Au nom de la liberté d'expression, Facebook ne supprime pas les pages qui partagent des articles de théorie du complot et des informations volontaires mensongères. Pourtant, le réseau social se réserve le droit de les cacher des fils d'information ou de supprimer les articles en question. Une ambivalence qui soulève des questions.

Facebook a affirmé qu’ils ne comptaient pas supprimer les pages populaires qui propagent des informations volontairement mensongères sur le réseau social, ce 12 juillet 2018. La multinationale américaine avait invité des journalistes à participer à une journée d’information concernant la manière dont Facebook gère la propagation de « fake news » sur sa plateforme.

ZuckerbergCongrès
Mark Zuckerberg devant le Congrès américain. Capture d’écran.

900 000 « j’aime » pour une page complotiste

Un journaliste de CNN a interrogé le réseau social sur la présence de la page appelée InfoWars, un site tenu par Alex Jones, une figure de l’extrême-droite américaine et très friand des théories du complot. Suivie par plus de 900 000 internautes, la page est utilisée pour propager des informations fausses, comme le fait que la fusillade dans l’école primaire de Sandy Hook aurait été mise en scène. Le 14 décembre 2012, un jeune homme a tué 20 enfants et 7 adultes dans une école primaire avant de se donner la mort.

« Ce n’est pas parce que c’est faux, qu’ils sont en violation des standards de notre communauté », a justifié John Hegeman, responsable des fils d’actualité pour Facebook. À la suite de cette conversation, le compte Twitter officiel du réseau social a enchaîné : « Nous voyons des pages de gauche comme de droite qui partagent ce qu’ils considèrent être des opinions ou des analyses, mais que d’autres appellent des fake news »,

Capture d’écran d’un tweet de Facebook. 13 juillet 2018

La firme de Mark Zuckerberg a avancé un autre argument : le fait qu’InfoWars dispose de comptes YouTube et Twitter. En somme, vu que les autres plateformes tech ne le bannissent pas non plus, Facebook n’a pas de raison d’être le seul à le faire.

« Nous ne pensons pas que bannir des pages pour avoir partagé des informations volontairement mensongères ou des théories du complot est la meilleure manière de faire », a continué le réseau social dans un deuxième tweet.

Capture d’écran d’un tweet de Facebook. 13 juillet 2018

Pourtant Facebook a tout de même choisi d’agir : les posts publiés par ces pages ne seront pas mis en avant dans les fils d’actualité des utilisateurs. Ce qui montre, paradoxalement, que le réseau social se fait tout de même juge des contenus publiés et modifie volontairement leur degré d’exposition. « Nous permettons aux gens de poster ces messages, au nom de la liberté d’expression, mais nous n’allons pas le montrer tout en haut des fils d’actualité », a expliqué Lauren Svensson, une porte-parole de Facebook, à CNN.

D’autant plus que Facebook (ainsi que YouTube) a promis, en février 2018, de supprimer toutes les publications qui affirmaient que les survivants d’une autre fusillade (un jeune homme de 19 ans a abattu 17 personnes dans un lycée de Parkland) étaient des acteurs. Le géant tech peut donc choisir de supprimer des publications, mais pas la page qui les partage…

Les dangers des théories du complot

Les théories du complot ne sont pas juste « des petites histoires rigolotes », écrivait déjà The Conversation en 2015. « Notre relation à l’autre et à la société dans son ensemble ne fonctionne qu’avec une supposition généralisée de fiabilité. Imaginons que, par défaut, vous croyez que tout le monde vous ment : comment pourriez-vous travailler, ou même communiquer ? », soulignait Patrick Stokes. « Continuer de croire aux théories du complot nous oblige à rejeter de plus en plus de nos sources de connaissance, et à renoncer de plus en plus à la confiance en l’autre et en nos mécanismes générateurs de savoir, dont nous sommes tout à fait dépendants. »

Le du PizzaGate se termine en coups de feu

Parfois même, les théories du complot et informations mensongères peuvent mener à des drames. Prenez le « PizzaGate », une très grosse conspiration née en 2016 qui repose sur l’affirmation que John Podesta, l’ex-directeur de campagne d’Hillary Clinton, serait impliqué dans un réseau pédophile, dont le QG serait une pizzeria à Washington. Le 4 décembre 2016, un homme de 28 ans s’est rendu dans la pizzeria en question et a ouvert le feu, affirmant qu’il voulait «  sauver les enfants ». Il n’a heureusement fait aucune victime.

La pizzeria Comet Ping Pong Wikimedia Commons/CC/ Farragutful

Quelques mois plus tard, Alex Jones, qui avait partagé pendant des semaines les théories du PizzaGate, est finalement revenu en arrière et a présenté des « excuses ». «  À ma connaissance, aujourd’hui, ni M. Alefantis, ni son restaurant Comet Ping Pong, n’ont été impliqués dans un quelconque trafic de personnes, comme le prétendaient certaines théories sur le Pizzagate dans les médias et que nous avons commentés. »

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