C’est un communiqué qui a de quoi surprendre : ce jeudi 2 juillet 2026, la Gendarmerie nationale annonce avoir « mis fin aux activités de la structure pilotant YGGTORRENT ».
Sauf qu’YggTorrent, l’un des plus gros annuaires BitTorrent francophones, a déjà disparu depuis mars 2026, et qu’une toute autre histoire avait alors expliqué sa chute.
Il faut revenir à la nuit du 3 au 4 mars 2026 pour comprendre ce décalage de versions. À cette époque, l’effondrement d’YggTorrent est revendiqué par un individu se faisant appeler Gr0lum. Ce dernier reprochait à la direction du site d’avoir imposé, en décembre 2025, un mode payant limitant les téléchargements gratuits et provoquant la révolte des principaux pourvoyeurs de contenus. Le hacker avait alors exfiltré et publié une masse de données compromettantes sur l’organisation interne du site, ses finances et ses pratiques douteuses (cartes bancaires stockées, fausses identités, blanchiment présumé), tout en épargnant les données des utilisateurs.
45 000 euros de matériel saisi, douze personnes interpellées
L’enquête des gendarmes, elle, se serait portée depuis plusieurs années sur les personnes qui géraient la plateforme et en tiraient profit, indépendamment des circonstances de sa fermeture technique.
Sur le fond, l’opération de l’Unité nationale cyber de la Gendarmerie affiche un bilan concret : douze interpellations, près de 45 000 euros de matériel informatique saisi, ainsi que des crypto-actifs présentés comme ayant servi au financement du site. Les gendarmes évoquent également la découverte de plus de 50 000 fichiers torrents et avancent le chiffre de 10 millions de membres, quand YggTorrent en revendiquait plutôt 6,6 millions au moment de sa chute.
Créé il y a plusieurs années, YggTorrent s’était en effet imposé comme un carrefour incontournable du partage illégal de films, séries et autres contenus culturels en France, avant de basculer vers un modèle plus commercial qui a fini par lui coûter cher.

La communauté reste sceptique
Dans les commentaires de l’annonce de la Gendarmerie, l’ironie domine :« Belle récupération, c’est pas comme si le site était tombé de lui-même », résume un internaute, pointant du doigt une communication qui s’attribue une victoire sur un site déjà mort depuis des mois.
Sur le forum r/yggTorrents, la communauté « warez » francophone (comprenez le milieu du partage illégal de contenu) semblait avoir anticipé l’annonce de la vague d’interpellations dès la veille.
Le 1er juillet, un message de modération y évoquait déjà une « crise historique », directement liée à la fuite de données de Gr0lum : arrestations, fermetures en série de sites et incertitude totale sur l’avenir de plusieurs collectifs d’uploaders. De quoi confirmer, trois mois après le piratage, que les répliques judiciaires de l’affaire YggTorrent sont loin d’être terminées.
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