Bruxelles assure que l'ACTA ne changera rien au droit européen
Guillaume Champeau -
publié le Lundi 22 Mars 2010 à 12h07 -
posté dans Société 2.0
![]() Niant les rumeurs qu'elle a toutefois refusé de commenter, la Commission Européenne a essayé lundi de rassurer les observateurs sur la teneur de l'accord commercial anti-contrefaçon (ACTA) actuellement négocié de manière confidentielle. Le traité ne devrait rien changer au droit communautaire, a ainsi insisté Bruxelles, qui se dit toutefois très attachée à son adoption.
En réunion publique de consultation aujourd'hui à Bruxelles au sujet de l'ACTA, la Commission Européenne a tenté de rassurer sur les effets attendus de l'accord international de lutte contre la contrefaçon. Un exercice difficile, puisque le traité est toujours sujet à un accord de non divulgation qui empêche les différents états négociateurs de révéler sa teneur. Une situation qui pourrait toutefois être débloquée lors du prochain round de négociation en Nouvelle Zélande le mois prochain, où l'Europe demandera le droit de publier les documents de travail. Interrogé toute la matinée, le négociateur européen Luc Devigne s'est donc prêté à un exercice délicat de diplomatie qui a principalement consisté à nier toutes les rumeurs, sans apporter la moindre preuve du contraire. "Ce que j'ai dis dans ma présentation est la vérité, nous ne commentons pas les fuites", a ainsi balayé M. Devigne lorsqu'il fut ensuite interrogé sur les documents révélés jusque là, qui montraient au contraire une volonté d'induire riposte graduée et filtrage par une accentuation de la responsabilité des fournisseurs d'accès à Internet. Selon la Commission, l'ACTA respectera l'ensemble des acquis communautaires, comme le souhaite le Parlement, et n'imposera donc ni riposte graduée ni responsabilité accrue des FAI. Ni même ne l'induira. "Personne n'a jamais proposé la riposte graduée, et nous ne l'accepterions pas", a ainsi voulu rassurer Bruxelles, qui rejoint la position déjà exprimée par la Nouvelle Zélande. Une douche froide pour les ayants droit qui n'a pas plu à Vivendi. Sylvie Forbin, lobbyiste en chef de la multinationale sur les questions de propriété intellectuelle, a ainsi demandé des garanties pour l'avenir. "The Aquis Communautaires is not gravé dans le marbre", a-t-elle ainsi rappelé en demandant que des mécanismes de mise à jour du traité soient prévus. Souriant, Luc Devigne a rappelé qu'il était particulièrement optimiste de parler de mise à jour avant même que le traité lui-même soit adopté. Mais il a remercié tous les groupes d'intérêts qui, tour à tour, ont manifesté leur soutien à l'ACTA. En fait, le traité ne viserait selon M. Devigne que "la contrefaçon à échelle commerciale", ce qui reste toutefois à définir. Il a été depuis longtemps argumenté que l'utilisation de réseaux P2P, avec des millions d'utilisateurs, relève par exemple d'une telle "échelle commerciale". Mais ça sera aux juges d'affiner la définition, a indiqué la Commission. Après les Etats-Unis, l'Europe affirme donc à son tour que l'ACTA ne changera rien à sa législation. Ce qui ferait de l'ACTA un simple traité d'harmonisation internationale des droits de propriété intellectuelle. Ce qui en termes moins diplomatiques, fait de l'ACTA un texte qui vise à imposer la vision occidentale des droits de propriété intellectuelle au reste du monde, par des mécanismes d'avantages commerciaux octroyés aux signataires. Comme Barack Obama il y a quelques jours pour les Etats-Unis, Luc Devigne a lui fait savoir que l'ACTA était essentiel à la stratégie économique européenne. "Les droits de propriété intellectuelle sont au coeur de l'Europe innovante", ainsi défendu la Commission, en assurant que "nous avons besoin d'ACTA pour avoir une Europe compétitive". à lire aussi
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Commentaires à propos de «Bruxelles assure que l'ACTA ne changera rien au droit européen»
Piratomane, le 22/03/2010 - 12:34 L'aveu que personne ne veut prononcer, c'est que l'ACTA est d'inspiration uniquemement étasunienne, dont le but est de protéger les entreprises de l'entertainment et leurs royalties à tout prix, quitte à engager la chasse des internautes et à réduire la neutralité de l'internet. Bref une mesure de protectionnisme économique US, qui ne se soucie même pas des pays comme la Chine ou l'Afrique. Vu comme les choses avancent, je dirais que c'est pour lutter contre la politique de propriété intellectuelle et de contrefaçon de l'Etat chinois. karement, le 22/03/2010 - 15:51 Natasha, le 22/03/2010 - 15:04 P.Olisbo, le 22/03/2010 - 14:15
J'ai comme l'impression que l'état français est à ACTA ce que F.Riester fut à Hadopi ... Faut bien prévoir du boulot pour l'après quinquennat ! A quand la même enquête en France ? C'est à lire en ligne : «Députés à louer», l'enquête qui fait scandale à Londres Des élus britanniques ont affirmé à des journalistes déguisés en lobbyistes pouvoir intervenir auprès du gouvernement contre une somme d'argent. Un scandale de plus, à quelques semaines des élections législatives. Les images font tache en période pré-électorale. Depuis samedi, la chaîne britannique Channel 4 diffuse des extraits d'une enquête montrant un ex-ministre travailliste en train de monnayer ses bonnes relations avec le gouvernement auprès de journalistes se faisant passer pour des lobbyistes. Et il n'est pas le seul responsable politique épinglé par cette enquête. Sur les treize députés travaillistes et sept élus conservateurs approchés par les journalistes, plusieurs anciens ministres ont affirmé pouvoir influer sur le cours des décisions politiques grâce à leur carnet d'adresse, en contrepartie d'honoraires assez élevés. Intitulée «Députés à louer», l'enquête conjointe de Channel 4 et du Sunday Times parodie une expression de Stephen Byers, le ministre apparaissant dans l'extrait vidéo, qui s'est lui-même décrit auprès de ses interlocuteurs comme «à louer, un peu comme un taxi». Cet ancien ministre des Transports se serait ainsi vanté de ses bonnes relations avec le 10 Downing Street et du succès de précédentes interventions auprès d'autres ministres, notamment Lord Adonis, ministre des Transports, en faveur de la société National Express. Prix de ses «services» : 3000 à 5000 livres (3350 euros à 5 590 euros) par jour. .../... Il faudrait déjà que quelqu'un se mouille, et c'est pas gagné..... Autant la presse étrangère est capable de pouvoir s'exprimer, autant en France cela pourrait vite tourner à plusieurs interpellations en slip, dès 5H du matin.... Tous ce qui a été voter en matière de protection "des droits d'auteur" nous le devons à de puissants lobbys... La violation de la vie privée a-t-elle un prix ? Qui va payer pour la mise en place "mondiale" de cette usine à gaz ? Y aura-t-il d'autres projets de lois stipulant que l'échange de données par le biais du cryptage sera abrogé ? 2012,l'année du numérique ? y aura-t-il encore de la place pour un internet libre ? Etc.... Toujours autant de questions pour trop peu d'affirmations. Si le lobbyisme était encadré et doté d'une véritable déontologie en France comme en Grande Bretagne, on en serait pas là... Voyageur83, le 22/03/2010 - 17:40 Il me semblait que, depuis le traité modifié de Lisbonne, ce genre de décision devait être pris par le Parlement Européen et non plus par la commission ? Dans ce cas, quelle est le validité d'un accort négocié par un organisme qui n'a pas autorité pour le faire? Et surtout, quels sont nos recours eet nos moyens d'action? Merci à tous C'est la Commission européenne qui négocie après que le Conseil de l'Union européenne (les ministres des Etats membres) lui ait donné mandat pour ouvrir la négociation. C'est à la fin de la procédure que le Parlement européen devra se prononcer sur l'accord négocié. Il est bien évident qu'entre temps le Parlement tape du poing pour être informé des négociations et demande la transparence. Cette conférence est le résultat des pressions du Parlement, tout comme la futur demande de fin du secret.
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C'est qui "Bruxelles" ? C'est comme la "l'Asie" ou "l'Orient", ça ne veut rien dire.
Je connais la Commission européenne, le Parlement européen, le conseil de l'Union Européenne, la Cour de justice de l'Union européenne, la Banque centrale européenne... mais pas Bruxelles.
Merci pour la précision.