Présentée en juillet 2026, ConlangCrafter a déjà généré plus de 60 langues artificielles. Une IA qui pourrait bien faciliter la création des futurs équivalents du klingon, du dothraki ou des langues elfiques du Seigneur des anneaux.

Du klingon de Star Trek au dothraki de Game of Thrones, les langues inventées occupent depuis longtemps une place importante dans la fiction. Leur création réclame toutefois des mois, parfois des années de travail, pour éviter qu’elles ne se résument à une poignée de mots sans véritable cohérence.

Une équipe de chercheurs a décidé de confier une partie de ce travail à des modèles de langage (LLM), comme le raconte DigitalTrends. Leur outil, baptisé ConlangCrafter et présenté en juillet 2026, a déjà permis de générer plus de 60 langues artificielles, chacune avec ses propres sons, règles grammaticales et éléments de vocabulaire.

Le résultat ne rivalise pas encore avec une langue réellement parlée, ni même avec les créations les plus poussées de la fiction. Mais ConlangCrafter va beaucoup plus loin qu’une simple suite de mots inventés par ChatGPT.

ConlangCrafter  // Source : ConlangCrafter
ConlangCrafter. // Source : ConlangCrafter

Comment fonctionne ConlangCrafter ?

Demander à un chatbot de « créer une nouvelle langue » ne suffit généralement pas. Le modèle peut produire quelques phrases convaincantes, mais il risque rapidement de changer ses propres règles, d’utiliser un même mot dans plusieurs sens ou de contredire la grammaire qu’il vient d’imaginer.

ConlangCrafter souhaite contourner ce problème en découpant la création d’une langue en plusieurs étapes. Le système commence par définir sa phonologie, c’est-à-dire les sons qui peuvent être utilisés et la manière dont ils s’assemblent. Il s’intéresse ensuite à la morphologie — la construction des mots —, puis à la syntaxe, au lexique et, enfin, à la traduction.

À chaque nouvelle étape, le modèle conserve une sorte de document de référence, appelé « language sketch » par les chercheurs. Celui-ci rassemble toutes les règles déjà établies. Lorsqu’un nouveau mot ou un point de grammaire devient nécessaire pour traduire une phrase, il peut être ajouté à ce document afin d’être réutilisé de la même façon par la suite.

Le système repose sur plusieurs grands modèles de langage. Pour leurs expériences, les chercheurs ont notamment utilisé Gemini 2.5 Flash, Gemini 2.5 Pro et DeepSeek-R1. ConlangCrafter n’est donc pas un nouveau modèle entraîné de zéro, mais plutôt une chaîne d’outils et de consignes qui les oblige à construire une langue méthodiquement. Le projet a été présenté en juillet 2026 lors de la conférence de l’Association for Computational Linguistics, et son code est disponible gratuitement sur GitHub.

ConlangCrafter sur GitHub // Source : Capture d'écran Numerama
ConlangCrafter sur GitHub. // Source : Capture d’écran Numerama

Du hasard pour éviter de recréer toujours la même langue

Un autre problème se pose rapidement : même lorsqu’un modèle est capable d’inventer une langue, il a tendance à reproduire les structures qu’il connaît déjà. Les langues très présentes dans ses données d’entraînement, en particulier l’anglais, risquent alors d’influencer le résultat.

Pour apporter davantage de variété, les chercheurs ont ajouté une part de hasard. À plusieurs étapes, le système établit une liste de caractéristiques linguistiques possibles, puis un générateur de nombres aléatoires choisit celles qui seront retenues. La langue pourra par exemple placer le verbe au début ou à la fin d’une phrase, utiliser des préfixes plutôt que des suffixes, ou ne faire aucune distinction de genre.

Une fois ces choix effectués, l’IA doit construire une langue capable de les respecter. Un modèle joue ensuite le rôle de critique, en cherchant les erreurs et les contradictions, tandis qu’un autre révise le résultat. Cette vérification peut être répétée jusqu’à dix fois.

Selon l’étude publiée par les chercheurs, cette méthode permet de produire des langues plus variées et plus cohérentes que lorsque l’on demande simplement à un modèle comme Gemini de tout inventer avec une seule consigne.

ConlangCrafter peut également recevoir des contraintes précises. Les chercheurs lui ont par exemple demandé de créer une langue sans aucune consonne.

L’expérience la plus étonnante concerne une espèce fictive de céphalopodes extraterrestres. Sa langue ne repose pas sur la parole, mais sur des changements de couleur et des mouvements de tentacules, auxquels le système attribue différentes fonctions linguistiques. Les couleurs et les gestes remplacent ainsi les sons qui composent les langues humaines, comme les consonnes et les voyelles.

L’exemple rappelle le travail réalisé pour certaines œuvres de science-fiction, où une langue doit aussi raconter quelque chose de l’anatomie, de la culture ou de la manière de penser de ceux qui la parlent.

Les langues construites, aussi appelées conlangs, n’ont évidemment pas attendu l’intelligence artificielle. J. R. R. Tolkien a développé le quenya et le sindarin pendant une grande partie de sa vie, tandis que le linguiste Marc Okrand a créé le klingon pour Star Trek. Plus récemment, David J. Peterson a conçu le dothraki et le haut valyrien de Game of Thrones.

Daenerys (Emilia Clarke) dans Game of Thrones. // Source : HBO
Daenerys (Emilia Clarke) dans Game of Thrones. // Source : HBO

ConlangCrafter ne remplace pas encore ce travail. Son lexique reste limité, tout comme sa compréhension du contexte d’une conversation ou de l’évolution culturelle d’une langue. Les chercheurs reconnaissent également que les modèles peuvent reproduire les biais des langues les plus présentes dans leurs données d’entraînement.

L’outil pourrait néanmoins servir de point de départ à des auteurs, des studios de jeux vidéo ou des productions audiovisuelles. Il permettrait de générer rapidement une base cohérente, qu’un linguiste pourrait ensuite retravailler et enrichir. Ses 64 créations ressemblent donc davantage à des plans détaillés qu’à des langues prêtes à être parlées. Mais pour imaginer le prochain peuple extraterrestre, c’est déjà un sacré gain de temps.

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