Pragmata, nouvelle licence signée Capcom, s’appuie sur un gameplay aux sensations rafraîchissantes : à des mécaniques de tir classiques s’ajoute une dimension puzzle grisante. Une proposition séduisante, appuyée par une réalisation solide, qui fait oublier les quelques défauts de jeunesse. Notre test.

Ce n’est pas tous les jours que Capcom lance une nouvelle licence. La firme nippone est plutôt habituée à s’en remettre à ses valeurs sûres. Et comment lui en vouloir, quand on voit les chiffres astronomiques que peuvent générer les titres estampillés Resident Evil ou encore Monster Hunter. La raison commerciale l’emporte parfois sur la volonté d’être 100 % créatif.

Mais en cette année 2026 où, justement, Capcom a déjà lancé un nouveau Monster Hunter et un nouveau Resident Evil, l’éditeur propose du neuf avec Pragmata. Le projet, initialement annoncé en 2020, a bien failli être maudit (pendant un temps, il était prévu pour 2022). Autant dire que l’équipe s’est accrochée, et elle a bien fait : ce Pragmata s’appuie sur un argument en or massif, avec un gameplay qui bouscule le genre si balisé du TPS (jeu de tir à la troisième personne).

Pragmata est un puzzle-TPS d’une ingéniosité redoutable

Téléchargez la démo jouable

Si vous voulez comprendre Pragmata, le mieux reste d’y jouer. Cela tombe bien : une démo jouable est disponible sur PC, PS5, Xbox Series et Switch 2.

Il est difficile d’expliquer le gameplay de Pragmata, ce qui prouve bien que Capcom a concocté une expérience rafraîchissante. Il ne se contente pas de reprendre à son compte des mécaniques efficaces de tir, qu’il saupoudre alors d’un arsenal exotique — univers de SF oblige. Ici, l’idée est de mélanger gunfights et puzzles, deux éléments a priori opposés qui s’imbriquent parfaitement et, surtout, s’avèrent indispensables pour triompher face aux ennemis.

« C’est terriblement malin »

Les robots sont effectivement beaucoup trop coriaces pour résister aux balles. Pour les terrasser, il est alors nécessaire de les hacker en temps réel, une étape qui prend la forme d’un échiquier, plus ou moins grand, sur lequel on doit avancer rapidement. Il faut bien sûr adhérer à ce concept multitâche, susceptible d’en effrayer plus d’un par son apparente exigence en matière de coordination. Mais le gameplay de Pragmata se révèle en réalité particulièrement intuitif et sans aucune friction : en visant comme on le ferait dans n’importe quel FPS, on fait apparaître la fameuse matrice de hacking, où l’on navigue avec les touches classiques, chacune correspondant à une direction. C’est terriblement malin, sachant que certains échiquiers sont plus complexes que d’autres (avec des pièges).

Pragmata // Source : Capture PS5 Pro
Viser, hacker, tirer. // Source : Capture PS5 Pro

Le concept de base est déjà un tour de force, puisqu’il dépoussière un genre si peu bousculé. Et on pourrait croire qu’il est clé en main, et n’évolue plus par la suite. C’était sans compter la volonté des développeurs de chercher à l’enrichir jusque dans la dernière portion, avec des petits ajouts qui poussent à s’adapter constamment. À cette observation s’ajoute un ensemble d’ingrédients qui approfondit le gameplay sans le rendre trop lourd non plus (les bonus de hacking, les profils de hacking, les compétences passives, les armes secondaires…). Il y a même une notion de build dans Pragmata, que l’on peut peaufiner via un hub accessible assez régulièrement.

En résulte une marge de progression assez immense et bien pensée, qui passe par de multiples leviers et récompense l’exploration dans ce qui ressemble, parfois, à des niveaux agencés selon les principes du genre Metroidvania (on est invité à retourner en arrière pour ouvrir un chemin avec le pouvoir adéquat). On sent que Capcom entend exploiter au maximum tout ce que Pragmata est en mesure d’offrir dans la partie purement dédiée à l’action.

Pragmata  // Source : Capture PS5 Pro
Pragmata repose sur un duo complémentaire. // Source : Capture PS5 Pro

Le gameplay de Pragmata mériterait mieux en termes de structure, de narration et de challenge

L’excellence du gameplay de Pragmata tranche avec le reste — exception faite de la réalisation, très valorisante (surtout sur PlayStation 5 Pro, où le titre assure fluidité exemplaire et fidélité léchée). La boucle finit effectivement par se heurter à une structure redondante, mélangeant phases de temps mort (pour reprendre son souffle) et arènes. Le feeling, grisant, et le bestiaire, bien fourni, empêchent le phénomène de redite totale. Mais heureusement, et c’est un peu paradoxal, que Pragmata n’est pas un jeu trop long. Comptez une dizaine d’heures pour en voir le bout — et un peu plus pour trouver tous les secrets et terminer l’ensemble des défis.

On aurait aussi aimé que Pragmata accouche d’un défi un peu plus relevé. On devient vite très puissant et, hormis quelques combinaisons d’ennemis un peu plus corsées, on ne se sent jamais en danger. Bien souvent, on meurt par inattention et/ou par excès de confiance (les dégâts encaissés sont assez importants). Malheureusement, on ne pourra pas compter sur les boss pour relever le niveau. Leur design est inspiré, mais ils n’offrent pas les affrontements mémorables qu’un gameplay aussi réussi mériterait.

Pragmata // Source : Capture PS5 Pro
Les boss sont décevants. // Source : Capture PS5 Pro

Plus grave, encore, Pragmata n’est pas aidé par sa narration, générique au possible. L’histoire nous emmène sur une station lunaire, où une IA malfaisante a pris le pouvoir et piégé Hugh, envoyé initialement pour une mission de routine. Le récit est porté par la dynamique du duo formé par le héros, au charisme quelconque, et Diana, une androïde au look d’enfant (qui se charge de pirater les ennemis). Sans surprise, une relation père/fille se met en place, sans trop tomber dans les clichés non plus. Ainsi, Hugh ne cherche pas à surprotéger Diana, dont on saisit toute la surpuissance en dépit de ses réactions naïves et émerveillées à la moindre découverte. On ressent même beaucoup d’empathie pour elle, grâce à des séquences optionnelles pensées pour renforcer les liens.

Pragmata // Source : Capture PS5 Pro
Diana est chou. // Source : Capture PS5 Pro

On comprend un peu trop vite que Pragmata mise tout sur son gameplay — c’est un choix qui s’entend au regard de ses qualités — et accrochera moins par son scénario, sinon, a minima, par son univers (articulé autour d’immenses impressions en 3D). Voilà un défaut qui se percevait dans les bandes-annonces et qui se confirme à mesure que les heures défilent. D’aucuns ne lui tiendront pas forcément rigueur, et se réfugieront derrière les sensations sans aucun équivalent. Pragmata rappelle un peu les jeux d’avant, époque Xbox 360, dans le sillage d’un Vanquish qui s’en fichait de raconter quoi que ce soit et misait tout sur les émotions, manette en main.

Le verdict

Pragmata est un excellent premier jeu, et on espère sincèrement que Capcom aura l’opportunité de capitaliser dessus, ce qui n’est jamais couru d’avance pour une nouveauté. Son gameplay, terriblement malin et intuitif en dépit de sa complexité manifeste, mérite d’être connu. Il ajoute avec brio des mécaniques de puzzle à des phases de tir, pour un mélange étonnant et, surtout, détonnant. Ce gameplay aurait quand même mérité, aussi, que le reste soit au niveau. On pense à la structure, à la narration, au casting ou encore au challenge. Pragmata a les défauts d’un premier jeu, et dont le but premier est avant tout d’assurer des sensations incroyables. Sur ce point, le pari de Capcom, habitué à puiser dans ses licences fortes, est réussi.
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