Konami a attendu tellement longtemps que Dracula a eu le temps de ressusciter. Afin de célébrer les 40 ans de son tout premier volet, Castlevania s’offre enfin un nouvel épisode inédit à destination des consoles modernes (ou presque, puisque l’éditeur japonais a fait le choix étrange de la Nintendo Switch première du nom). Intitulé Castlevania: Belmont’s Curse, il est conçu par Evil Empire, studio bordelais dont les grandes lignes du CV rendaient on ne peut plus cohérente la responsabilité dans cette résurrection d’une légende presque oubliée de l’industrie. Bonne nouvelle : les anciens de Motion Twin (Dead Cells) ont tout compris à la licence mythique qui leur a été confiée. Voire un peu trop, mais ce n’est pas grave.
Points forts
- Artistiquement époustouflant, un vrai bijou
- Gameplay efficace, riche, maîtrisé et jouissif
- Evil Empire a tout compris aux metroidvania
Points faibles
- Paris n’est presque qu’un prétexte, voire un immense tutoriel…
- Un chouia surchargé parfois, et difficilement lisible sur les écrans nomades)
- Cette industrie commence à nous saouler avec les parades
Rose se fait un nom
En 2021, lorsque Metroid Dread achève avec succès le processus de résurrection d’une licence culte, entamé 4 ans plus tôt avec le remake d’un opus Game Boy obscur, on s’est naturellement dit que ce serait bien de voir Castlevania bénéficier du même traitement. Surtout que ce double retour des Metroid « classiques » en 2D avait été opéré par MercurySteam, studio espagnol à l’origine du dernier titre en date de la franchise culte de Konami — Lords of Shadow 2, cette suite si décevante aux allures de dernier clou dans le cercueil. Avec son « Metroid 5 », Nintendo avait en effet trouvé le moyen de se rappeler au bon souvenir de toute une génération de metroidvania (essentiellement) indépendants, avec un petit bijou où Samus Aran disait clairement « fini de rire, maman va vous montrer comment on fait ».

Ainsi, quand est apparue la promesse — aux allures de miracle que l’on n’attendait plus — d’un revival de Castlevania par Evil Empire, auteur des DLC de Dead Cells ou encore de The Rogue Prince of Persia, il y avait de quoi rêver d’un retour aux affaires similaire. Situé à Paris (tiens donc) en 1499, Castlevania: Belmont’s Curse nous met dans la peau d’une héroïne inédite, Rose Belmont, dernière héritière du clan ayant accouché d’une lignée de protagonistes légendaires. La fille de Trevor Belmont, héros de Castlevania Ⅲ: Dracula’s Curse (NES, 1989), est victime d’une malédiction qui ne l’empêche pas de pouvoir se battre et de partir satisfaire la requête de l’évêque Claude de Champigny (c’est assez savoureux d’écouter ce nom prononcé dans le doublage japonais) avec Notre-Dame en toile de fond.

Si le scénario n’est au final qu’un prétexte pour faire revenir Dracula et son château, à tel point que les rues de Paris finiront par être presque trop vite oubliées pour faire place au véritable clou du spectacle, on appréciera la volonté d’Evil Empire de proposer un contexte quelque peu original et d’introduire avec beaucoup d’efficacité une nouvelle Belmont. Cette dernière (dont on peine un peu à comprendre pourquoi elle ressemble plus au Link de The Legend of Zelda: Breath of the Wild qu’à une chasseuse de vampires) ne manie pas le fouet de son père, mais elle va déverrouiller, au fil d’une aventure aussi prévisible que satisfaisante, un arsenal d’armes et de compétences assez impressionnant, au service d’un titre très efficace.

Castlevania Resonance
En toute sincérité, il ne serait pas extrêmement pertinent de nous attarder sur la construction du monde de ce nouveau Castlevania, tant Evil Empire récite avec brio (et surtout avec une élégance désarmante) les gammes les plus inspirées d’un genre qu’il maîtrise déjà divinement bien. Sachez tout simplement qu’en terme de level design, on est (encore) sur un très grand metroidvania qui, à l’instar une nouvelle fois de Metroid Dread, va à l’essentiel sans se perdre dans le gigantisme démesuré des Hollow Knight. Heureusement, il emprunte davantage à l’aspect action-RPG à builds de ce dernier, pour notre plus grand bonheur. Si vous avez aimé la manière dont Ubisoft Montpellier a ressuscité (encore une fois) Prince of Persia avec The Lost Crown, vous devriez y trouver votre compte.

La force du concept de Castlevania: Belmont’s Curse réside dans sa courbe de progression extrêmement séduisante, qui nous fait rapidement oublier la mollesse apparente de Rose, personnage de prime abord lent et flottant dans ses déplacements. À travers un système d’acarnes, complexe mais dont la subtilité est vite cernée, on enquête sur la localisation des boss (liés auxdites arcanes). Lorsque ces derniers tombent, on aspire en quelque sorte leur âme et leurs pouvoirs pour résonner avec, et ne faire qu’un avec ce qui devient d’improbables compagnons d’aventure. Au vu de la tendance du moment dans les titres de l’industrie, nous n’aurions même pas été choqués que l’aventure de Rose ait été initialement baptisée « Castlevania: Resonance » avant d’être renommée par souci de distinction.

Rapidement, on est charmé par la diversité du gameplay et sa richesse de proposition, entre armes, améliorations obtenues en réussissant de mini exploits avec ces dernières, et autres équipements passifs entre lesquels alterner à volonté, juste en passant par les menus. De quoi aborder sereinement un bestiaire qui se renouvelle bien et des boss vraiment très stylés, aussi bien en termes de mise en scène que de défi, et qui en feront baver plus d’un. Castlevania: Belmont’s Curse est un metroidvania qui offre sa dose de challenge, mais il se veut accessible et se montre très généreux à ce niveau dans les options.

Parry capital ?
La finesse du gameplay de Castlevania: Belmont’s Curse trouve toutefois un bémol non négligeable qui pourrait faire grincer des dents celles et ceux qui n’en peuvent plus de la surabondance de système de parades dans les jeux vidéo modernes. Ça aussi, Metroid Dread le fait, et c’est même vital pour échapper aux terribles E.M.M.I. — ce qui est déjà discutable. Dans ce nouveau Castlevania, le système de glissade (équivalent à une roulade ou à une esquive) n’est pas d’une grande utilité pour éviter des attaques ennemies. Le titre d’Evil Empire dispose d’un système de parade efficace dont on va être obligé d’user et d’abuser, faute de quoi le moindre affrontement un peu retors deviendra un enfer.

N’allez cependant pas penser que l’aventure de Rose est un parcours du combattant (bon, sauf si vous détestez les séquences de plate-forme avec des rebonds, du grappin et des combinaisons de pouvoir au timing serré). Vous pouvez ainsi configurer la puissance de vos attaques et votre résistance aux coups endurés selon des jauges paramétrables à volonté ou opter pour l’absence de mort une fois votre jauge de vie arrivée à zéro. Il est également possible d’augmenter le gain d’expérience (même si honnêtement, ce système de niveaux fait partie des éléments les plus anecdotiques du titre), ou encore choisir de reprendre devant la salle d’un boss après avoir trépassé plutôt que de vous retaper le même chemin depuis le point de contrôle. On sent que l’accessibilité exemplaire de Prince of Persia: The Lost Crown est passée par là et qu’il n’y a vraiment que Team Cherry pour n’en avoir rien à faire. Evil Empire, lui, a compris que leur jeu n’est pas forcément que souffrance et désolation.

Un très beau tableau de famille
Terminons enfin sur la note artistique, qui mérite clairement que l’on s’y attarde. Désireux de ne pas trop abuser d’une atmosphère gothique très cliché, le développeur bordelais a mis à profit le talent de ses artistes pour sublimer sa touche personnelle qui avait si bien marché dans ses précédentes production — y compris chez Motion Twin. Ainsi, en-dehors de l’esthétique des cathédrales, et d’un soin très particulier apporté aux rues et souterrains délabrés de la capitale française, Castlevania: Belmont’s Curse jouit d’une patte graphique aux allures de bande dessinée, voire de manga par moments, avec de faux airs de Hades. Le déluge de couleurs est exceptionnel, chaque zone a son charme, et rien n’est laissé au hasard. Nous aimerions vous inonder de screenshots pour en témoigner, mais nous garderons bien de trop vous en montrer tant Evil Empire a produit une merveille de direction artistique qui sied à ravir à la licence de Konami, et qui mérite d’être découverte, a fortiori sur un grand écran.

Néanmoins, et c’est là que le bât blesse : les décors sont si riches et soignés que cela nuit parfois à la lisibilité d’un jeu dont l’action devient vite un peu surchargée. Pour avoir testé le jeu sur PlayStation 5, et faute de version Switch à disposition (bien que sa démo en dise long sur un niveau d’aliasing très prononcé et une résolution faiblarde), nous avons naturellement voulu voir ce que cela donnait en nomade avec un PlayStation Portal, un jeu en 2D et vue de côté s’y prêtant si bien. Clairement, Castlevania: Belmont’s Curse n’est pas idéal sur les écrans d’appareils nomades, et nous ne saurions que trop vous recommander d’en profiter sur un bel écran. On regrettera aussi que la bande originale très rythmée, franchement inspirée voire carrément géniale pour le coup (et plutôt maline quand il s’agit de faire des clins d’œil), se renouvelle si peu voire pas du tout tant qu’on ne change pas de zone.

Cependant, ces deux petits écueils ne vont en rien entacher le tableau magnifique que nous propose Evil Empire. La vision de Castlevania par ce studio jusqu’ici spécialisé dans le rogue-lite est particulièrement brillante et montre que les développeurs ont intégré tous les codes d’un genre qu’ils maîtrisent déjà terriblement bien. Avec un soupçon d’ingéniosité et d’originalité dans les mécaniques de gameplay, voire un peu plus de prise de risque (on sent qu’il ne faut pas trop retaper le mythe et que Konami n’a pas laissé intégralement carte blanche), et une durée de vie un peu plus conséquente (tablez sur une quizaine d’heures en dépit de nombreux secrets et collectibles), nous n’aurions pas hésité à en faire encore un peu plus une de nos recommandations incontournables de l’année.

Le verdict

Castlevania: Belmont’s Curse
Voir la ficheOn a aimé
- Artistiquement époustouflant, un vrai bijou
- Gameplay efficace, riche, maîtrisé et jouissif
- Evil Empire a tout compris aux metroidvania
On a moins aimé
- Paris n’est presque qu’un prétexte, voire un immense tutoriel…
- Un chouia surchargé parfois, et difficilement lisible sur les écrans nomades)
- Cette industrie commence à nous saouler avec les parades
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