Les exclusivités PS5 commencent à fonctionner sur des machines auxquelles Sony ne les destinait pas. Depuis plusieurs semaines, des développeurs et des testeurs publient des vidéos d’Astro Bot (le GOTY de 2024), d’Astro’s Playroom ou du remake de Demon’s Souls exécutés sur PC. Ces démonstrations reposent notamment sur KytyPS5, un émulateur qui cherche à reproduire le fonctionnement de la console sur ordinateur.
À ce rythme, l’émulation pourrait bien devenir un problème de plus pour Sony, déjà dans la tourmente depuis l’annonce du passage au tout dématérialisé.
L’émulation PS5 progresse à une vitesse folle
Il y a encore deux mois, Astro Bot plantait à peine lancé sur PC. Le 15 juillet, nos confrères de Frandroid rapportaient qu’un utilisateur avait réussi à afficher l’écran de démarrage du jeu avec SharpEmu, un émulateur PS5 expérimental. L’exécution s’arrêtait aussitôt après.
Depuis, les choses ont nettement accéléré. Avec un autre émulateur, KytyPS5, des testeurs parcourent désormais les niveaux d’Astro Bot sur leur ordinateur. Astro’s Playroom et le remake de Demon’s Souls apparaissent également dans des vidéos de gameplay. Les résultats restent imparfaits, mais quelques semaines ont suffi pour dépasser le simple écran de démarrage de plusieurs exclusivités.
Le 17 septembre, Chris Mizo relayait sur X une vidéo du jeu exécuté avec KytyPS5 : le compteur atteignait les 30 images par seconde, avec quelques passages au-dessus. De quoi commencer à mesurer le chemin parcouru depuis les premiers écrans de démarrage.
Cinq jours plus tard, le 22 septembre, le même compte faisait état de pointes proches de 60 images par seconde dans certains passages d’Astro Bot. Les gains annoncés atteignent 10 à 20 images par seconde par rapport à des versions antérieures de l’émulateur. Les améliorations commencent donc à avoir un effet très concret sur la fluidité du jeu, ce qui pousse à se demander : combien de temps reste-t-il avant que ces exclusivités PS5 tournent confortablement sur PC ?
Les 60 FPS, largement relayés, méritent toutefois d’être remis en perspective. Les derniers essais ont été réalisés sur un PC bien équipé, doté d’un Ryzen 7 9800X3D et d’une GeForce RTX 4080. Mais, surtout, ces pics à 60 images par seconde restent très rares : sur Astro Bot, la moyenne se situe plutôt entre 20 et 30 images par seconde sur un gameplay de 30 minutes. C’est déjà une nette progression par rapport aux premiers essais.

Faire tourner la PS5 sur PC : pourquoi c’est historique ?
La PS5 n’a pas encore six ans, et plusieurs de ses exclusivités commencent déjà à tourner sur PC. Pour atteindre des étapes comparables sur certains jeux emblématiques de la PS3 et de la PS4, il avait fallu patienter une dizaine d’années.
Sur PS3, le Demon’s Souls original commençait ainsi à fonctionner avec RPCS3 en mars 2017, plus de dix ans après le lancement de la console au Japon. L’émulateur atteignait 30 images par seconde dans certaines zones, mais pouvait retomber à 10 dans les environnements plus ouverts. Les problèmes de son et les blocages pendant les chargements étaient encore fréquents.

Même attente sur PS4 : en août 2024 (il y a 2 ans à peine), l’équipe de shadPS4 annonçait parvenir à entrer en jeu dans Bloodborne. La console, commercialisée en novembre 2013, approchait alors de son onzième anniversaire.
Ces jalons ne marquent pas les débuts de l’émulation de ces machines, mais montrent le temps nécessaire pour faire fonctionner correctement certaines de leurs grosses exclusivités. Ils témoignent aussi d’un calendrier généralement bien plus lent que celui observé chez Nintendo avec la Switch ou la Nintendo DS. Dès la fin de 2018, Yuzu faisait tourner Super Mario Odyssey, moins de deux ans après la sortie de la console.
Une vraie menace pour Sony et PlayStation
L’arrivée de GTA VI montre à quel point un jeu peut encore peser dans l’achat d’une console. Attendu le 19 novembre 2026 sur PS5 et Xbox Series, le prochain Rockstar laissera les joueurs PC patienter, sans date annoncée pour leur plateforme. Pour ceux qui veulent y jouer dès sa sortie, l’achat d’une console reste donc un passage obligé.
Les ventes de PS5 et Xbox Series ont nettement progressé sur la semaine, après la présentation détaillée du jeu. La PS5 Pro a également disparu des stocks de plusieurs grandes enseignes dans les jours suivants.
GTA VI donne paradoxalement un coup de pouce aux ventes à un moment où s’équiper coûte particulièrement cher, dans un contexte d’envolée du prix des puces mémoire — dont la production est accaparée par les besoins de l’IA. Presque six ans après son lancement, la PS5 Édition Numérique affiche un prix conseillé de 599,99 €, contre 399,99 € à ses débuts. La version avec lecteur atteint 649,99 €, et la PS5 Pro 899,99 €.
C’est là que les progrès de l’émulation pourraient finir par gêner Sony. Si ces exclusivités deviennent suffisamment jouables sur ordinateur, certains pourraient renoncer à l’achat d’une PS5. D’autres pourraient être tentés de recourir à des copies illégales, avec les risques que cela comporte : faux installateurs, fichiers modifiés ou corrompus en prime.

Il reste toutefois un monde entre les démonstrations d’Astro Bot et la possibilité de parcourir librement le vaste monde de GTA VI. Les progrès présentés jusqu’ici ne permettent donc pas d’annoncer que le prochain Rockstar (bien plus gourmand) sera jouable sur PC par émulation dès sa sortie. Mais ils bousculent sérieusement le calendrier et, avec lui, les enjeux pour les constructeurs.
Pour Sony comme pour Microsoft, voir fonctionner sur ordinateur les jeux d’une console remplacée depuis plusieurs années présentait un risque commercial moins immédiat. Avec la PS5, l’émulation touche une génération encore en vente, qui compte sur ses prochaines grosses sorties pour attirer des acheteurs. Même si le recours à des copies piratées est illégal, la perspective d’éviter l’achat d’une console pourrait séduire certains joueurs. C’est alors un argument de vente toujours essentiel pour Sony qui serait fragilisé.
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