Maison-mère de l'opérateur SFR et de la maison de disques Universal Music, Vivendi ne voit pas d'intérêt à la fibre optique. Il refuse de faire des investissements si c'est pour que le piratage soit le premier à en profiter. Une manière de préparer le terrain à la fin de la neutralité du net en France ?

Faut-il attendre que les applications existent pour augmenter la vitesse des connexions à Internet, ou faut-il augmenter la vitesse des connexions à Internet pour permettre à de nouvelles applications de voir le jour ? Jusqu’à présent, la deuxième solution a toujours été préférée à la première. Alors que les premiers accès à Internet ne permettaient de véhiculer que du texte, les lignes 56K ont permis l’éclosion de la photo sur les sites web, et les premières applications de streaming audio. L’ADSL a ensuite permis au fil de ses développements de voir apparaître du streaming vidéo, de la voix sur IP, de la vidéo-conférence et le téléchargement de fichiers volumineux, jusqu’à des vidéos en haute-définition que l’on peut aujourd’hui partager facilement. Qui sait ce que la fibre optique nous réserve ?

Pour Vivendi, qui détient SFR, la réponse est simple : rien du tout.

« Aujourd’hui la fibre optique ne sert à rien« , a ainsi déclaré lors d’une conférence de presse Philippe Capron, le directeur financier de Vivendi, cité par La Tribune. « Il n’y a aucun revenu, aucun service supplémentaire à mettre en face d’investissements considérables. Cela peut simplement encourager un peu plus le téléchargement illégal de films« .

Et voilà le loup lâché dans la prairie. Les fournisseurs d’accès ne veulent plus simplement investir dans le développement de la bande passante pour vendre un service plus rapide et donc plus attractif que celui du concurrent, mais veulent vendre des services à valeur ajoutée. Comme au temps du minitel, où les prestataires ponctionnaient sur les frais de connexion aux services prélevés par France Telecom.

Parce que les opérateurs télécoms (en tout cas Vivendi) manquent d’imagination, l’innovation pourrait être bloquée par le bas. Ou plus exactement réalisée ailleurs, par exemple en Corée du Sud, où le gouvernement vient d’investir largement dans un plan de développement du très haut débit.

Pour autant, SFR ne compte pas interrompre ses projets de câblage en fibre optique. Il a signé un accord de mutualisation avec France Télécom (Orange) et Numericable, et devrait déployer la fibre comme prévu.

Si Vivendi fait une telle sortie, c’est qu’il prépare en fait les esprits à une rupture de la neutralité du net sur la fibre optique. Vivendi/SFR voudra facturer l’utilisation de la bande passante en fibre optique aux opérateurs commerciaux qui en bénéficient le plus (Dailymotion, Youtube, …), en bridant la concurrence jugée déloyale (BitTorrent, eMule…), et en favorisant ses propres services (ZaoZa, SFR Music,…).

Partager sur les réseaux sociaux

Articles liés