Un mélange de survie, de chaos et d’humour noir sur fond de colonisation lunaire : Moon Colony Bloodbath transforme chaque partie en lente descente aux enfers où il faut simplement tenter de souffrir un peu moins que les autres. Comment ça se joue ? Quel est notre avis ? On vous dit tout.

C’est quoi, le jeu de plateau Moon Colony Bloodbath ?

Rarement, un titre de jeu aura aussi bien décrit ce que l’on ressent en y jouant. Car Moon Colony Bloodbath, c’est littéralement ça : un bain de sang dans notre colonie lunaire. Ou plutôt « nos » colonies, puisque vous n’êtes pas seul dans cette galère, tout le monde est là pour souffrir. À vous de faire le nécessaire pour survivre plus longtemps que les autres.

Moon Colony Bloodbath est un jeu de Donald X. Vaccarino, illustré par Franz Vohwinkel et édité par Rio Grande Games.

🎲 Pour combien de joueurs? De 1 à 5.

🧑‍🧑‍🧒‍🧒 À partir de quel âge? Dès 14 ans.

⏳ Durée des parties? Environ 45 minutes.

Comment y joue-t-on ?

Tout semble aller pour le mieux en début de partie : chaque joueur démarre avec une colonie bien remplie, quelques millions de crédits pour acheter des bâtiments, un peu de nourriture pour éviter la famine, et plusieurs cartes en main représentant ces bâtiments destinés à améliorer notre installation.

Puis la partie commence réellement, avec le paquet de cartes progression, véritable cœur du jeu, commun à tous les joueurs. Le principe est d’une simplicité désarmante : à chaque tour, on révèle la première carte du paquet et on applique son effet.

Moon Colony Bloodbath
Tout va bien en début de partie pour Dr Leblanc. // Source : Sébastien Goetz pour Numerama

Au départ, ce paquet contient toujours les mêmes cartes : quatre cartes Travail (et, aussi peu intuitif que cela puisse paraître, ce sont celles qu’on espère voir le plus souvent), deux cartes Mauvaises nouvelles, ainsi que deux cartes Twist prises aléatoirement pour renouveler les parties.

Lorsqu’une carte Travail est révélée, tous les joueurs effectuent simultanément l’une des cinq actions disponibles : gagner davantage de crédits, piocher de nouvelles cartes, construire un bâtiment de sa main en dépensant des crédits, récolter de la nourriture, ou stocker des caisses de matériaux sur ses cartes (des ressources aux usages variés selon les bâtiments concernés). Chaque nouveau bâtiment apporte de nouvelles capacités, mais aussi davantage d’habitants.

Moon Colony Bloodbath
On préfère le travail aux mauvaises nouvelles ! // Source : Sébastien Goetz pour Numerama

Une fois les actions terminées, on révèle la carte suivante du paquet de progression. Et tôt ou tard, les cartes Mauvaises nouvelles tombent. Leur effet est toujours le même : ajouter un événement au sommet du paquet. C’est là que tout dérape, car ces cartes portent bien leur nom. Révoltes de robots, lourdeurs administratives, accidents en tout genre… autant de catastrophes qui coûtent des ressources, mais aussi et surtout des habitants à tout le monde.

Et bien sûr, lorsque le paquet de progression est épuisé, on le mélange à nouveau… avec tous les événements et robots ajoutés jusque-là. Le paquet grossit donc progressivement, tandis que les précieuses cartes Travail sont de plus en plus diluées dans les catastrophes.

Quelques bâtiments permettent heureusement d’ajouter nos propres cartes dans le paquet afin d’obtenir certains bonus. Mais ces avantages restent dérisoires face à l’avalanche de problèmes à gérer. Pire encore, ces cartes sont liées à un joueur précis. Si une carte bleue est révélée, seul le joueur bleu en profite.

Les tours s’enchaînent ainsi, chacun essayant tant bien que mal de maintenir sa colonie à flot. Mais, inévitablement, les habitants finissent par manquer. Il faut alors démanteler ses propres bâtiments pour récupérer leur population. La partie s’achève immédiatement lorsqu’on révèle la treizième carte événement (un cap qu’il est quasiment impossible d’atteindre) ou, plus souvent, dès qu’un joueur n’a plus ni bâtiment ni habitant. Le vainqueur est alors celui qui possède encore la plus grande population autour de la table.

Pourquoi jouer à Moon Colony Bloodbath ?

Vous aimez voir les autres souffrir et crouler sous les galères ? Alors, Moon Colony Bloodbath est clairement fait pour vous. Mais si vos adversaires vivent un enfer, alors vous aussi. Avec simplement l’espoir d’être un peu moins mal loti qu’eux.

Moon Colony Bloodbath
Source : Rio Grande Games

Cela faisait un moment que nous suivions le jeu d’un œil curieux. Tout juste arrivé en version française, il apporte un véritable vent de fraîcheur dans le paysage ludique actuel.

Son principe de survie est particulièrement malin. Lors des deux ou trois premiers tours, on a presque l’impression que tout est sous contrôle, que le jeu n’est finalement pas si cruel. Puis les catastrophes commencent à s’enchaîner, et l’illusion disparaît très vite.

Surtout, tout est remarquablement fluide. Les règles sont simples, les cartes vont droit au but, sans pavé de texte ni exception impossible à retenir. Les tours s’enchaînent rapidement, tous les joueurs jouent simultanément, tout le monde subit les mêmes problèmes en même temps, tandis que les mauvaises nouvelles deviennent de plus en plus fréquentes.

Mais cette philosophie a aussi ses limites. Si la frustration vous agace rapidement dans un jeu, mieux vaut passer votre chemin. De même, les joueurs allergiques au hasard risquent de grincer des dents. On connaît les cartes présentes dans le paquet de progression, mais jamais l’ordre dans lequel elles vont sortir. Une stratégie qui semblait parfaitement fonctionner peut ainsi s’effondrer en quelques tirages malheureux.

Les combos de bâtiments qu’il est possible de mettre en place constituent d’ailleurs l’un des aspects les plus satisfaisants du jeu. Créer une machine qui tourne enfin correctement au milieu du chaos procure un vrai plaisir. Mais, là encore, le hasard reste omniprésent, certaines parties seront bien plus clémentes que d’autres selon les cartes piochées et leur synergie.

Moon Colony Bloodbath
Les robots devenus fous… // Source : Sébastien Goetz pour Numerama

Et pourtant, cela fonctionne admirablement bien. On fait de son mieux avec ce qu’on a, tout en sachant que les catastrophes finiront quoi qu’il arrive par nous tomber dessus. Les parties sont rapides, nerveuses, et donnent immédiatement envie d’en relancer une autre pour tenter de survivre un peu plus longtemps. Le hasard passe d’ailleurs beaucoup mieux grâce à cette durée contenue. Sur une partie de deux heures, l’expérience aurait probablement été autrement plus frustrante.

On apprécie également la direction artistique rétrofuturiste, directement inspirée des romans de science-fiction des années 70. Une esthétique particulièrement clivante. Soit on adore, soit on déteste, mais difficile d’y rester indifférent. Le tout est porté par un humour noir omniprésent, aussi bien dans les textes que dans les illustrations : jeux de mots, robots électroménagers devenus incontrôlables, ironie permanente… l’ensemble renforce encore davantage l’identité du jeu.

Moon Colony Bloodbath
Une partie bien avancée pour Dr Kaneko. // Source : Sébastien Goetz pour Numerama

Derrière Moon Colony Bloodbath, on retrouve l’auteur de Dominion et de ses nombreuses extensions. Au vu de l’accueil très positif réservé au jeu, difficile d’imaginer qu’il s’arrête là. On aimerait notamment voir apparaître davantage d’interactions entre les joueurs, sans doute le principal défaut du titre aujourd’hui. Chacun gère les catastrophes dans son coin, et l’on ne garde finalement qu’un œil assez distant sur les colonies adverses.

Malgré cela, Moon Colony Bloodbath réussit quelque chose d’assez rare : transformer une succession de catastrophes injustes en expérience jubilatoire. Un jeu chaotique, cruel, parfois absurde, mais terriblement efficace… à condition d’accepter de voir son plan partir en fumée dans un éclat de rire nerveux.

Vous aimerez Moon Colony Bloodbath si vous aimez…

  • Souffrir
  • Les jeux en solo à plusieurs
  • Les jeux de cartes à combos

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