Très présent sur les réseaux sociaux, le Front National entend visiblement se servir d'Internet et des internautes comme contre-poids aux médias traditionnels dans la course à la présidentielle de 2012.

C’est un réflexe révélateur de la stratégie médiatique du Front National pour les élections de 2012. Invitée cette semaine sur le plateau du Grand Journal, la présidente du FN Marine Le Pen s’est énervée lorsque Michel Denisot lui a demandé de revoir « tout ce qu’a dit votre père » dans « un montage très rapide » réalisé par Canal+. L’objectif de la chaîne, visiblement, était de raviver dans les consciences l’idée que Marine Le Pen reprend l’héritage inacceptable de son paternel. Mais en bonne avocate elle a immédiatement retourné l’affaire à son avantage, en en faisant le procès des médias traditionnels, et en prenant les internautes à témoin.

« Vous n’allez pas me le refaire, vous l’avez déjà fait l’année dernière. Je suis invitée une fois par an, une fois par an j’ai le droit au montage avec les trucs de Jean-Marie Le Pen. Ca va bien, ça devient objectivement pitoyable« , commence-t-elle.

Michel Denisot insiste. « On va le regarder quand même« , dit-il, avant de nier sans grande conviction qu’il s’agit du même montage que celui diffusé, selon Marine Le Pen, l’an dernier.

« Vous me l’avez déjà passé. Mais si, souvenez-vous ; j’en appelle aux internautes, allez chercher l’émission d’il y a un an quand j’ai été invitée, vous verrez exactement le même montage« .

Nous n’avons pas vérifié ses affirmations, mais là n’est pas l’important. Comme son père en son temps, Marine Le Pen a choisi d’attaquer les médias traditionnels qui inviteraient trop peu le Front National à leur goût, ou toujours avec le même objectif de diabolisation personnelle. Or avec Internet, Marine Le Pen trouve un relai et des soutiens que n’avait pas son père. Elle en profite pour asséner l’idée selon laquelle sur Internet, c’est « le peuple » qui s’exprime, et non pas les élites présentes dans les médias traditionnels. Et que le peuple, dit-elle implicitement, a toujours raison contre les élites.

On peut vouloir fermer les yeux sur cette exploitation du net par l’extrême droite, mais il faut la regarder en face et bien l’analyser. La force du Front National sur Internet est une réalité qui présageait déjà des scores du parti frontiste lorsque nous avions constaté au début de l’année que le FN était le premier parti sur Facebook. C’est aujourd’hui toujours le cas, de très loin, avec par ailleurs avec une montée en puissance du « Parti Anti Sioniste », classé deuxième parti le plus fédérateur sur Facebook devant le Parti Socialiste !

La désintermédiation offerte par Internet est une chance, mais c’est aussi un facteur qui favorise le populisme. C’est une nouvelle donne politique à prendre en compte, qui exige des formations politiques bien davantage d’éthique et de discipline pour regagner la légitimité qu’elles ont perdu. C’est que nous disions encore cette semaine, par exemple, à Franck Riester. Mais nous pourrions le dire aussi à Martine Aubry et Laurent Fabius, lorsqu’ils retirent leur signature sur un appel contre le « débat-procès de l’islam » uniquement parce qu’ils découvrent qu’il est aussi signé par Tariq Ramadan. C’est le texte de la pétition qu’il faut regarder lorsque l’on signe, pas les signataires. Ce sont les engagements sur les idées qui comptent, pas les relations publiques.

Les médias traditionnels ont aussi leur part de responsabilité. A commencer par Jean-Michel Apathie qui – déjà au Grand Journal – avait un jour qualifié Internet de « poubelle » de l’information face à un BHL en total désaccord. Peut-être au fond Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen n’avaient-ils pas tort lorsqu’ils reprochaient aux médias de ne pas être assez invités, où d’y être diabolisés de manière caricaturale. Affrontez le FN sur ses idées, confrontez leur programme à la réalité, poussez-les dans leurs retranchements pour démontrer leur absurdité. Ce sera certainement beaucoup plus efficace, et repris… sur Internet.

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