Questionné sur les réseaux sociaux, le président de la CNIL a manifesté son inquiétude vis-à-vis des données personnelles livrées par les internautes. Selon lui, cette forme de fichage de masse, décrite comme une forme de Big Brother convivial, entraîne les mêmes effets que ceux produits par les fichiers policiers.

Président de la CNIL depuis 2004, Alex Türk a de nombreuses occasions de s’exprimer sur les technologies numériques qui entrent dans notre quotidien. Dernièrement, le sénateur a accordé un entretien au quotidien La Croix dans lequel il aborde la généralisation du traçage des individus. Pour le président de l’autorité de contrôle, « ce qui nous attend est bien pire » que Big Brother.

Interrogé sur l’attractivité des réseaux sociaux, Alex Türk dresse un parallèle inattendu avec les fichiers de police. Si leurs objectifs diffèrent fondamentalement de ceux des sites communautaires, « leurs effets sont analogues, puisque tout le monde sait que les personnels de police voient en Internet une mine d’informations« . « Nous sommes entrés dans une autre ère : celle du fichage de masse et du ‘flicage ludique’« .

Il poursuit en estimant « qu’aujourd’hui, un citoyen est forcément fiché quelque part, et souvent sur de multiples bases« . Dans la mesure où les gens diffusent spontanément un tas d’informations personnelles, ces bases finiront peut-être par être interconnectées. « Cette transparence, c’est le rêve des multinationales : elles espèrent bien tirer profit de nos profils. C’est une forme de Big Brother convivial« .

Les critiques d’Alex Türk sont notamment dirigées contre Google et Facebook, deux entreprises particulièrement prisées en France. On se souvient que le géant de Mountain View avait été condamné en mars dernier à une amende de 100 000 euros dans l’affaire de la collecte illicite de données personnelles transitant sur les réseaux WiFi. Ou du lancement de Google Buzz, un service fortement critiqué pour ses défaillances.

Avec plusieurs millions d’inscrits en France, Facebook est également dans le collimateur de la CNIL. Le réseau social avait poussé la Commission à publier un article invitant les membres à utiliser Facebook Lieux, un service de géolocalisation, avec parcimonie. Par le passé, le site communautaire a plusieurs fois été au centre de controverses liées à la vie privée.

La multiplication des fichiers régaliens à la suite des attentats du 11 Septembre n’est désormais plus la principale préoccupation du président de la CNIL. Un constat terrible, alors que l’actuel président de la République, Nicolas Sarkozy, a créé 44 nouveaux fichiers policiers depuis qu’il est entré au ministère de l’Intérieur, en 2002. Selon Jean-Marc Manach, la moitié des fichiers recensés a été créé sous son autorité.

Le déferlement technologique est tel que la CNIL n’a plus les moyens d’agir à fond sur tous les fronts. Face à cette situation, le président de l’autorité de contrôle a mis en garde l’an dernier les députés lors d’une audition menée par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. « Nous sommes absolument dépassés par les applications technologiques, tous les jours il en arrive de nouvelles sur notre bureau » avait déclaré Alex Türk.

L’autorité de contrôle est par ailleurs très sollicitée sur certains dossiers, comme la géolocalisation, la vidéosurveillance ou encore la biométrie. Sans parler de l’émergence de la nanotechnologie et des puces RFID. « Dans moins de dix ans, des systèmes verront, entendront, communiqueront à distance et on ne les verra même pas » avait-il ajouté.

Sur les puces RFID, Alex Türk prévient de l’arrivée massive et pernicieuse des puces électroniques. « Par sécurité et par confort, nous consentirons exceptionnellement à être pistés lors de nos vacances aux sports d’hiver. Et ce, afin d’être secouru rapidement en cas d’accident. Petit à petit, nous ne nous en passerons plus« . Pour le président de la CNIL, il est plus que temps qu’une conscience numérique se forge chez les citoyens.

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