Nicolas Sarkozy s'est rendu vendredi dans une usine de pressage de CD et DVD, reconvertie en usine de fabrication de panneaux photovoltaïques. L'occasion pour le Président d'accuser le piratage destructeur d'emplois et de défendre la loi Hadopi.

Il faudra penser à offrir une copie (façon de parler) de l’œuvre de l’économiste Joseph Schumpeter à Nicolas Sarkozy, qui ne maîtrise visiblement pas bien le concept de la destruction créatrice. En effet, comme le rapporte PC Inpact, qui cite le Républicain Lorrain et Le Mag Eco, le Président de la République s’est rendu vendredi chez KDG Energy pour y livrer une nouvelle salve contre le piratage et ses effets destructeurs sur l’économie.

La société est une filiale spécialisée en énergie photovoltaïque du groupe KDG France, qui avec ses 112 salariés avait développé depuis 1991 une activité de pressage de DVD et CD. Cette activité a largement diminué, ce qui selon Nicolas Sarkozy est la faute à ceux qui préfèrent acheter des supports vierges pour les remplir eux-mêmes, plutôt que les supports originaux clonés par KDG.

Les pirates « devraient venir ici pour apprendre que leur activité n’est pas anecdotique, et qu’elle peut détruire de l’emploi » a-t-il entonné devant des ouvriers, qui, grâce au SMIC, ont tous les moyens de s’offrir un abonnement sur Deezer, une carte de cinéma illimitée et un abonnement CanalSat.

Mais quand bien même le piratage n’aurait pas existé, KDG France n’aurait eu d’autre choix que de modifier son activité, comme elle l’a fait avec le photovoltaïque. La disparition du support disque n’est pas due au piratage, mais à un nouveau cycle technologique que les pirates n’ont fait que précéder, comme le démontre l’évolution de l’industrie musicale depuis 30 ans.

De tous temps l’évolution technologique a supprimé des emplois, pour en créer de nouveaux. Il faut s’en féliciter, comme nous l’expliquions récemment à propos de l’armée de robots ouvriers envisagée par Foxconn. Les moines copistes ont disparu, comme les graveurs des caractères d’imprimerie ou les musiciens qui se relayaient dans les studios à longueur de journées pour enregistrer en boucle le même disque, avant que ne soit inventée la reproduction d’un disque « master ». Les presseurs de CD et DVD disparaîtront aussi, pour être remplacés par les stockeurs de données et les fournisseurs d’accès à internet. Qui eux-mêmes seront remplacés un jour. Ainsi va la vie.

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