles que le VDSL« . Les autres opérateurs, SFR, Bouygues Télécom et Free, avaient également indiqué être parés.

Depuis, le gouvernement avait freiné des quatre fers sur cette question en demandant aux préfets de ne pas soutenir financièrement les projets locaux de déploiement du très haut débit en VDSL2, sauf s’il s’agit d’une étape vers la fibre optique. Rappelons que Nicolas Sarkozy a fixé comme objectif de raccorder 70 % des foyers d’ici 2020, et la totalité de la population en 2025.

Des réseaux qui reposeront principalement sur la fibre

Benoit Tabaka fait remarquer par ailleurs que la Commission européenne parle de « réseaux de nouvelle génération à très haut débit ou réseaux NGA« . On peut dès lors supposer que cela éjecte le cas du VDSL2. « Ces réseaux reposeront principalement sur la fibre optique et fourniront des vitesses de connexion de 100 Mbit/s directement aux consommateurs finaux » ajoute encore Bruxelles.

Par ailleurs, la question de la carence portera peut-être sur le débit minimal offert à chaque abonné. C’est ce que est soulevé avec le cas de la Finlande. Le pays a en effet établi un droit fondamental et opposable permettant à chacun d’avoir accès à une connexion minimale de 1 Mbit/s pour ensuite viser le cap du très haut débit, d’ici cinq ans, avec 100 Mbits/s.

Rappelons que les aides de l’État français ne seront accordées que dans les projets d’infrastructure pour lesquels aucun opérateur n’a fait de déclaration d’intérêt. Ce cas de figure devrait, a priori, se retrouver essentiellement dans les zones faiblement peuplées. Et pour cause, elles sont moins intéressantes d’un point de vue commercial et de retour sur investissement.

Or, la technologie VDSL2, qui pourrait être un palliatif intéressant à la fibre optique, n’est justement pas une solution crédible pour ces régions. À mesure que l’on s’éloigne des répartiteurs, le débit constaté s’effondre très vite, rendant les avantages du VDSL2 rapidement nuls.

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