Ce n’est plus une rumeur : dans un billet de blog publié le 3 septembre 2026 et signé de sa main, Jensen Huang annonce que Nvidia a accepté de racheter Hugging Face pour 12 930 300 000 dollars, soit environ 11 milliards d’euros.
Les rumeurs sur le rachat de Hugging Face circulaient depuis fin août, quand The Information avait évoqué des discussions entre les deux entreprises. À 13 milliards de dollars, il s’agit, de loin, de la plus grosse acquisition jamais réalisée par Nvidia. Le précédent record était le rachat de Mellanox pour 6,9 milliards de dollars, annoncé en 2019. Le groupe avait entre temps tenté de racheter Arm pour 4 milliards, mais l’opération avait été abandonnée face aux régulateurs.
Dans une interview à CNBC, Clément Delangue, le patron de la plateforme, explique avoir lui-même approché Jensen Huang au cours de l’été. Une version que confirme le billet de blog, dans lequel le dirigeant de Nvidia se dit honoré que « Clem » soit venu le voir en réfléchissant au prochain chapitre de son entreprise.
C’est quoi Hugging Face, la plateforme rachetée par Nvidia pour 12,9 milliards de dollars ?
Hugging Face est souvent présenté comme le « GitHub de l’IA ». La plateforme sert de hub pour les chercheurs, les entreprises et les développeurs qui publient des modèles, des jeux de données et des petites applications de démonstration. On y trouve aussi bien les modèles ouverts de Meta, Google, Microsoft ou Apple que ceux des laboratoires chinois, de start-up françaises ou d’inconnus complets.
Selon les chiffres avancés par Nvidia dans son communiqué, la plateforme réunit aujourd’hui plus de 18 millions de développeurs/chercheurs, plus de 3 millions de modèles, 500 000 jeux de données et 1 million d’applications. Plus de 200 000 entreprises s’en serviraient pour découvrir, évaluer, personnaliser et déployer des modèles.

Un ADN français
Hugging Face est officiellement reconnu comme une entreprise américaine, mais doit son existence à des Français.
L’entreprise a été fondée en 2016 à New York par trois Français : Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf. Mais Hugging Face n’a jamais été enregistrée en France : elle est née américaine, s’est financée avec de l’argent américain (Betaworks, SV Angel… ) et n’a jamais installé son siège en France. Bref, il ne s’agit pas d’un rachat d’une startup française par un géant américain.
D’un Tamagotchi pour adolescents au carrefour mondial de l’IA
Hugging Face est arrivé bien avant la révolution ChatGPT.
En 2017, Hugging Face était une application iOS de chatbot pour adolescents, baptisée du nom de l’emoji 🤗. On lui donnait un prénom, une photo de profil et on discutait avec elle par SMS interposés. Numerama en parlait à l’époque comme d’une IA Tamagotchi qui pourrait devenir la meilleure amie des ados, bien avant que la révolution des LLM ne soit connue du grand public.

Pour faire tourner leur chatbot, les fondateurs travaillaient sur le traitement du langage. Thomas Wolf porte alors les modèles de type BERT, publiés par Google, vers PyTorch et met le résultat sur GitHub. Le dépôt intéresse de nombreux chercheurs et l’entreprise comprend que son vrai produit n’est pas l’application, mais la bibliothèque. C’est comme ça que Hugging Face est devenu Hugging Face, pile avant la révolution des transformers.
En 2019, alors qu’OpenAI refusait de publier GPT-2 en expliquant que le modèle était trop dangereux, Hugging Face pariait sur l’inverse en rendant les modèles accessibles, téléchargeables et modifiables. Sa notoriété était faible à l’époque, mais Hugging Face s’est imposé comme le site de référence pour la publication de modèles. Sa dernière levée de fonds, en 2023, le valorisait 4,5 milliards de dollars. Nvidia paie aujourd’hui presque le triple, alors que l’entreprise ne gagne pas vraiment d’argent : sa valorisation est dans les données.
Pourquoi Nvidia veut Hugging Face
Aujourd’hui, Hugging Face n’est pas qu’un site qui liste des modèles. La plateforme héberge aussi les bibliothèques logicielles qui servent à faire tourner ces modèles (transformers, diffusers…), des outils pour tester une IA dans son navigateur sans rien installer et une infrastructure d’inférence qui permet de louer directement de la puissance de calcul. L’entreprise entraîne aussi ses propres modèles et fabrique des robots comme le Microduck, un petit robot-canard à 399 dollars dévoilé une semaine avant l’officialisation du rachat.

Sur le papier, l’opération est étrange. Jensen Huang explique que les modèles ouverts élargissent l’accès à l’IA et évitent que le leadership du secteur ne soit concentré dans quelques mains. Le patron de Nvidia rappelle avoir cosigné une lettre ouverte sur l’importance des poids ouverts pour l’économie de l’IA, et met en avant la contribution de son entreprise à la plateforme : plus de 500 modèles et plus de 250 jeux de données publiés, ce qui ferait de Nvidia le premier contributeur de Hugging Face.

Nvidia contrôle déjà les puces et une bonne partie de la couche logicielle avec CUDA. Hugging Face va lui permettre de prendre de la puissance dans la distribution, tout en mettant en avant ses solutions de cloud.
Reste la question de la neutralité : Jensen Huang écrit que Hugging Face restera une plateforme ouverte à tout l’écosystème, que les développeurs continueront de choisir leurs modèles, leurs frameworks, leurs clouds et leurs fournisseurs d’inférence, et surtout que Nvidia ne sera pas requis pour construire ou déployer via la plateforme. À terme, on peut néanmoins imaginer quelques synergies entre les deux entreprises.
Enfin. sur X, Clément Delangue se félicite du rachat pour l’écosystème tech français. Selon lui, les fondateurs de Hugging Face et certains membres de l’équipe feront ruisseler la French Tech en devenant des investisseurs bien plus puissants.
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