La Nasa a prévenu, nous nous dirigeons vraisemblablement vers un épisode d’El Niño « historique » dans l’océan Pacifique. Le phénomène est officiellement de retour depuis l’été, et selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), El Niño va se maintenir jusqu’en février 2027. Cet épisode s’annonce particulièrement intense. Une étude publiée cet été concluait même qu’El Niño est plus puissant qu’à aucun moment depuis 1 000 ans.
Une « nouvelle flambée » des gaz à effet de serre à craindre à cause d’El Niño
Ce mardi 27 octobre 2026, l’OMM a de nouveau attiré l’attention sur l’impact potentiel de ce phénomène, en lien avec un autre triste record planétaire. « Les concentrations de gaz à effet de serre ont atteint de nouveaux records, scellant ainsi une hausse des températures à long terme. L’intensification du phénomène El Niño pourrait entraîner une nouvelle flambée de ces concentrations », résume l’organisme des Nations unies sur X.
El Niño est un phénomène climatique naturel. Il se manifeste par des anomalies de températures de surface dans l’océan Pacifique équatorial. Ces températures plus chaudes que la normale peuvent entraîner une cascade d’effets sur la planète. Avec le réchauffement planétaire, ces effets peuvent être encore plus dommageables.

Dioxyde de carbone : 53 % de plus qu’en 1750, un niveau sans précédent
Le dioxyde de carbone est le principal gaz à effet de serre lié aux activités humaines, suivi du méthane en deuxième, et de l’oxyde nitreux en troisième (qu’on appelle aussi protoxyde d’azote).
L’OMM vient de présenter un nouveau rapport portant sur les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ce texte « montre que les concentrations de surface moyennes mondiales de dioxyde de carbone (CO2), de méthane (CH4) et d’oxyde nitreux (N2O) ont atteint des niveaux sans précédent en 2025 ».
En 2025, la concentration moyenne de CO2 a atteint 426,8 ppm (parties par million), contre 377,5 ppm en 2004, année du premier bulletin. Celle du méthane a atteint 1 948 ppb (parties par milliard), et celle du N2O 339,1 ppb. Par rapport aux niveaux préindustriels de 1750, cela représente une hausse de 53 % pour le CO2, de 167 % pour le CH4 et de 26 % pour le N2O.
Ko Barrett, secrétaire générale adjointe de l’OMM, a commenté ces conclusions dans le communiqué de l’organisation : « Une nouvelle année, un nouveau record. Les gaz à effet de serre retiennent une quantité de chaleur sans précédent dans l’atmosphère, ce qui alimente l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes et les risques qui en découlent pour nos économies et nos sociétés. »
Ce bulletin arrive à deux semaines de la COP31, qui se tiendra à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre. L’OMM le publie chaque année pour fournir des données scientifiques aux négociateurs de la conférence des Nations unies sur le climat, qui doit cette fois traduire les engagements pris en actions concrètes.
Les puits de carbone terrestres face à El Niño
Le renforcement d’El Niño attendu pour la fin 2026 et le début 2027 inquiète l’OMM, qui craint qu’il fasse encore grimper la concentration de CO2 dans l’atmosphère. « Nous pouvons nous attendre à une nouvelle hausse des concentrations en 2026, en raison de l’utilisation de combustibles fossiles et du développement d’un épisode El Niño de forte intensité, qui aura un impact sur les puits de carbone terrestres, comme cela a été le cas en 2023/2024 », selon Oksana Tarasova, responsable scientifique chargée de coordonner la recherche et la surveillance mondiale des gaz à effet de serre à l’OMM, citée dans le communiqué.
Comme le résume Reuters, El Niño devrait favoriser un temps plus sec, ce qui compliquera l’absorption des émissions par les puits de carbone. Ces puits, à savoir les écosystèmes terrestres (forêts, sols, végétation) et les océans, absorbent environ la moitié du CO2 émis chaque année selon l’OMM, le reste s’accumulant dans l’atmosphère.
Les alertes de l’OMM au sujet d’El Niño se multiplient ces derniers temps. Quelques jours plus tôt, le 21 octobre, Celeste Saulo, secrétaire générale de l’OMM, aux côtés de Tom Fletcher, secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence, a prévenu que l’épisode en cours pourrait atteindre une intensité sans précédent, « au point de sortir littéralement hors du cadre des graphiques de contrôle que nous utilisons depuis 40 ans ». Tous deux ont encouragé à prendre des mesures préventives, pour protéger les personnes les plus vulnérables face aux pires conséquences du phénomène (sécheresse, inondations, faim).
Et en France, quel sera l’impact d’El Niño ?
En France, le phénomène El Niño ne devrait pas avoir un impact direct sur la météo. Le phénomène réchauffe la planète entière, avec des réactions en chaîne fortes dans les territoires des tropiques. Il n’est cependant pas responsable de tous les événements qui pourraient advenir ces prochains mois en France métropolitaine. Mais, indirectement, il augmente le risque de vagues de chaleur et de douceur anormale chez nous.
Le lien entre le changement climatique et l’intensité d’El Niño reste débattu. Ce que l’on sait, c’est qu’El Niño peut amplifier les effets du changement climatique. D’où les appels de plus en plus fréquents de l’OMM à se préparer à cet épisode d’El Niño hors norme.
Toutes vos questions sur El Niño, Numerama va les poser à un expert : voici comment participer !
El Niño est un phénomène aux conséquences complexes, dont nous allons de plus en plus entendre parler ces prochaines semaines, à mesure que l’on approchera de son pic d’intensité. Pour debunker le vrai du faux, Numerama reçoit bientôt Éric Guilyardi, océanographe et climatologue au CNRS. Il est spécialiste d’El Niño, et vous allez pouvoir lui poser toutes vos questions dans une grande FAQ que nous diffuserons sur notre chaîne YouTube.
Laissez-nous votre question sur El Niño dans les commentaires de cette vidéo :
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