Lorsque Yoshi and the Mysterious Book a été dévoilé à destination de la Nintendo Switch 2 lors du segment « 40 ans de Super Mario » du Nintendo Direct de septembre, concluant même ce dernier tel un « one more thing », tout le monde ou presque s’est dit la même chose. Chouette, un nouveau Yoshi, il en fallait bien un, et comme d’habitude, c’est super coloré, avec un style graphique rafraîchissant et original… et comme d’habitude, ça a l’air assez pépère, sans challenge. Il faut se faire une raison : Nintendo ne refera jamais de platformer Yoshi comme le tout premier jeu de la licence, le mythique Yoshi’s Island (1995), que nous avions classé meilleur platformer Mario 2D il y a deux mois. Sans doute parce que c’est un Mario et pas vraiment un Yoshi, et que le vrai premier jeu Yoshi s’appelle Yoshi’s Story, sorti sur Nintendo 64 en 1998, Vous allez comprendre.
Points forts
- Absolument génial artistiquement parlant
- Une nouvelle façon de concevoir la plate-forme
- Des idées de gameplay en veux-tu en voilà
Points faibles
- Des objectifs et une méthode de complétion pas toujours clairs
- Il faut accepter l’absence quasi totale de challenge
- C’est étonnamment compliqué de « rentrer dedans »
Prévisible comme un livre ouvert ?
Commençons par ouvrir le livre d’histoire. Yoshi’s Story fut quelque peu conspué en son temps (et il l’est toujours près de 30 ans plus tard). Les joueurs furent en effet terriblement déçus que la « suite » de Yoshi’s Island, inaugurant pour de bon une licence s’affranchissant de Mario, ne soit qu’un platformer davantage orienté énigmes et exploration que véritablement action, sans l’ombre d’un challenge. Les niveaux de celui qui s’appelait initialement Yoshi’s Island 64 n’avaient pas vraiment de fin, on y tournait en rond et on ne les « validait » qu’en y accomplissant des objectifs sans rencontrer de réelle difficulté manette en main. Aussi dur à avaler qu’une pastèque quand on passe après le meilleur platformer 2D de l’histoire.

Par la suite, la licence est revenue à une structure plus conventionnelle, avec des mondes et des niveaux plus linéaires, remplis de collectibles sous forme de pièces rouges et de fleurs souriantes, dont la complétion à 100 % débloquait toujours des niveaux secrets bien plus retors. Le tout en proposant à chaque fois un univers différent, le changement devenant de plus en plus radical avec les deux derniers jeux en date. D’abord l’excellent opus Wii U sorti en 2015 (Yoshi’s Woolly World et son monde fait de laine), puis le non moins convaincant épisode Nintendo Switch datant de 2019 (Yoshi’s Crafted World, à l’esthétique carton-pâte très « do it yourself »). On s’attendait alors légitimement à ce que Yoshi and the Mysterious Book suive cette tendance avec une nouvelle direction artistique, basée sur celle des dessins au crayon dans un livre, et suive la trajectoire de ses aînés…

Car en effet, et on l’avait deviné au fil des bandes-annonces et des aperçus de la presse, c’est davantage vers la proposition controversée de l’opus N64 que lorgne ce nouvel épisode des aventures de Yoshi. Le tout, cependant, avec une volonté affirmée de faire table rase du passé et de proposer une expérience novatrice, pleine de surprises, et particulièrement intelligente. Une fois de plus, c’est le studio Good-Feel qui est aux manettes, et si l’on pouvait légitimement s’inquiéter compte tenu de son utilisation quelque peu bancale de l’Unreal Engine sur Nintendo Switch (Yoshi’s Crafted World était très imparfait en termes de performances, et que dire du terriblement instable voire faible Princess Peach Showtime!…), on pouvait raisonnablement attendre une finition plus solide sur une Switch 2 bien plus ambitieuse. Passés ces nombreux « red flags », l’heure est venue de vous rassurer, de la même manière que nous l’avons été au fil de notre vingtaine d’heures passées sur Yoshi and the Mysterious Book : ce jeu est bien meilleur qu’on ne le craignait, et surtout, il est aussi original qu’ingénieux.

Étudiez-les tous !
Résumer la boucle de gameplay de Yoshi and the Mysterious Book est tout sauf chose aisée, et ce pour une bonne raison : le jeu de Good-Feel se montre infiniment plus imprévisible et surprenant que ce qu’il laisse supposer de prime abord. Pourtant, ce qui fait office de premier monde, et même ses premières heures, est assez déroutant et pourrait quelque peu décourager. Au prix d’un effort conjoint, Bowser Jr. et Kamek perturbent une fois de plus l’existence paisible des Yoshi (qui, comme d’habitude, se la coulent douce sur leur île paradisiaque) en y faisant atterrir un livre mystérieux aux allures d’encyclopédie des créatures peuplant un monde fantastique. L’objectif sera d’étudier chacune d’entre elles afin d’en savoir davantage sur leur habitat, leurs modes de vie, et d’interagir avec, sachant que grossièrement, on peut résumer une créature à un niveau.

Sur le papier, le concept « un niveau par créature » est plutôt bien fichu, garantissant une grande diversité de paysages et de topographies à explorer, mais le jeu manque profondément de clarté dans la gestion de ses objectifs, que ce soit dans son menu principal (où l’on feuillette les pages du livre) ou à l’intérieur de ce qui fait office de niveaux. Ceci pour une bonne et simple raison, que l’on va heureusement comprendre assez rapidement : la liberté d’exploration du titre est franchement surprenante. S’il faut compléter un objectif principal afin d’en savoir suffisamment sur une créature pour lui donner un nom, et ainsi « valider » la page du chapitre associée qui permet d’accéder à la suivante, les chapitres principaux du jeu sont rapidement tous accessibles. En effet, les étoiles permettant de les déverrouiller se collectent à une vitesse effrénée, vu que chaque micro-objectif (il y en a des dizaines par niveau) en débloque une.

La difficulté étant quasi inexistante (surtout que la notion de dégâts n’existe pas dans ce titre), on peut ainsi atteindre très rapidement une première fois les crédits de fin. On a essayé, ça nous a pris trois heures. Sauf qu’en fait… ce n’est qu’un début. Atteindre la « vraie fin» et débloquer le contenu post-game, qui offrira un minimum de challenge hélas tardif, prendra facilement une quinzaine d’heures. Cependant, et en toute sincérité, nous sommes bien incapables d’estimer la véritable durée de vie de Yoshi and the Mysterious Book pour ce qui est de le compléter à 100 % : elle semble particulièrement gigantesque, tant le jeu de Good-Feel est généreux en contenu, bien que se montrant un peu avare en détails sur le statut de notre progression. Ceci pour une bonne et simple raison : derrière une aventure très facile à finir (quoique, le « true last boss » vous poussera quand même à bien réfléchir et exploiter les mécaniques que le jeu vous aura apprises) réside un game design étonnamment riche et surtout, d’une ingéniosité démentielle.

Good-Feel Inc.
C’est en effet une fois que l’on commence à comprendre où Yoshi and the Mysterious Book veut nous emmener que la boucle de gameplay devient incroyablement satisfaisante. D’ailleurs, il est difficile de parler de « boucle » tant la nouvelle exclusivité Switch 2 évite la répétitivité. Rassembler toutes les informations permettant d’identifier une créature, et donc de compléter le stage associé, se fait d’une manière différente à chaque fois : faire éclore des fleurs, regrouper des personnages, assécher un point d’eau, démolir des rochers obstruant un passage, redonner vie à des créatures endormies, engloutir une quantité de sable suffisamment conséquente, faire fusionner plusieurs créatures pour en créer une exceptionnelle… ce n’est qu’une très, très mince liste de tout ce qu’il est possible de faire. Et ce uniquement en sautant, faisant des attaques rodéo, gobant tout et n’importe quoi avec la langue, en lançant des œufs, et surtout, en trimballant des créatures sur le dos de notre dinosaure préféré. Une base simple, efficace, et déjà connue.

Parce que oui, Yoshi and the Mysterious Book se joue comme un platformer classique de la série, en vue de côté, mais cela ne l’empêche pas d’offrir une diversité de situations absolument gargantuesque. Le renouvellement des idées est constant, et une fois que l’on a fini par se faire à sa structure non-linéaire un peu perturbante (surtout qu’elle n’est pas très bien expliquée, le jeu étant étrangement avare en tutoriels), explorer chaque niveau est très satisfaisant et donne envie d’essayer absolument toutes les interactions possibles entre Yoshi et son environnement. Les étoiles finissent ainsi par pleuvoir, les chapitres se débloquent vite, et à une ou deux exceptions près faute de clarté dans les objectifs, on n’est jamais vraiment bloqué. Les runes glanées au fil de l’exploration (par milliers) servent en effet à payer des indices pour savoir quoi faire, et seront régulièrement salvatrices, surtout si vous voulez compléter tous les objectifs — il semble absolument impossible de tout deviner avec un seul cerveau, et le jeu peut grandement s’apprécier à deux dans cette optique. Cependant, le titre de Nintendo est 100 % solo et ne propose aucune forme de coopération, mais permet aux différents utilisateurs d’une même console de se partager des annotations d’un compte à l’autre, via un système de lien entre les sauvegardes là encore assez inédit dans son genre.

On pourrait sincèrement vous proposer de nombreux autres paragraphes détaillant la richesse folle de la proposition de game design de Yoshi and the Mysterious Book, probablement le titre le plus ingénieux jamais conçu par Good-Feel, dans la lignée finalement de ce que Nintendo propose assez régulièrement (on pensera notamment à la liberté assez folle de titres comme The Legend of Zelda: Echoes of Wisdom ou Donkey Kong Bananza, pour ne citer que les exemples les plus récents). On vous laissera cependant le plaisir de la découverte et des surprises au niveau des idées de gameplay tant ce jeu en propose. Nous nous limiterons ainsi à un exemple étonnant : les fleurs souriantes à trouver et collectionner, présentes depuis Yoshi’s Island, permettent de débloquer… des éléments de type indicateur de progression dans l’affichage du jeu. Il y en a tellement à débloquer, dont certains parfaitement inutiles voire grotesques, qu’on en vient à se demander si Good-Feel n’a pas voulu caricaturer les ATH surchargés de certains titres en laissant la possibilité au joueur d’afficher absolument n’importe quoi à l’écran, jusqu’au détriment de sa lisibilité.


L’art en plus de la manière
Cependant, ces informations (parfaitement inutiles pour la plupart, en-dehors des détecteurs de fleurs ou d’éléments à débloquer) n’envahiront jamais votre écran si vous souhaitez vous en affranchir pour profiter de la beauté du jeu. Pas forcément impressionnant techniquement (ce n’est pas son but), Yoshi and the Mysterious Book régale surtout par le talent de ses graphistes, qui ont conçu un véritable livre interactif où tout semble dessiné à la main, et prend de plus en plus vie au fil de votre exploration et de vos interactions avec son décor et les créatures qui le peuplent. On insiste, mais la richesse de l’ensemble est tellement inouïe que le renouvellement artistique est permanent, rempli de surprises, et alors qu’on pensait avoir tout vu avec les opus Wii U et Switch, Good-Feel montre qu’il sait encore nous épater et nous étonner.

Pour ne rien gâcher, le jeu tourne à 60 images par seconde constamment, tout en se permettant d’animer certaines créatures ainsi que Yoshi en mode stop-motion, façon film d’animation, le tout avec une cohérence artistique d’ensemble bluffante. On pourra cependant pester sur quelques ralentissements incompréhensibles lorsque l’on tourne les pages du livre dans les menus (ce n’est qu’un détail, mais ça se voit trop pour l’ignorer), et une résolution encore une fois assez bâtarde en nomade. Heureusement, cela ne dénote pas autant avec les performances en docké que sur un Yoshi’s Crafted World et son flou d’ensemble atroce en portable : Good-Feel semble quand même beaucoup plus à l’aise dans son exploitation de l’Unreal Engine sur une console plus puissante comme la Switch 2. Même s’il y a encore à redire, l’ensemble est très confortable. Quant à la bande son, elle s’avère plus inspirée et variée que jamais, et évite de verser dans les poncifs habituels d’une licence qui a trop connu d’OST répétitives voire irritantes, complétant un tableau plus qu’envoûtant sur le plan artistique.

Ainsi, dans l’ensemble, Yoshi and the Mysterious Book est un titre beaucoup plus étonnant qu’il n’y paraît à première vue. Très complet, rempli de surprises et d’idées de gameplay étonnantes voire inédites, il se renouvelle constamment en offrant une durée de vie très généreuse si l’on souhaite le compléter à 100 %, ce qui est particulièrement plaisant pour un jeu tarifé 10 € de moins que les exclusivités Nintendo Switch 2 précédentes. Il faut par contre accepter que son côté peu conventionnel le rend plus difficile à appréhender que n’importe quel autre jeu de la licence, et que l’absence de toute forme de difficulté (jusqu’au contenu post-fin) peut énormément dérouter voire déplaire. Yoshi and the Mysterious Book peut prendre quelques heures à se laisser apprivoiser, et on vous conseillera également d’y jouer par petites doses, en vous fixant des objectifs clairs sous peine de ne plus rien comprendre à ce que vous faites, ou de vous perdre dans sa boulimie de possibilités hors du commun. Un jeu vraiment étonnant, et dont la prise de risque assez monumentale est vraiment à saluer.
Le verdict

Yoshi and the Mysterious Book
Voir la ficheOn a aimé
- Absolument génial artistiquement parlant
- Une nouvelle façon de concevoir la plate-forme
- Des idées de gameplay en veux-tu en voilà
On a moins aimé
- Des objectifs et une méthode de complétion pas toujours clairs
- Il faut accepter l’absence quasi totale de challenge
- C’est étonnamment compliqué de « rentrer dedans »
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