Liquid Network a perdu près de 320 millions de dollars en Bitcoin en l’espace de quelques heures, sans qu’aucune clé n’ait été volée. Explications.

C’est un piratage hors norme que subit Liquid Network depuis le 6 septembre 2026.

De par les montants d’abord : près de 4 000 bitcoins ont quitté les réserves centrales de la plateforme, soit environ 320 millions de dollars (près de 275 millions d’euros), presque la totalité du stock détenu.

Hors norme aussi, la communication des auteurs. Dans la transaction principale, un message a été laissé à l’attention de la direction : « Nous sommes des white hats. Contactez-nous on-chain. »

Ce qui interpelle, c’est qu’un white hat, par définition, est un hacker « éthique » qui exploite une faille pour la signaler, et aider la victime à mieux se protéger, pas pour s’enrichir. Aucune raison, donc, de vider la quasi-totalité de ces réserves avant de proposer d’en discuter.

Tout le monde ne prend pas cette étiquette pour argent comptant. Charles Guillemet, directeur technique de Ledger, a publiquement mis en doute la qualification de white hat, rappelant qu’un chercheur légitime signale d’ordinaire une faille avant de déplacer des fonds, pas après en avoir vidé la quasi-totalité. Tant que les bitcoins ne sont pas revenus dans le portefeuille de la fédération, « white hat » reste une revendication, pas un fait établi.

La porte de sortie a cédé

Rapide mise en contexte. Liquid est ce que l’on appelle une sidechain adossée à Bitcoin. Une chaîne parallèle donc, qui permet des transactions plus rapides et plus discrètes, ainsi que l’émission d’actifs comme des stablecoins.

Pour l’utiliser, on dépose ses bitcoins via un mécanisme appelé peg-in, en échange de L-BTC, l’équivalent utilisable sur la sidechain. Pour ressortir, on fait l’inverse : un peg-out détruit les L-BTC et libère les bitcoins d’origine.

L’ensemble est supervisé par une fédération, un groupe d’une quinzaine d’entreprises qui détiennent collectivement les clés du coffre.

Ainsi, chaque opération sensible, comme un retrait de bitcoins, doit être validée par au moins 11 de ces 15 membres. Cette gouvernance partagée est censée rendre le système plus résistant : il faut que plusieurs acteurs soient compromis simultanément pour qu’une fuite majeure soit possible, ce qui est en principe très improbable.

Mais voilà, c’est précisément cette porte de sortie qui a cédé. Les fonds détournés (3 996 BTC, ne laissant qu’environ 200 BTC dans les caisses de la fédération) sont passés par la clé d’autorisation de peg-out de SideSwap, un service d’échange bâti sur Liquid. Ce mécanisme, censé fonctionner comme une liste blanche, aurait dû empêcher qu’un peg-out parte vers une adresse non enregistrée.

Ni la clé de SideSwap ni aucune autre n’a été compromise. La faille se situe donc dans la logique de validation, qui a laissé filer une opération qu’elle aurait dû refuser. Un bug d’implémentation, non élucidé à ce stade.

Le dialogue est ouvert

Face au message de l’attaquant, la plateforme a choisi de jouer le jeu et a répondu par le même canal, en proposant une prise de contact avec ses équipes sécurité.

Que demande l’attaquant en échange ? Dans ses messages il a posé une condition claire : la restitution n’interviendra qu’une fois la faille corrigée et le correctif déployé sur l’ensemble des nœuds de Liquid. Un détail compte, toutefois : il parle de rendre « la plupart » des fonds, pas la totalité, et rien ne garantit ce retour tant que les bitcoins n’ont pas quitté son adresse.

En attendant, Liquid précise que les passerelles qui permettent de convertir les bitcoins restent fermées, tout comme les dépôts et retraits en L-BTC. Les autres actifs circulant sur la plateforme ne sont pas touchés.

En revanche, les détenteurs de L-BTC se retrouvent avec des jetons censés être convertibles 1 pour 1 en bitcoins, mais dont la réserve a été amputée. Aucun calendrier de reprise, ni plan de compensation n’ont pour l’heure été communiqués.

Découvrez les bonus

+ rapide, + pratique, + exclusif

Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.

Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.

S'abonner à Numerama+

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Il y a une bonne raison de ne pas s'abonner à

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

  • 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
  • 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
  • 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

S'abonner à Numerama+
Toute l'actu tech en un clien d'oeil

Toute l'actu tech en un clin d'œil

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !


Pour ne rien manquer de l’actualité, suivez Numerama sur Google !