On connaît surtout Hiroya Oku pour le multi adapté Gantz (une série, deux films live et un autre en CGI), mais c’est sa dernière œuvre en date, Last Hero Inuyashiki, dont il est question aujourd’hui. Retour sur l’un des titres marquants de 2017.

Adapter une œuvre d’Hiroya Oku, n’est pas chose aisée. Le sens du détail de l’auteur et le photoréalisme de ses planches – notamment sur les décors – exigent le même perfectionnisme pour respecter l’univers graphique de l’auteur. De plus, la violence extrême et le sexe ne sont pas en phase avec les standards aseptisés de la production télévisuelle. En 2004, le studio Gonzo avait pourtant relevé avec succès le défi avec Gantz. La mise en scène quasi expérimentale de l’anime avec une utilisation inédite de la 3D avait su donner vie à ce formidable manga. Est-ce que le studio MAPPA va réitérer l’exploit pour Inuyashiki  ?

Ce manga en 10 volumes paru entre 2014 et 2017 raconte les destins croisés de deux individus que tout oppose. Ichirô Inuyashiki a 58 ans mais en paraît vingt de plus. Il apprend lors d’un examen de routine qu’il a un cancer en phase terminale. Cachant la vérité à sa famille qui, de toute façon le méprise, il part pleurer son désespoir dehors en pleine nuit. C’est alors qu’une navette extraterrestre le percute et le tue en même temps qu’un lycéen, Hiro Shishigami. Pourtant, Ichirô se réveille le lendemain en pleine forme… Sauf qu’il est devenu un cyborg doté de pouvoirs incommensurables. Il décide alors de les utiliser pour faire le bien autour de lui. Ce n’est malheureusement pas le cas d’Hiro, dont la soif meurtrière vient de se réveiller…

Hiro, portrait d’un serial killer

C’est le réalisateur phare du studio MAPPA, Keiichi Sato (les deux séries Rage of Bahamut) qui supervise la série. Il connaît bien l’univers d’Hiroya Oku puisqu’il est aussi derrière l’excellent film en CGI Gantz O, sorti l’an passé sur Netflix. Mais la réalisation a été confiée à Shuhei Yabuta, « 3D Director » sur de nombreux titres comme L’Attaque des titans ou Kabaneri of the Iron Fortress. Quant à l’adaptation, c’est Hiroshi Seko qui s’en charge. Ce scénariste de titres à succès comme L’Attaque des titans ou Mob Psycho 100 se voit la lourde tâche de condenser toute l’histoire en seulement 11 épisodes. C’est peu quand on sait qu’il y avait matière à en faire le double.

Le premier épisode construit comme une origin story de super-héros, introduit Inuyashiki. Tandis que le deuxième est centré sur Shishigami, futur Némésis d’Inuyashiki, ado mal dans sa peau qui devient un tueur en série (le massacre de la famille est glaçant). Très manichéenne de prime abord, l’histoire gagne en intérêt au fil des épisodes lorsqu’elle s’intéresse à la personnalité de Shishigami. Il évoque par certains points Light Yagami, un autre adolescent abusant de ses pouvoirs pour tuer. Sauf que Shishigami tue par plaisir et surtout pour exprimer son mal-être, en partie lié à sa situation familiale (père absent, mère malade).

La société japonaise en prend pour son grade

Pourtant Shishigami est capable de faire preuve d’empathie. Envers sa mère évidemment, mais aussi son ami d’enfance Ando (un fan de Gantz !). Même quand ce dernier le trahit pour s’allier à Inuyashiki. Il stoppera sa quête meurtrière un temps lors de sa rencontre avec Shion, une camarade de classe amoureuse de lui. Oku instaure délibérément un sentiment de malaise en humanisant le meurtrier. Mais le chemin de la rédemption n’est pas aussi simple. Shishigami est coincé dans un engrenage et il paiera pour ses actes. À travers le personnage Shishigami c’est tout une frange de la société nippone qui est personnifiée. Un monde individualiste, où les plus faibles sont éliminés et où la réussite sociale passe forcément par le pouvoir. À l’instar de Gantz, Hiroya Oku délivre une critique sociale cinglante par le biais d’une histoire de science-fiction.

L’anime garde les thématiques passionnantes du manga et la violence graphique, bien qu’amoindrie, est bien présente. Les détracteurs diront qu’elle est souvent gratuite, alors qu’elle sert souvent le propos. Pour le massacre des trolls des réseaux sociaux et forums, on sent que l’auteur se fait plaisir. Toutefois le scénario est clairement trop compressé. On est alors en droit de préférer le support d’origine. D’autant que la réalisation est en deçà des autres titres du studio (Rage of Bahamut : Virgin Soul ou Yuri on Ice, entre autres) et ne rend pas forcément honneur au travail d’Hiroya Oku. Mais qu’importe, ce serait une erreur de passer devant cet excellent titre. À la fois histoire de super-héros et portrait d’un tueur en série, Last Hero Inuyashiki est une œuvre hybride qui ne vous laissera pas indifférent.

Les 11 épisodes de Last Hero Inuyashiki sont disponibles sur Amazon Prime Video.

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