Selon un sondage réalisé par un fournisseur d'accès britannique, quatre internautes sur cinq se tourneraient vers des réseaux sécurisés s'ils étaient menacés par une riposte graduée lorsqu'ils téléchargent et partagent des chansons ou des vidéos sur Internet. Une excellente nouvelle pour ceux qui vendent ces accès sécurisés, mais une très mauvaise nouvelle pour les autorités.

(CC rtaylor.info)

Plus qu’un problème pour les ayants droit dans leur lutte contre le piratage, c’est un problème pour la société tout entière dans sa lutte contre la criminalité. En voulant traquer les citoyens lambdas qui s’échangent de la musique et des films sur Internet, le gouvernement pousse les internautes à adopter des solutions sécurisées jusque là utilisées essentiellement par les réseaux terroristes, mafieux ou pédocriminels qui souhaitent masquer leurs activités. Parce que peu nombreux, ils étaient facilement identifiables et placés sous surveillance. Mais si les internautes chiffrent eux aussi leurs communications pour accéder simplement à la culture, il devient impossible d’isoler les délinquants les plus dangereux pour la société.

C’est la raison pour laquelle l’agence nationale de sécurité américaine (la NSA) avait fait pression pour ne pas que les Etats-Unis adoptent la riposte graduée, alors-même que les lobbys culturels sont très présents avec le poids symbolique et économique que représente Hollywood. Et c’est pour cela aussi qu’en France un expert en sécurité d’Orange avait prévenu que l’Hadopi serait dangereuse pour le gouvernement. « Le bon père de famille va prendre l’habitude de chiffrer toutes ces données même de messagerie grâce à des logiciels toujours plus puissants et de plus en plus faciles à utiliser, avec en plus une recherche d’anonymisation plus forte grâce à des réseaux de type TOR ou I2P encore plus faciles d’accès (…) Les communications très majoritairement chiffrées vont faire passer l’état d’Internet de difficilement contrôlable à totalement incontrôlable« , écrivait-il. Jusqu’à récemment, « seuls certains chiffraient leur communication, après que l’on est écarté les entreprises, les sites bancaires et e-marchand, il ne restait pas « grand monde  » à vérifier« .

Récemment, une étude bretonne réalisée après l’adoption de la loi Hadopi a montré que les P2Pistes se sont effectivement beaucoup réfugiés vers des solutions de téléchargement alternatives, notamment sécurisées. « La réduction du nombre d’internautes qui utilisent les réseaux peer-to-peer s’est accompagnée d’une hausse des autres formes de piratage non prises en compte par la loi Hadopi (+27 %)« , disait ainsi l’étude, qui montrait même un différenciel de 3 % en faveur du piratage.

De même, en Grande-Bretagne, le fournisseur d’accès à Internet TalkTalk (qui a commandé l’excellent clip satirique « Home Taping Is Killing Music« ) a réalisé une étude d’opinions pour mesurer l’impact que pourrait avoir la riposte graduée sur ses abonnés. 80 % des personnes sondées agées de 18 à 34 ans ont indiqué qu’elles se tourneraient vers des solutions indétectables aux yeux des chasseurs de pirates. Il s’agit notamment des réseaux P2P anonymes, mais aussi des proxys étrangers qui masquent l’adresse IP de l’utilisateur, ou des réseaux virtuels privés (VPN).

Lancé en janvier dernier, le service IPREDATOR lancé par les créateurs de The Pirate Bay a connu un immense succès dès la phase de pré-inscription. Il permet, pour 5 euros par mois, de masquer ses échanges sur tous les services de communication, y compris les réseaux P2P comme eMule ou BitTorrent. Mais il n’est pas le seul sur le marché, loin s’en faut.

Selon nos informations, le service suédois Relakks qui propose lui aussi de masquer les communications par un VPN séduit principalement à l’étranger les internautes de Chine, d’Arabie Saoudite… et de France.

Un problème sur lequel les ayants droit ferment les yeux, encore remplis d’espoirs.

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