Dans le monde si discuté du jeu vidéo, il y aura a priori un avant et un après le 1er juillet 2026. C’est à cette date que Sony a acté la mort du support physique au sein de l’écosystème PlayStation, avec une échéance fixée à janvier 2028. Depuis, on assiste à une déferlante sur les réseaux sociaux. Les revendeurs s’inquiètent pour leur rentabilité, pour ne pas dire leur avenir, les joueuses et joueurs s’insurgent, les hommes politiques — coucou Jean-Luc Mélenchon — font de l’habile récupération.
On observe aussi un florilège de trolls en provenance d’autres multinationales, bien au-delà du microcosme vidéoludique. Ainsi, le lobby Les Produits laitiers menace de stopper la production de fromage, au profit d’images en JPG ou en MOV ; Domino’s Pizza envisage de lancer des pizzas uniquement numériques ; GitHub a lancé une (vraie) opération permettant de recevoir son dépôt public sur CD-ROM ; et Proton souhaite faire le chemin inverse avec des services… physiques. Et tandis que tout le monde se moque de Sony, la multinationale est terrée dans un silence qui en dit long. Si on voulait imager, on dirait qu’elle est en train de marcher avec les mains liées, la tête basse, pendant qu’une foule entière lui balance des tomates à la figure.

Sony va-t-il rétropédaler sur la mort du support physique ?
PlayStation n’a ainsi plus alimenté sa page X principale depuis le 1er juillet 2026, soit depuis le moment où la bombe a été lâchée. La veille ? Cinq publications. L’avant-veille ? Quatre publications. Un constat similaire peut être fait en ce qui concerne les comptes PlayStation France, PlayStation UK ou encore PlayStation Europe. Face à la tempête, toutes les branches de la multinationale adoptent la même politique : celle de l’autruche.
On peut facilement imaginer que le département communication de PlayStation traverse une crise avec des sirènes qui retentissent de tous les côtés. Peut-être pensait-il que la pilule serait avalée sans aucun problème, étant donné que GTA 6 lui avait préparé le terrain. Que nenni ! Des millions de joueuses et de joueurs dans le monde sont attachés au support physique, et Sony lit très mal les chiffres de ses bilans financiers ou, plutôt, les oriente pour appuyer une stratégie qui l’avantage (monopole sur la distribution, choix des marges).
Comme le rappelle effectivement et très justement le créateur de contenu Canadian Guy Eh, la part réalisée par les ventes de jeux dématérialisés dans les statistiques fournies par PlayStation est trompeuse. Elle a grimpé à 85 % durant le quatrième trimestre de la dernière année fiscale. Mais elle englobe beaucoup trop de choses, tout en excluant d’autres, pour vraiment statuer sur un rapport de force si favorable aux jeux dématérialisés. Comment est-elle calculée ? « Le taux de téléchargement numérique des jeux complets est calculé en divisant le nombre d’unités de jeux complets PlayStation 4 et PlayStation 5 vendues par transaction numérique par le nombre total d’unités de jeux complets vendues », stipule la firme.

Déjà, elle prend en compte tous les jeux et contenus vendus sur le PlayStation Store, qui ne sont pas tous disponibles en physique. Le volume n’est pas le même, et cela joue en défaveur du support physique. « Tout ce qui est physique est aussi numérique, mais seule une infime partie de ce qui est numérique est aussi physique », rappelle Canadian Guy Eh. Il y a donc une concurrence déloyale, qui amène à des raccourcis et arrange bien Sony. À cela s’ajoutent divers bonus exclusivement proposés avec les versions numériques, déséquilibrant un peu plus le rapport de force. Une comparaison plus juste se baserait sur les jeux numériques ayant aussi une sortie physique (en simultané) versus les jeux physiques.
Pire encore, 85 % ne prennent pas en compte non plus les ventes d’occasion, puisqu’elles ne tombent pas sur le compte en banque de PlayStation. Or, elles sont cruciales pour une telle comparaison. C’est ce qu’explique habilement Suliven de la chaîne YouTube Press START dans un message publié sur X le 2 juillet 2026 : « Imaginons qu’en 2025, j’ai acheté 3 jeux neufs en dématérialisé et 12 en occasion (en physique forcément). Eh bien pour les statistiques de Sony je suis un joueur 100 % dématérialisé et, d’après le dernier communiqué, mon attitude encourage l’arrêt des jeux physiques. » Il y a donc un narratif qui appuie le positionnement de Sony, mais invisibilise beaucoup trop d’éléments importants. Or, on ne peut pas faire comme si le marché de seconde main n’existait pas du tout.

Le mutisme dans lequel s’est enfermé Sony laisse à penser qu’un rétropédalage est possible. En 2013, Microsoft avait fait un virage à 180 degrés avec la Xbox One, à l’origine davantage pensée pour le tout numérique (connexion obligatoire, fin de l’occasion) — comble, Sony s’en était moqué. Sauf que, selon The Verge, la multinationale a déjà démarré la transition de ses usines chargées de fabriquer des disques. Tout porte à croire que Sony va assumer et passer pour le grand méchant. Il existe tout de même des solutions pour assurer une transition plus douce. Comme chez Nintendo.
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