Le retour du roi du gothique. Alors que son Nosferatu a marqué les esprits, le réalisateur prodige Robert Eggers ne perd pas de temps et s’attaque désormais au mythe du loup-garou avec Werwulf, attendu sur les écrans pour décembre 2026. En s’éloignant radicalement des clichés hollywoodiens, son prochain film s’annonce dantesque.

Il y a des réalisateurs dont le nom seul suffit à créer l’événement. Après les cartons critiques et publics de The WitchThe Lighthouse et The Northman, Robert Eggers s’est imposé comme le maître incontesté de l’immersion historique et de l’horreur pure.

Pour son nouveau long métrage, Werwulf, le cinéaste a décidé de s’ancrer dans l’Angleterre de l’an 1300, une époque charnière et reculée, juste avant l’extermination totale des loups sur l’île britannique. Conçu comme un voyage temporel ultra-réaliste, le film entend balayer la pop-culture pour proposer une plongée terrifiante dans la psyché humaine et la brutalité médiévale.

Un « Reset » total du mythe et une reconstitution obsessionnelle

Interrogé par le magazine Esquire, Robert Eggers a été très clair : Werwulf va réinitialiser tout ce que vous pensez savoir sur les loups-garous. Oubliez les morsures magiques, la peur de la pleine lune ou les balles en argent popularisées par le cinéma américain. Le cinéaste s’est directement inspiré de chroniques médiévales authentiques datant du 13e siècle, à une époque où le mot « loup-garou » servait à désigner l’indicible : des tueurs en série ou des hommes traumatisés commettant des actes d’une inhumanité telle que leurs contemporains les croyaient transformés en bêtes sauvages.

Fidèle à son obsession maladive du détail, Eggers a poussé le curseur du réalisme à un niveau jamais vu à Hollywood :

  • Zéro cliché : le film suit un simple fermier (Aaron Taylor-Johnson) maudit et anonyme (aucun personnage n’a de nom, excepté un chien), vivant dans un monde grotesque, impitoyable, fait de boue, de sang, d’excréments et de pluie. Dixit le réalisateur, ça ne s’invente pas.
  • Une langue oubliée : les dialogues ont été entièrement écrits en moyen anglais (Middle English) avec l’aide de deux professeurs d’Oxford, avant d’être retravaillés par un coach vocal pour rester audibles.
  • Des décors faits main : plutôt que d’utiliser des églises existantes modernisées par le temps, le chef décorateur Craig Lathrop a reconstruit chaque structure et chaque église fortifiée à partir de zéro dans les paysages sauvages du Dartmoor et du Pays de Galles.
Le film sera vraiment très sombre // Source : Focus Features
Le film sera vraiment très sombre // Source : Focus Features

Une esthétique visuelle traumatisante et un casting repoussé à ses limites

Sur le plan technique, Werwulf s’annonce comme un choc esthétique majeur. Le directeur de la photographie Jarin Blaschke a tourné le film sur pellicule 35 mm, en appliquant un traitement orthochromatique inédit en post-production. Ce procédé permet de « détruire » le teint de la peau des acteurs pour leur donner un aspect malade, grunge et profondément usé par la dureté de l’époque. Plus fou encore, l’équipe a réussi à fusionner la structure de grain d’un film en noir et blanc sur une pellicule couleur. Le résultat promet une image texturée, sale, où chaque poil de barbe crasseux et chaque morceau de bouillie médiévale sautera aux yeux du spectateur.

Pour porter cette vision viscérale, le casting a dû donner de sa personne. Aaron Taylor-Johnson livre ce qui est déjà décrit comme la performance la plus éprouvante de sa carrière. L’acteur a passé des mois à s’entraîner physiquement (allant jusqu’à étudier le comportement d’un vrai loup en captivité) et a passé une grande partie du tournage nu dans la neige et sous la pluie pour exécuter des scènes de transformation par contorsion d’une intensité extrême. À ses côtés, Lily-Rose Depp incarne sa femme, décrite comme le cœur émotionnel et gracieux du film, tandis que l’immense Willem Dafoe retrouve son réalisateur fétiche pour camper un chasseur de loups impitoyable.

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