L’Attaque des Titans est l’un des rares mangas à avoir su attirer un public peu habitué au genre. Diffusé à partir de 2013, son adaptation en anime a largement contribué à son succès. Pour autant, l’œuvre du mangaka Hajime Isayama laisse un goût amer à de nombreux fans, qui considèrent la fin comme ratée, pour ne pas dire totalement à côté de la plaque.
En cause, les derniers chapitres du manga, qui ne sont pas du goût des lecteurs et lectrices, lesquels estiment que le mangaka s’est laissé aller à trop d’empathie et de sentimentalisme, alors que les événements qui s’y déroulent auraient appelé à un regard différent, notamment concernant le personnage principal d’Eren Yeager. D’autres reprochent également une conclusion simplifiée, pour ne pas dire expédiée, ainsi qu’une contradiction avec le message global du manga.

Hajime Isayama a régulièrement parlé, à demi-mot, de l’arc narratif d’Eren et du dénouement de la série. Mais c’est de manière relativement discrète qu’il a, pour la première fois, exprimé de but en blanc son ressenti sur la conclusion, maintenant que cinq années ont passé. L’auteur est en effet récemment revenu sur la fin dans un cartel, dans lequel il avoue percevoir « un manque de justesse dans la conclusion de l’histoire », selon son « propre jugement. »
De la naïveté de l’époque
Rassurez-vous, le mangaka n’est pas allé dans la jungle de Colombie pour discuter de son scénario — encore que la popularité des mangas en Amérique du Sud mériterait un article. Non, on parle ici des cartels, ces petites plaques explicatives placées à côté des œuvres dans les musées. Eh bien, il y en a une trentaine dans l’exposition permanente consacrée à L’Attaque des Titans, dans la préfecture d’Ōita, au Japon. Parmi eux figurent de nouveaux cartels, riches en informations fascinantes partagées par Hajime Isayama, comme l’a révélé le site japonais Tosonline le 24 avril 2026, notamment sur son regard neuf sur la conclusion de sa série.
« Eren est devenu un protagoniste ayant commis un massacre d’une ampleur rarement vue dans la fiction », peut-on lire sur l’un de ces cartels. « Si j’ai imaginé une telle histoire dès le départ, c’était en partie par désir de créer un récit à retournement de situation majeur : la victime devient le bourreau. Mais mon immaturité et ma naïveté de l’époque, au début de la vingtaine, y ont aussi largement contribué. »
Le mangaka explique également que cet aspect de la personnalité de son protagoniste est devenu le cœur du personnage. À la fin de l’histoire, Eren n’est plus quelqu’un contraint au mal par les circonstances, mais quelqu’un qui nourrit le désir de nuire. « Cependant, L’Attaque des Titans avait depuis longtemps cessé d’être mon œuvre exclusive, et Eren était devenu un personnage aimé de nombreux lecteurs », poursuit Hajime Isayama.

Stephen King raconte souvent qu’il est un auteur qui part d’une situation de départ, puis laisse ses personnages évoluer naturellement, comme s’il découvrait l’histoire en même temps que le lecteur. Pour lui, l’auteur procède à une forme de fouille archéologique : l’histoire existe déjà, et son rôle est de la révéler.
De manière assez similaire, Hajime Isayama affirme ne pas avoir toujours tout planifié de façon rigide. Sans perdre totalement le contrôle de son récit, il explique notamment avoir fait d’Eren un personnage de tyran tout en se surprenant à le dépeindre avec une certaine proximité et une certaine sympathie.
Et si c’était à refaire ?
Il est certain que l’interprétation du dénouement de L’Attaque des Titans, et plus particulièrement du personnage d’Eren, variera forcément d’une personne à une autre. Le fait que son propre auteur ne puisse pas forcément expliquer de manière totalement rationnelle pourquoi ou comment il a mené Eren jusqu’à ce point sous le regard de la bienveillance, au risque d’adopter le mauvais point de vue sur ses décisions dans leur entièreté, est finalement fascinant.

Il semblerait finalement que Hajime Isayama ne soit pas ravi de la manière dont le protagoniste est devenu antagoniste, surtout dans le dernier acte. Le Grand Terrassement est, à coup sûr, un évènement d’une importance significative dans l’histoire, qui fait du personnage d’Eren un être complexe jusqu’au bout. Oui, il est le méchant. Ce qui n’empêche pas les personnages secondaires de l’admirer et de lui pardonner.
Ce « manque de justesse dans la conclusion de l’histoire » est finalement parfaitement humain. Pour ma part, je comprends les choix du mangaka à l’époque. Que les amis d’Eren reconnaissent une certaine cohérence dans les objectifs de ce dernier, tout en désapprouvant la manière dont il les a atteints, constitue en soi une fin sincère et raccord avec l’œuvre. Nous n’avons finalement jamais été du bon côté de l’histoire. Une conclusion différente paraîtrait finalement plus artificielle et convenue.
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