Plus de trois ans après la sortie des Sims 4, de quoi les joueurs pouvaient-ils bien rêver ? De laver le linge sale en famille, apparemment. Graham Nardone, producteur sur le kit Jour de Lessive qui vient de sortir, nous a expliqué en quoi cette extension créée avec l'aide de la communauté est différente des autres.

La série des Sims est réputée pour deux choses : être l’une des licences les plus vendues dans le monde, et proposer du contenu additionnel en pagaille. La dernière grosse extension, Chiens et Chats, nous a d’ailleurs fait craquer. Pour la création du kit d’objets qui vient juste de paraître, les développeurs du studio Maxis ont souhaité faire participer la communauté à travers différents sondages, permettant à tous les joueurs de s’exprimer.

Ce développement participatif, chapeauté par Graham Nardone, a démarré en avril 2017 et s’est achevé neuf mois plus tard par la sortie effective de Jour de Lessive, un kit mettant à l’honneur une nouvelle tâche ménagère. Il n’y a vraiment que Les Sims pour faire ça.

On sait que les développeurs sont attentifs aux retours des joueurs et prennent souvent la peine de corriger certaines erreurs ou d’ajouter de nouvelles fonctions pour satisfaire le public. On se souvient par exemple du premier gros patch de Mass Effect : Andromeda suite aux moqueries essuyées par les personnages et leurs piètres animations. Mais il est plus rare de voir un développeur permettre à sa communauté de prendre en main le processus créatif de ses propres équipes.

En 2012, soit quelques années avant la sortie des Sims 4, Graham Nardone souhaite déjà donner l’opportunité aux joueurs de « s’engager, en misant sur ce qu’il a de mieux dans le crowdfunding, sans avoir besoin de participer financièrement ». Mais le studio est bien sûr concentré à ce moment-là sur le développement des Sims 4. Ce n’est que quelques années plus tard, durant la fête de Noël 2016 de Maxis, que la productrice exécutive Lyndsay Pearson propose à Graham de concevoir un kit d’objets en intégrant les joueurs.

Chuchoter à l’oreille des devs

Pour Graham, la démarche est naturelle : « J’adore interagir avec notre communauté, alors participer à un projet où les joueurs peuvent s’investir, guider notre travail, et prendre la main sur cette licence était une idée vraiment enthousiasmante. » Rien de moins étonnant effectivement pour celui que l’on surnomme SimGuruGraham, et qui forme avec d’autres « SimGuru » une équipe de choc : employés du studio, ils sont immergés dans la communauté quotidiennement, participant activement aux forums et répondant aux fans sur Twitter.

Car depuis plusieurs années, ce sont bien les joueurs des Sims qui chuchotent à l’oreille des développeurs : ce sont notamment grâce à eux que le jeu est devenu plus inclusif, permettant aux hommes de porter des vêtements de femmes et vice-versa, ou même de personnaliser le genre de son Sim indépendamment de son sexe. Cette vision progressiste, encore rare dans le jeu vidéo mais présente dès les origines de la série (le mariage homosexuel était présent dans Les Sims bien avant d’être reconnu par les USA), fait encore parfois grincer des dents.

Le 3 avril 2017, un premier sondage est ainsi proposé à la communauté des joueurs pour définir ce fameux kit. Celui-ci n’a pas encore de nom, de style ou même de thématique. C’est donc par ce dernier qu’il faut commencer : les joueurs peuvent choisir entre cinq thèmes, tous très différents. Mariage, jeux d’arcade, premier logement, mais aussi écologie et même dangers. La vie quotidienne côtoie donc la fantaisie, et c’est d’ailleurs ce qui fait le sel de la série depuis ses débuts en l’an 2000.

C’est donc l’écologie qui gagne haut la main, en ayant promis «  une vie respectueuse de l’environnement » à travers des thèmes comme « la lessive et l’énergie solaire ». Une semaine plus tard, c’est le style du kit qui est soumis aux votes : plutôt moderne ou plutôt rustique ? C’est le style rustique qui remporte les faveurs, parfaitement adapté d’ailleurs aux maisons traditionnelles de Brindleton Bay, le nouveau quartier de l’extension Chiens et Chats.

L’écologie gagne les Sims

Un troisième vote en mai permet de sélectionner une trentaine d’objets parmi les 68 qui sont proposés, tandis que le quatrième vote, en juin, est celui qui aura fait le plus réagir les joueurs : il s’agit de choisir le thème précis du kit. L’écologie d’accord, mais plutôt la vie en dehors du réseau électrique, la réduction de l’empreinte carbone (composteur, recyclage…), la conservation de nourriture ou… la lessive ? Ceux qui connaissent peu Les Sims et leur communauté ont peut-être du mal à comprendre comment un thème aussi rébarbatif, qui pourrait devenir une nouvelle façon de torturer les Sims, a pu l’emporter haut la main face à des concepts bien plus originaux.

Pourtant, pour Graham Nardone, il ne s’agit nullement d’une surprise. « Toutes les propositions incluses dans le sondage étaient inspirées par les joueurs, et il y en a toujours eu qui ont vivement réclamé l’inclusion de la lessive dans le jeu. » Néanmoins, il admet que l’équipe a été particulièrement étonnée à la fois par la forte participation et par la victoire écrasante de la lessive, dépassant largement leurs propres prévisions. « Cela prouve qu’il y a un véritable intérêt pour des aspects de la vie quotidienne perçus comme banals par certains. »

Le développement a donc pu suivre son cours, dirigé par les souhaits de la communauté. Les derniers sondages ont pu établir le nom du kit, Jour de Lessive, ainsi que son logo, représentant une pile de linge dans un panier. Afin de satisfaire les joueurs qui souhaitaient avant tout le thème écologique et se retrouvent finalement avec un lave-linge et un sèche-linge, les développeurs ont tout de même pensé à incorporer une bassine pour nettoyer ses vêtements à l’ancienne, ainsi que ce bon vieil étendoir.

S’il ne sait pas encore si l’expérience sera renouvelée, Graham Nardone a tiré beaucoup d’enseignements de cette expérience, notamment dans le concept même du jeu, la simulation de vie. « Chacun a une vision particulière de ce qu’est la « vie », et ce projet nous a aidé à réduire le fossé entre les conceptions de chacun et à mieux les comprendre. » Et s’il est conscient qu’il y a forcément des déçus parmi ceux dont le thème fétiche n’a pas été retenu, il précise qu’à travers leur participation et leurs différents retours, ils ont finalement augmenté les chances de permettre à ce contenu de voir le jour.

À l’heure du crowfunding et des projets participatifs, les grands studios semblent donc vouloir s’adapter et trouver de nouvelles façons d’intéresser et d’engager les joueurs. Une entreprise d’autant plus importante pour Les Sims, dont le grand succès repose avant tout sur sa communauté fidèle et active, qui modèle finalement le titre selon ses envies. Et même si Jour de Lessive ne convaincra certainement pas tous les joueurs, d’aucuns lui reprochant d’ailleurs déjà son manque d’interaction et sa trop grande répétitivité, ce kit d’objets reste un phénomène intéressant à observer pour mieux comprendre le succès atypique des Sims : l’important n’est pas tant que l’idée soit révolutionnaire et qu’elle chamboule le quotidien de ces êtres virtuels, mais simplement qu’elle participe à rendre la simulation plus proche de ce que les gens en attendent.

Que cela soit plus de folie, mais aussi en l’occurrence, plus de réalisme. Comme le dit Graham, « comme avec presque tout ce que l’on peut imaginer dans un jeu qui simule la vie, il ne s’agit pas de savoir si c’est une bonne idée à inclure, mais de savoir quand nous pourrons y arriver avec tout ce que l’on a prévu de créer. »

Partager sur les réseaux sociaux