Antoine Brugidou, directeur-associé chez Accenture, et Gilles Kahn, président de l'INRIA, ont remis jeudi aux ministres chargés de la Recherche, et de la Culture et de la Communication, leur rapport d'étude "des solutions de filtrage des échanges de musique sur internet dans le domaine du Peer-to-Peer". Si le rapport montre les grandes difficultés techniques et économiques d'un tel procédé, il botte totalement en touche sur la vraie question de l'intérêt et de l'efficacité réelle du filtrage.

De tout le rapport de 59 pages, on pourrait n’extraire qu’un seul paragraphe : « Offres légales de musique sur Internet, filtrage à la demande sur le poste client, mise en œuvre de radars chez les FAI, politique de communication forte pour décourager les pirates, contre-attaques sur le web par la création de leurres, c’est un ensemble de mesures coordonnées qui permettra de réduire le piratage à des proportions acceptables« .

Car le filtrage, seul, sera de toute façon inefficace et bien trop coûteux à mettre en place.

Le rapport rendu hier était commandé pour satisfaire aux engagements communs pris par les FAI, l’industrie du disque et le gouvernement dans la Charte du 28 juillet 2004, parmi lesquels figurait l’étude et l’expérimentation des solutions de filtrage. Les deux auteurs devaient déterminer si oui ou non il était possible de filtrer le P2P de façon à éliminer le piratage de musique, et sous quelles conditions.

Après avoir écarté l’idée d’avoir un filtrage global forcémment coûteux et inadéquat, le rapport propose de se concentrer sur deux solutions alternatives. Dans le cadre d’un filtrage à la demande, la solution la moins onéreuse et la plus efficace serait d’installer le filtre au niveau du poste client, grâce à des firewalls et des outils tels que CyberPatrol. Mais les auteurs veulent surtout que soit expérimenté un « observatoire du Peer-to-Peer », à travers la mise en place de « radars » chargés de la détection des protocoles utilisés et des contenus échangés.

Filtrer, oui, mais filtrer quoi ?

Cette dernière solution pourrait se baser sur les technologies d’Audible Magic ou d’Advestigo, spécialisés dans la reconnaissance des empreintes musicales et le blocage du téléchargement des fichiers qui renferment une musique protégée par le droit d’auteur. « Le logiciel Advestigo permettrait de comparer entre 100 000 et 500 000 extraits par jour et par processeur (Intel à 3 GHz) pour un catalogue d’environ 100 000 titres musicaux et 1 000 films« , apprend-t-on. Mais la réalité qui transperce tout le rapport, c’est que personne ne sait si ces solutions sont véritablement efficaces, car personne ne les a jamais vraiment testées.

Les deux auteurs se contentent donc de proposer de tester. « Seules des expérimentations avec les FAI permettront de mesurer réellement la faisabilité d’une solution« , avouent-ils. Il faut tester, avec un résultat qui sera très probablement peu satisfaisant.

Chez Audible Magic, « le prix catalogue des boîtiers CopySense est de 44 000 Euros, soit 4,4 Euros par abonné au filtrage« . Un coût que l’on peut croire rapidement rentabilisé, sauf qu’il faut « ajouter à ce coût d’investissement, celui des routeurs et load balancers requis, le coût d’ingénierie et de gestion du projet de nouveau service, et les coûts récurrents de maintenance et de suivi opérationnel« . « Ces coûts supplémentaires peuvent être significatifs et beaucoup plus importants au final que le coût des boîtiers de filtrage, ramené à l’abonné.« , conclue une annexe du rapport.

Le filtrage coûterait donc très cher aux FAI, ce coût serait nécessairement reporté sur l’abonné final, lequel devra ensuite payer au prix fort les contenus qui lui sont désormais interdits par le filtre.

FAI et majors sont invités à rendre leurs observations sous trois semaines, avant que les expérimentations souhaitées par les rapporteurs puissent commencer.

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