Artistes contre majors, la partie d'échecs
Guillaume Champeau -
publié le Mardi 07 Octobre 2008 à 09h41 -
posté dans Musique Numérique
![]() Ils sont une soixantaine déjà réunis au sein de la Featured Artists' Coalition (FAC), un nouveau groupement d'artistes-interprètes britanniques officialisé ce week-end à Londres. Parmi eux figurent des groupes et artistes reconnus comme Craig David, Radiohead, Iron Maiden, Robbie Williams, The Verve, Travis, Kaiser Chiefs ou encore Billy Bragg. Conscients que le numérique a changé la donne face aux majors, ils demandent "du changement" dans leurs relations contractuelles avec les grandes maisons de disques, pour rééquilibrer les rapports de force. "Historiquement, beaucoup d'artistes ont signé pour abandonner le contrôle de leurs droits pour une longue période de temps dans des accords conçus avant l'ère numérique lorsque l'industrie musicale opérait dans un climat économique et culturel différent", rappelle la coalition, pour qui "il y a besoin dans l'ère numérique d'avoir un nouvel ensemble d'accords qui reflètent les nouvelles façons dont la musique est consommée par les fans".
Après plusieurs décennies de soumission aux maisons de disques, les artistes-interprètes se sentent enfin en position de force et veulent saisir l'opportunité pour améliorer leur traitement. Une bataille pour le contrôle de l'offre et de la demande Avec Internet, les majors du disque ne perdent pas seulement des ventes dues au piratage. Elles perdent surtout leur contrôle sur une chaîne historique d'intermédiaires qui les rendait incontournables et qui étouffait auparavant les protestations des artistes. Les radios diffusant essentiellement la musique des majors, et les disquaires et grandes surfaces vendant quasiment exclusivement les disques des majors ou des grandes maisons indépendantes qui passent à la radio, les artistes qui souhaitaient se faire connaître et vendre des disques n'avaient pas d'autre choix que de décrocher le précieux sésame d'une signature chez un grand label. Les négociations se faisaient uniquement à la marge. Mais avec le numérique, le nombre de médias a explosé, et les artistes peuvent diffuser eux-mêmes leurs albums et les faire connaître sans l'aide d'une maison de disques. Plusieurs membres de la FAC l'ont déjà expérimenté, en particulier Radiohead qui a fait office de cobaye (de façon tout de même très mesurée). Le rapport de force se renverse actuellement au profit des artistes et à terme, les majors risquent de ne plus trouver leur utilité. Ils déploient actuellement des efforts immenses pour conserver un rôle clé sur le marché en mettant en avant leurs "task force" marketing qui maîtrisent de mieux en mieux la communication en ligne, ou en proposant aux artistes les plus populaires des contrats à 360° qui mêlent des revenus issus des ventes de disques, du merchandising, des licences ou des tournées. Mais les majors rêvent surtout de pouvoir très vite reconstituer la chaîne historique d'intermédiaires pour re-devenir un maillon indispensable aux artistes et continuer ainsi à leur faire signer des contrats aux conditions fixées d'avance. C'est dans cet esprit que les majors refusent toute licence globale qui ouvrirait les vannes de tous les médias, y compris amateurs, qui pourraient diffuser légalement n'importe quel artiste signé ou non. Au contraire, ils s'associent à une poignée de marques très puissantes comme MySpace ou Nokia, à qui ils livrent en quasi-exclusivité le droit de diffuser leur catalogue gratuitement. Tous les autres services sont illicites et pourchassés en justice. L'espoir étant que les internautes, en masse, se ruent vers ces quelques services où ils trouvent légalement le droit d'écouter l'immense majorité des artistes les plus populaires du moment. Si cette stratégie fonctionne et que les MySpace Music et autres Nokia Comes With Music emportent une part de marché très conséquente, les artistes qui souhaiteront se faire connaître et être diffusés seront à nouveau tentés de signer chez les majors qui seules détiennent les clés qui ouvrent les portes de ces services. Derrière le combat de façade contre le piratage au nom des artistes, c'est donc surtout un combat contre les artistes eux-mêmes qui est mené par les producteurs de disques. Ces artistes britanniques l'ont bien compris. Il est temps que les Français le comprennent aussi. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Artistes contre majors, la partie d'échecs»
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Hiro
le 07/10/2008 à 16:49
A supprimer.
Leur combat est juste... mais basé sur le droit anglo-saxon.
Leur combat n'a, pour la majorité des points, aucun sens en France vu que ce qu'ils demandent est souvent un acquis de longue date pour les artistes hexagonaux. 'Raminagrobizz', le 01/01/1970 - 01:00 Johnny s'était battu contre universal pour récupérer les BANDES de ses chansons - qu'il n'avait pas financées - nuance.'Kad, le 01/01/1970 - 01:00 Ils demandent également que le modèle allemand soit suivi en donnant la propriété des droits sur les enregistrements aux artistes-interprètes plutôt qu'aux maisons de disques, de façon à "louer" ces droits le temps du contrat avec un label plutôt que de céder la propriété des bandes.'Raminagrobizz', le 01/01/1970 - 01:00 Il ne peut pas s'être battu pour récupérer la part éditoriale de ses droits d'auteur étant donné qu'il n'est pas auteur-compositeur.Quand un artiste s'exprime en son nom voici ce qu'il en pense.
Lettre ouverte aux Independents: "Music 2.0 et le future de la musique s’offrent à vous – à condition d’arrêter de copier les majors" Regardons les choses en face : la plupart des patrons de majors, et une bonne partie des indépendants, refusent d’admettre que le modèle économique basé sur la vente à l’unité s’effondre à vitesse grand V, et espèrent encore qu’un miracle technologique les sauvera du désastre. Des milliards de dollars ont déjà été perdus faute de stratégies appropriées, à cause de politiques d’un autre âge, d’un manque de vrai leadership. Je crois humblement qu’il est temps de se rendre à l’évidence et de passer aux actes, de ne plus s’appuyer paresseusement sur des habitudes de pensée, car nous en sommes arrivés à un point critique...
Arrêtez un peu de vous exprimer au nom des artistes et des petits labels, ou alors ayez le courage de le faire en votre nom propre. La liberté d'expression existe sur ce forum, ayez le courage de vous exprimer en votre nom. Merci. 'Kad, le 01/01/1970 - 01:00 Remix > le but du papier n'est évidemment pas de faire une analyse détaillée de la situation des artistes interprètes en Grande-Bretagne. C'est plutôt de montrer que se dessine un rééquilibrage des rapports de force, qui a pour origine une perte de contrôle des majors sur les médias et la distribution.'Raminagrobizz', le 01/01/1970 - 01:00 Leur combat est juste... mais basé sur le droit anglo-saxon. Leur combat n'a, pour la majorité des points, aucun sens en France vu que ce qu'ils demandent est souvent un acquis de longue date pour les artistes hexagonaux. La lettre ouverte que nous signale Natasha ( http://gerdleonhard....lettre_ouverte/ ) est tout simplement géniale !
Ca rejoint pleinement ce que je dis. A DIFFUSER D'URGENCE ! Malheureusement le logiciel de gestion d'affichage de Numerama n'affiche pas l'intégralité des contributions ajoutées dans le forum. Alors, désolé pour le doublon, mais je reposte cette réponse à Guillaume au sujet de cet article car j'estime qu'il est urgent de bien différencier le statut des artistes en droit anglo-saxon de celui dont ils bénéficient en droit "continental".
Remix est tout à fait pertinent dans ses réserves sur l'article. Numerama fait systématiquement l'amalgame ou la confusion entre le droit anglo-saxon (Copyright) et le droit en vigueur dans la plupart des pays d'Europe (Droit d'Auteur - Convention de Berne). A y regarder de près ces artistes réclament l'alignement de leurs droits sur ceux dont bénéficient leurs homologues européens : incessibilité des droits d'interprétation, copie-privée, rémunération équitable, contrôle des utilisations secondaires, etc. Ca devient comique lorsque tu affirmes : « Ces artistes britanniques l'ont bien compris. Il est temps que les Français le comprennent aussi. » Les Français ont ça depuis 1985 et je ne vois pas ce qui leur aurait échappé sinon l'infortune de leurs homologues anglo-saxons. Ils ne sont d'ailleurs pas idiots puisqu'ils s'opposent à la disparition de la copie privée et à la restriction des droits voisins comme la récente exonération des télés d'acquitter la rémunération équitable ou encore les tentatives d'instaurer des contrats de cessions globales dont d'ailleurs Numerama n'a pipé mot. Tu fais aussi un contresens sur la licence globale. Celle-ci n'autoriserait que les échanges privés et en aucun cas elle « ouvrirait les vannes de tous les médias. » Interessant...Merci pour l'info.Je l'ai inclue dans mon emission d'aujourd'hui: http://lebuzz.mobuzz.tv
'Raminagrobizz', le 01/01/1970 - 01:00 La lettre ouverte que nous signale Natasha ( http://gerdleonhard....lettre_ouverte/ ) est tout simplement géniale ! Ca rejoint pleinement ce que je dis. A DIFFUSER D'URGENCE ! Merci, tout le plaisir a été pour moi. Le gros avantage des maisons de disque c'est qu'elles servent encore a financer l'enregistrement et la mise sur le marché des disques physiques. Les gros projet ou les groupes passent plusieurs semaines en studio ça revient vite a plusieurs centaines de milliers d'euros. Mais c'est inacceptable qu'à ce titre de mescène elles se remplissent les poches de manière pas correcte.
Sinon, et c'est personnel parce que j'aime tout simplement la Hi-Fi, je tiens à dire que jamais je ne payerai pour acheter un mp3 fût-il encodé en 256Kb/s et sans DRM (ça a aucune dynamique le mp3 c'est plat et même avec un bon équalizer)
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